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Hendrik Bogaert est l'invité de Matin Première

Bogaert
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-G. Lauwerijs : Et ce matin, Bertrand Henne, nous recevons Hendrik Bogaert, CD&V, secrétaire d’Etat à la Fonction publique.

-BH : Bonjour, Hendrik Bogaert.

-HB : Bonjour.

-BH: Vous souhaitez que tous les hauts fonctionnaires soient bilingues. La proposition froisse du côté francophone. On commence à parler de ce dossier qui cale au sein du gouvernement. Certains, côté francophone, évoquent un passage en force de votre part. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?

-HB : Il s’agit des 150 fonctionnaires, les top managers, qui sont bien payés. Il y a une loi qui leur impose le bilinguisme, pas le bilinguisme parfait.

-BH : Une loi de 2002 déjà ? Une ancienne loi mais qui n’est pas appliquée.

-HB : Une ancienne loi qui n’est pas appliquée. Mais, donc, il s’agit d’un bilinguisme fonctionnel. Pourquoi ? Parce que, dans des réunions, on parle néerlandais, on parle français et, quand il y a quelqu’un qui ne parle pas l’autre langue ou même qui ne comprend pas l’autre langue, il y a un problème d’efficacité, donc j’ai toujours voulu un peu décommunautariser le problème. Je le vois dans le cadre de l’efficacité des réunions.

-BH : Et qu’est-ce que vous voulez faire alors maintenant ? Si on applique la loi comme ça, est-ce qu’il faut démissionner ? Les top managers qui ne réussiraient pas l’examen ? Il faut leur faire à tous repasser un examen, enfin à ceux qui ne l’ont pas déjà passé, parce qu’il y en a qui l’ont déjà passé, qui sont bilingues légaux, comme on dit, et qui ont passé cet examen, qui ont eu leur prime, etc. Et puis, il y en a qui ne l’ont pas passé. Il faut le faire passer à tout le monde, cet examen ?

-HB : C’est important, de nouveau dans le cadre de l’efficacité, c’est important d’au moins comprendre la deuxième langue. Je n’ai pas voulu viser une catégorie de la population. Le français de ma génération n’est plus le français de mes parents ou de mes grands-parents, pas du tout. Et le néerlandais de beaucoup de francophones s’est fortement amélioré. Donc, de nouveau, je le vois dans le contexte de l’efficacité, la loi prévoit clairement un passage auprès du Selor, où on doit faire un petit examen. Mais cet examen n’est pas extraordinaire. C’est un examen, quelque part, qui teste le bilinguisme fonctionnel. Et donc j’ai demandé de développer une proposition pour cet examen pour déterminer quelles personnes seraient dans le jury. Donc, j’ai fait tout cela. Maintenant, je suis ouvert à chaque remarque, j’ai déjà eu des remarques pour limiter le problème, ou la solution, aux 150 top managers et pas « menacer » 2 000-2500 personnes, comme je l’ai lu.

-BH : Oui. Cela ne concernerait vraiment que les 150 top managers. Ce qui est important, c’est qu’il y a une proportion plus importante de francophones qui ne sont pas bilingues, ou en tout cas qui n’ont pas passé cet examen qui prouverait qu’ils sont des bilingues légaux, comme on dit. Et en plus, dans les statistiques du Selor, on voit que les francophones ratent beaucoup plus que les néerlandophones. Et c’est ça que les francophones du gouvernement disent : « à terme, si on applique le programme de Bogaert, on va flamandiser l’administration ». Vous répondez quoi à cela ?

-HB : Ce n’est pas du tout le but. Il y a un nouvel esprit. Avant, on disait : « OK, il faut être bilingue mais vraiment faire aucune erreur ».

-BH : Oui, les examens étaient très difficiles.

-HB : Oui, très difficiles. Maintenant, cela doit fonctionner, c’est tout. Il y a beaucoup de personnes néerlandophones et francophones qui font des erreurs dans l’autre langue, ce n’est pas grave, cela doit fonctionner, c’est tout. Il y a beaucoup de francophones qui hésitent à parler néerlandais mais ils parlent déjà très très bien néerlandais, donc je les invite à oser plus parler le néerlandais dans les réunions. Ce n’est pas grave de faire des erreurs, tout le monde les fait.

-BH : Est-ce que vous voulez que ce dossier du bilinguisme qui, pour l’instant, on le rappelle, est bloqué au sein du gouvernement, il n’y a pas d’accord ; vous voulez que d’ici la fin de l’année, tous ces hauts fonctionnaires aient passé l’examen, que la situation soit éclaircie ? Vous voulez aller vite ?

-HB : Je veux une solution rapide. Il y a toujours une possibilité de postposer les problèmes mais, moi, je suis plutôt du côté d’essayer de trouver une solution et de résoudre les problèmes. C’est beaucoup mieux ! Il y a d’autres problèmes linguistiques que je vois maintenant : il y a les agents communaux, ça aussi, on devrait résoudre. Donc, moi, je suis toujours pour une solution rapide et une solution honnête pour tout le monde.

-BH : Alors, on parle de la fonction publique, on a parlé du bilinguisme. La fonction publique, elle est aussi, évidemment, touchée par les mesures d’économie qu’a pris le gouvernement. La CSC Service public a dénoncé la semaine passée « la rage des licenciements aveugles » qui touche actuellement la fonction publique. Il s’agirait d’une centaine de licenciements pour des raisons économiques. Qu’est-ce que vous répondez à la CSC qui parle donc de « rage de licenciements aveugles dans la fonction publique » ?

