RTBFPasser au contenu

Histoire : Clinton, Mitterrand, Carter… Quand les présidents égarent les codes nucléaires

Histoire : Clinton, Mitterrand, Carter… Quand les présidents égarent les codes nucléaires
11 mai 2020 à 09:10 - mise à jour 11 mai 2020 à 15:213 min
Par Olivier Arendt

La sécurité des grandes nations du monde repose sur la capacité a répondre rapidement à une menace nucléaire extérieure et pour cela des processus de sécurité complexes existent. Mais parfois tout ne se passe pas comme prévu. Petit retour en arrière sur ces petites histoires dans l’Histoire.

Cette première anecdote a eu lieu en l’an 2000 aux Etats-Unis, Bill Clinton est alors le 42e président.

Les codes ultrasecrets qui permettent au président des États-Unis de déclencher une frappe nucléaire ont disparu pendant plusieurs mois. Connus sous l’appellation familière du "biscuit", ces codes, sous la forme d’une carte digitale, sont supposés être en permanence à la disposition du président, et ils sont placés sous la responsabilité d’un de ses collaborateurs directs.

Les codes ne sont qu’une partie du protocole, l’autre étant composée du "bouton rouge" ou de "la balle de foot", le surnom donné à la mallette noire attachée au poignet du militaire qui suit le président dans tous ses déplacements et qui contient le système où il faut entrer les codes du "biscuit" pour déclencher une attaque ou une riposte nucléaire.

La procédure de lancement doit par ailleurs être approuvée par un autre membre du gouvernement afin d’éviter un "coup de folie" du président. Cette sécurité supplémentaire n’est qu’un autre exemple de l’imposant protocole de vérification et de validation qui précède le lancement d’une opération nucléaire.

Cette histoire nous est connue grâce à l’ancien chef d’État-major Hugh Shelton. Le Général a raconté cette anecdote dans son livre de mémoires publié en 2010 et intitulé "Sans hésitation : l’odyssée d’un guerrier américain".

Selon Shelton, "l’aide du président chargé de garder le biscuit l’a égaré en 2000. Quand un responsable du Pentagone est venu le voir un jour à la Maison Blanche pour la confirmation des codes (une procédure de routine qui se déroule tous les mois) l’aide en question l’a congédié en lui assurant que le président Clinton les avait en sa possession et qu’il était occupé par une réunion urgente. Ce petit jeu s’est poursuivi, sans que le président Clinton n’en soit informé, j’en suis sûr, poursuit le général, jusqu’au moment où il fallut remplacer les codes par un nouveau jeu, ce qui est fait tous les quatre mois".

L’ancien chef d’État-major précise aussi qu' "à ce moment-là, nous avons découvert que l’aide n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvaient les anciens codes, parce qu’ils avaient disparu depuis des mois. Le président ne les avait jamais eus, mais il pensait, j’en suis certain, que son aide les avait avec lui, ainsi qu’il était prévu".

En 1998 déjà

Le lieutenant-colonel Robert Patterson, avait lui aussi fait part d’un incident similaire dans un livre de souvenirs (à charge contre Clinton) intitulé "Manquement au devoir". Le lieutenant-colonel y décrivait en détail qu’au lendemain de la révélation de l’affaire Monica Lewinsky, les codes avaient également été égarés.

Selon le militaire, c’est le président lui-même qui avait perdu les codes cette fois-ci. "Nous avons commencé à fouiller la Maison-Blanche quand il a finalement avoué qu’ils les avaient mal rangés et n’arrivait pas à se rappeler où il les avait vus pour la dernière fois".

Carter envoie les codes au pressing

L’histoire de Clinton ne serait pas tout à fait unique, une telle mésaventure serait arrivée au 39e président des Etats-Unis, Jimmy Carter. Une rumeur persistante voudrait que le président américain qui fut en poste de 1977 à 1981, ait lui aussi oublié un jour la fameuse carte dans son costume avant de l’envoyer au pressing. Cette histoire n’a jamais été officiellement confirmée.

Mitterrand chez le teinturier

Chez nos voisins français, c’est l’ancien président socialiste François Mitterrand qui avoua que quelques mois après sa victoire historique de 1981, qu’il avait "failli perdre la clé du code atomique".

Nous sommes, le 21 mai 1981, lorsque son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing donne à François Mitterrand une chaîne en or sur laquelle est inscrite la combinaison des codes nucléaires de l’hexagone. Le nouveau président glisse alors la chaîne dans sa poche de costume et n’y pense plus vraiment. De retour chez lui, il envoie le soir même le costume en question chez le teinturier.

"J’imaginais le pire", confiait ainsi François Mitterrand qui dès le lendemain matin envoie en extrêmement urgence un motard pour récupérer la plaque chez son teinturier.

Articles recommandés pour vous