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Hep Taxi ! : Thierry Michel, documentariste belge engagé, livre son treizième film sur le Congo avec L’Empire du Silence

Hep Taxi! avec Thierry Michel
01 mars 2022 à 08:00 - mise à jour 01 mars 2022 à 08:083 min
Par Xavier Marini

Ce dimanche 27 février à 20h40 sur La Trois, Thierry Michel s’invite dans le taxi de Jérôme Colin à l’occasion de la sortie de son nouveau documentaire L’Empire du Silence. De la crise de la sidérurgie liégeoise à la dénonciation des massacres et de la corruption au Congo en passant par le Brésil et l’Iran, Thierry Michel se livre sur son parcours et son sens du cinéma !

Hep Taxi ! avec Thierry Michel
Hep Taxi ! avec Thierry Michel © Tous droits réservés

Thierry Michel, une jeunesse rebelle

Né à Charleroi en 1952 d’un père comptable et d’une mère professeure d’art dramatique, de diction et de français, le jeune Thierry suit les événements de mai’68 depuis sa radio en écoutant Europe 1. Son engagement politique naît à cet instant : il sera du côté des opprimés, de ceux qui souffrent de toute forme d’injustice mais toujours du côté de la résistance face au système. Et en plus de simplement s’y intéresser, il va assez vite ressentir ce besoin quasi viscéral d’être sur le terrain, d’accompagner tous ces gens en révolte.

C’est pourquoi il décide de rapidement tourner la page des humanités en passant son jury central pour rentrer à l’IAD à l’âge de seulement 16 ans. Ensuite, dans un esprit toujours rebelle, on le voit plus souvent sur le front des grèves ou des manifestations, caméra en main, plutôt que sur les bancs de l’IAD. Puis, étonnamment, il arrête ses études 1 an plus tard pour aller travailler en usine, par " engagement " comme il le dit si bien. Heureusement pour nous, il rencontre une autre pointure du cinéma documentaire belge, Paul Meyer. Ce dernier va le recadrer et l’encourager vivement à reprendre ses études, ce que Thierry fait sans broncher. Il reprend l’IAD où, en plus d’assister Paul Meyer sur ses films, il suivra l’enseignement d’Henri Storck, dont il se dit également l’héritier.

Cette fois-ci, ça y est : il a toutes les armes en main pour devenir le cinéaste engagé qu’on connait et entame sa carrière avec des documentaires sur les ouvriers du bassin minier et sidérurgique du Pays Noir, sa région natale à laquelle il rend hommage.

Thierry et Christine

On entend souvent dire que derrière chaque grand homme, il y a une grande femme. Si ce n’est pas vrai tout le temps, c’est au moins certainement le cas de Thierry Michel. En effet, il reconnait sans peine que sans sa compagne, Christine Pireaux, il ne serait peut-être pas là où il en est aujourd’hui. 

" Sans Christine, ma compagne et partenaire, je n’aurais pas fait tous ces films […]. Elle a produit mes films, tout en assurant la vie familiale. Elle porte tant… Je lui suis infiniment reconnaissant "

Christine a même été à l’initiative et coauteure de certains de ses films, notamment Enfants du Hasard et L’école de l’impossible qui gravitent autour du monde de l’éducation en s’immergeant au sein d’écoles dans des anciennes cités minières.

Thierry Michel, spécialiste du Congo

L'Empire du silence - bande-annonce

Un film de Thierry Michel

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S’il y a un titre qu’on lui attribue régulièrement depuis ces 20 dernières années au moins, c’est bien " le spécialiste du Congo ". Le documentariste réalise son treizième film sur ce pays en sortant L’Empire du Silence. Après avoir entre autres exploré les favelas au Brésil à travers les parcours déchirants d’enfants défavorisés dans Gosses de Rio, il s’intéresse au Congo en 1991. Cette année-là, Mobutu est contraint de renoncer à son pouvoir autoritaire, sous la pression internationale et celle de son peuple. C’est un tournant important dans l’histoire du pays. En bon dictateur qu’il est, il fait régner la terreur et le chaos via la succession de vagues de pillage intensives. En réalisant Zaïre, le cycle du serpent, Thierry Michel s’attire bien des ennuis : d’abord en geôle, il est finalement banni du pays et ne pourra y retourner qu’une fois le règne de Mobutu terminé.

Ensuite, nous retiendrons bien sûr dans sa filmographie congolaise L’Homme qui répare les femmes : la colère d’Hippocrate. Ce film a vraiment été essentiel car il a permis de révéler au monde entier comment le viol pouvait être utilisé comme arme de guerre. Il a aussi apporté au docteur Denis Mukwege une certaine notoriété supplémentaire, trois ans avant qu’il reçoive en 2018 le prix Nobel de la paix. 

Et c’est justement lors de la cérémonie de ce Nobel en 2018 à Oslo que Denis Mukwege tient un discours historique en parlant des responsables de ces crimes de guerre atroces, en les appelant " ceux dont on ne dit pas les noms ". Or, leurs noms sont en réalité connus, ils sont écrits noir sur blanc dans un rapport du nom de " rapport mapping ". Face à ce discours, Thierry se sent comme immédiatement interpellé. C’est ainsi que l’idée de son nouveau film, L’Empire du Silence, lui vient : après avoir parlé des victimes dans son dernier long-métrage, il va parler des bourreaux. Mieux, il va donner leurs noms. Il va les révéler aux yeux de tous. C’est évidemment aussi un des objectifs de son cinéma. "La lumière arrive toujours à neutraliser les pénombres, l’obscurité ", nous confie-t-il.

Pour lui, toute la force de l’être humain vient de sa résilience, c’est ce qui peut changer la donne et faire naître un élan de solidarité infaillible. Il a fait du cinéma documentaire sa vie et considère aujourd’hui que tous les liens intimes qu’il a créés lors de ses expériences forment pour lui une famille formidable.

Retrouvez Thierry Michel dans Hep Taxi ! ce dimanche 27 février à 20h40 et ce mardi 1 mars à 22h45 sur La Trois !

BA "L'homme qui répare les femmes - la colère d'Hippocrate" de Thierry Michel & Colette Braeckman

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