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Hibernation des staphylocoques dorés & Mixité de sexe

Hibernation des staphylocoques dorés & Mixité de sexe
17 oct. 2020 à 12:00 - mise à jour 24 oct. 2020 à 12:007 min
Par Fabienne Vande Meerssche

Ce samedi 17 octobre 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Delphine Bauloye, psychologue, enseignante et chercheuse à la Haute École ICHEC-ECAM-ISFSC et Françoise Van Bambeke, Professeure et Directrice de Recherches FNRS en Pharmacologie cellulaire et moléculaire au LDRI (Louvain Drug Research Institute) à l’UCLouvain.

 

DIFFUSION : samedi 17 octobre 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 18 octobre 2020 à 23h10’

Delphine Bauloye

Delphine Bauloye

Delphine Bauloye est psychologue spécialisée dans le travail préventif auprès des enfants et des adolescents ainsi que dans l’accompagnement de familles en deuil. Elle est également enseignante en psychologie et chercheuse à la Haute École ICHEC-ECAM-ISFSC.

En 1999, Delphine Bauloye crée, avec le soutien de la Fondation Belge de la Vocation, les premiers espaces d’échange en Belgique pour accompagner les enfants et adolescents en deuil. Le concept du projet Espace-Papillon, en collaboration avec l’ASBL Cancer et Psychologie, est de proposer des ateliers aux jeunes pour favoriser la relance du lien, accompagner la souffrance de l’enfant et soutenir la famille.

Pendant une quinzaine d’années, Delphine Bauloye a aussi été animatrice EVRAS (Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle) dans différents centres de Planning Familial (Evere, Jette et Molenbeek). Cette expérience et ses observations de terrain l’ont notamment amenée à s’intéresser à la manière dont les conduites genrées sont intégrées par les personnes, via la socialisation familiale et scolaire, tout en portant une attention particulière à la transmission de ces codes dans le contexte des réseaux sociaux à l’adolescence.

Elle a ainsi clôturé récemment une étude soutenue par la Haute École ICHEC-ECAM-ISFSC intitulée : "Le vécu de la mixité de sexe par les jeunes schaerbeekois". Cette recherche de type exploratoire et compréhensive ne se veut pas exhaustive, mais plutôt représentative. Ce type d’études part du postulat que les jeunes ont une grande compréhension de ce qu’ils vivent et le rôle des chercheurs est donc de faire apparaître des catégories pour mettre en avant ce que ces jeunes perçoivent, et ce afin de construire des pistes d’action. L’une des actions est précisément d’organiser une journée d’étude (en collaboration avec le CERE et le centre de Planning Familial d’Evere) à destination de toute personne travaillant dans un contexte scolaire pour réfléchir ensemble à la manière dont les adultes peuvent assurer une présence bienveillante face aux questions liées à la mixité de sexe dès le plus jeune âge. Elle devait avoir lieu en avril 2020 et est finalement prévue le samedi 20 mars 2021.

Journée EVRAS
Journée EVRAS tous droits réservés

Dans son étude, Delphine Bauloye s’est volontairement décalée des études sur le genre et parle de mixité de sexe et non de genre. Comme l’indique François Dubet, "si toutes les différences produisent des inégalités et si toutes les inégalités peuvent être tenues pour injustes, il n’est pas forcément souhaitable et raisonnable d’en tirer la conclusion qu’on doit abolir toutes les différences, fussent-elles socialement construites". Dans cet état d’esprit, Delphine Bauloye a voulu être vigilante et donner la parole aux jeunes en s’éloignant de positions plus tranchées sur la question du genre. 

Pour ce faire, elle a utilisé deux méthodes. Dans un premier temps, des rencontres de groupe menées dans trois écoles de Schaerbeek (l’Athénée Fernand Blum, l’Institut Sainte-Famille et l’Institut Saint-Dominique). L’outil Motus a été utilisé dans 15 classes mixtes avec un âge moyen de 13 ans, ce qui constitue un nombre de 104 filles et 116 garçons au total. À partir de l’analyse de ces données, ont été ensuite définies des catégories à explorer durant des entretiens de type compréhensif auprès de 12 jeunes entre 15 et 18 ans (6 filles et 6 garçons).

La rencontre de ces jeunes est menée avec l’accord préalable des parents et des jeunes auxquels le cadre de la recherche est bien explicité (implication et volontariat, écoute bienveillante, confidentialité et discrétion).

L’analyse de ces données a pu mettre en avant une certaine difficulté de se parler fille et garçon au sein de l’école parce que leur rencontre est, la plupart du temps, connotée sexuellement par les autres. Il semble que les jeunes doivent se justifier entre eux sur les choix qu’ils font de manière individuelle, ce qui questionne la position que les adultes peuvent prendre pour les dégager de l’ordre du genre.

Cette première étude réalisée par Delphine Bauloye a été supervisée par la sociologue Danièle Peto, Directrice du service de recherche du département social et de communication de la Haute École ICHEC-ECAM-ISFSC.

Depuis ce début d’année, Delphine Bauloye est également membre du Comité scientifique de l’ONE et s’est récemment formée à l’animation d’ateliers de la pensée joueuse. Cela rejoint l’intérêt qu’elle accorde à la prévention de plus en plus précoce pour développer l’empathie des enfants et soutenir le vivre ensemble.