-HB : Il n’y a certainement pas une rage de licenciements, il s’agit de quelques dizaines de personnes. Je comprends très bien que, pour ces personnes concernées, c’est un drame, certainement. Mais nous avons 80 000 fonctionnaires dans une définition limitée. Mais il s’agit de quelques dizaines d’entre eux. On doit, en tout cas, éviter cela. J’ai déjà proposé de prendre ces personnes et de leur donner une deuxième chance auprès du Selor. Donc ils doivent postuler, ou ils peuvent postuler, pour un autre poste vacant à la fonction publique, donc il est toujours possible de les réintégrer dans l’administration. Donc, ce n’est pas parce qu’ils sont licenciés maintenant qu’il n’y a plus de futur dans la fonction publique pour eux. 

-BH : Vous avez demandé aux hauts fonctionnaires de faire des économies. Alors, ce qui est intéressant, c’est ce qu’ils vous ont répondu : ils peuvent faire le double d’économies, disent-ils, que ce que vous leur demandez, c’est assez rare quand même. Donc ils peuvent faire beaucoup plus mais, alors, ils veulent pouvoir faire ce qu’ils veulent de ces économies pour investir, pour pouvoir préparer leur administration à affronter les défis de l’avenir, etc. Qu’est-ce que vous répondez à cela ? Donc, les fonctionnaires disent « on peut faire deux fois plus, mais on veut pouvoir faire ce que l’on veut avec l’argent ».

-HB : Les top managers m’ont dit, dès les premières semaines : « nous sommes engagés en tant que top managers, donc on ne veut pas être traités comme des enfants, on veut de l’autonomie ». Moi, j’ai dit : « OK, je suis tout à fait pour l’autonomie mais, avec ça, il y a aussi beaucoup plus de responsabilités ». Donc, ça, à mon avis, c’est la réponse qu’ils ont donnée la semaine dernière, qui est une réponse remarquable parce que, au lieu de 50 millions d’euros d’économies qui ont été demandées par le gouvernement, ils ont proposé d’économiser 100 millions d’euros. Donc c’est un signal très positif parce que c’est une augmentation de 100 % du budget de départ, donc j’étais vraiment ravi de voir cela et je les ai encouragés à continuer sur cette voie. Donc, ce qu’ils demandent, c’est de pouvoir garder la moitié de cet effort supplémentaire ; ce qui est bien parce que, en fait, quelqu’un qui fait mieux que les objectifs, il doit être honoré aussi dans ses efforts.

-BH : Oui. On va parler d’autres dossiers qui sont sur la table maintenant mais, d’abord, une question sur les sondages que la RTBF avec « La Libre Belgique » a publiés ce week-end. On voit que le Premier ministre a une cote de popularité de 48 % à Bruxelles, 47 % jugent qu’ils dirigent bien le gouvernement. 24 % seulement en Flandre. Pourquoi est-ce qu’il n’arrive pas à convaincre au nord du pays, Hendrik Bogaert ?

-HB : Ça prendra un peu de temps. Ce que je vois, c’est qu’Elio Di Rupo est très intelligent. C’est un vrai leader aussi dans les conseils des ministres, mais ça prendra un peu de temps pour convaincre les Flamands aussi. Mais c’est un sondage, il y a encore un long futur, donc ça peut certainement s’améliorer. Il fait beaucoup d’efforts pour convaincre les Flamands et, petit à petit, il y arrivera.

-BH : Il fait ce qu’il faut ?

-HB : Il fait ce qu’il faut. Il est très intelligent, comme je l’ai dit. Il est très diplomatique dans les réunions. Pour moi, il a fait une bonne pression, certainement.

-BH : Il y a deux milliards à trouver d’ici début mars. Un député CD&V a évoqué une cotisation sociale généralisée, c’était ce week-end. En clair, une nouvelle taxe qui permettrait, si elle est de 1 % et qu’elle touche à peu près tous les produits –les revenus du travail comme du capital-, de rapporter près de deux milliards. Vous êtes d’accord avec ce député ? C’est une bonne idée, ça ?

-HB : Non, ce n’est pas une bonne idée parce que nous devons, en tout cas, essayer d’épargner plus, comme les autres fonctionnaires ont déjà proposé. Il faut éviter de nouvelles taxes. Pourquoi ? Parce qu’il faut respecter la consommation qui est là en Belgique heureusement, qui n’est pas là dans d’autres pays de l’Europe. On doit respecter le pouvoir d’achat des familles, et donc il faut vraiment éviter de nouvelles taxes et il faut essayer d’épargner sur les dépenses de l’Etat. C’est certainement possible, à mes yeux.

-BH : C’est surtout là-dessus qu’il va falloir trouver les deux milliards, c’est surtout sur les dépenses et presque pas de nouvelles taxes, pour vous ?

-HB : Oui mais nous sommes un parti autour de la table. Mais pour nous, c’est clair qu’il faut d’abord aller jusqu’au bout dans les épargnes ; et les taxes, c’est quelque chose qu’il faut absolument éviter.

-BH : Oui. Charles Michel, le président du MR, a proposé, c’était la semaine passée, une nouvelle déclaration libératoire, ce que certains appellent une « amnistie fiscale », pour ramener l’argent auprès du Fisc. Qu’est-ce que vous pensez de cela ? C’est une bonne idée ?

-HB : On doit peut-être d’abord analyser d’autres alternatives. Il y a déjà eu pas mal d’amnisties. Maintenant, John Crombez travaille bien sur un autre volet, donc il ne faut pas miner son travail, à mes yeux.

-BH : Merci, Hendrik Bogaert.

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