Françoise Van Bambeke

Françoise Van Bambeke

Françoise Van Bambeke, Docteure en Pharmacologie, est Professeure et Directrice de Recherches FNRS en Pharmacologie cellulaire et moléculaire au LDRI (Louvain Drug Research Institute) à l’UCLouvain.

Françoise Van Bambeke est titulaire d’un diplôme de pharmacien à l’UCLouvain où elle a réalisé une thèse de doctorat dans le domaine de la pharmacologie antibiotique, grâce au support financier du FNRS. Elle a ensuite effectué un séjour postdoctoral à l’Institut Pasteur de Paris dans le domaine de la résistance aux antibiotiques. De retour dans son laboratoire d'origine (Unité de pharmacologie cellulaire et moléculaire), elle a obtenu, en 2000, un mandat de Chercheur permanent au FNRS.

Aujourd’hui, Françoise Van Bambeke est Directrice de Recherches au FNRS et mène ses activités de recherche sur les antibiotiques dans le Louvain Drug Research Institute de l’UCLouvain. Elle enseigne aussi la pharmacologie et la pharmacothérapie - essentiellement dans le domaine des infections bactériennes - aux étudiants en pharmacie ou en master de spécialisation à la Faculté de pharmacie et des sciences biomédicales de l’UCLouvain. Elle est membre actif de plusieurs sociétés nationales et internationales de pharmacologie anti-infectieuse et de microbiologie. Elle est l’auteure d’environ 200 publications dans des revues internationales.

Consultez ici la liste des publications de Françoise Van Bambeke.

 

Dans le cadre de ses recherches, Françoise Van Bambeke et son équipe étudient les conditions dans lesquelles les bactéries ne répondent pas aux antibiotiques.

Regardez ici la vidéo dans laquelle Françoise Van Bambeke explique l’objectif des recherches menées par son équipe :

Recherche sur les antibiotiques

Le problème de la résistance bactérienne aux antibiotiques est bien connu et peut être à l’origine d’échec thérapeutique. Cependant, on observe aussi des échecs en l'absence de résistance bactérienne, c’est-à-dire lorsque l’antibiotique choisi par le médecin est actif sur le germe isolé par le laboratoire de biologie clinique. Françoise Van Bambeke et son équipe cherchent à comprendre la cause de tels échecs afin de proposer des stratégies thérapeutiques innovantes pouvant restaurer l’activité des antibiotiques dans ces situations.

Leurs recherches passent par la mise en place d’études expérimentales et cliniques. Les études expérimentales s’intéressent à des modes de vie particuliers dans lesquels les bactéries ne répondent plus aux antibiotiques, soit parce qu’elles sont dans des niches protégées, soit parce qu’elles adoptent des modes de vie dormants, non répondants aux antibiotiques.

Ces modes de vie sont soit la survie intracellulaire (les bactéries se cachent dans nos propres cellules), soit les biofilms (les bactéries adhèrent sur des surfaces, comme des prothèses, et s’entourent d’une enveloppe protectrice).

Dans le domaine des infections intracellulaires, Françoise Van Bambeke et son équipe ont pu démontrer que de nombreuses espèces assez communes en pathologie humaine (comme les staphylocoques, les entérobactéries ou les Pseudomonas) étaient capables de survivre à l’intérieur de nos propres cellules. Dans cette niche, ils semblent protégés de l’action des antibiotiques.

Les bactéries intracellulaires
Les biofilms

Françoise Van Bambeke a aussi réussi à démontrer récemment que des concentrations très élevées en antibiotiques sont incapables d’éliminer les staphylocoques intracellulaires, car ceux-ci adoptent un "phénotype persistant" que l’on pourrait rapprocher d’un état d’hibernation. Les bactéries sont dormantes, mais pas inertes, bien au contraire : elles ne se multiplient plus, mais elles restent métaboliquement actives. En réalité, elles réorientent leur activité en la concentrant vers ce qui est essentiel à leur survie : la réponse au stress ! Cette réponse les rend insensibles, non seulement à l’antibiotique qui les a sélectionnées, mais aussi à d’autres auxquels elles n’ont jamais été exposées. Toujours à l’affût du danger environnant, elles peuvent rapidement retrouver leur activité métabolique originale et leur capacité à se multiplier lorsque celui-ci disparaît, conduisant à une réactivation de l’infection.

Staphylocoques dorés
Staphylocoques dorés UCLouvain

Lire à ce sujet "Staphylocoques dorés : hiberner pour mieux résister aux antibiotiques".

 

Les conséquences de cette observation sont importantes en termes d’impact thérapeutique.

La bonne nouvelle est qu’une bactérie active reste vulnérable. L’identification des voies métaboliques éveillées par l’état de stress permet de proposer des cibles pour des thérapies innovantes dirigées contre ces bactéries dormantes.

La moins bonne nouvelle est qu’une bactérie stressée peut développer rapidement de la résistance ou finir par entrer en hibernation complète, la rendant dans un cas comme dans l’autre difficile à éradiquer. Ces éléments devront être pris en compte dans l’élaboration des thérapies de demain pour les infections chroniques au staphylocoque doré.

 

Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications.

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