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Hausse des prix : pourquoi faire ses achats en France est de plus en plus intéressant ?

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03 sept. 2022 à 12:24 - mise à jour 03 sept. 2022 à 14:16Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet

Faire ses courses en France ou dans un autre pays voisin de la Belgique, c’est une pratique à laquelle s’adonnent de nombreux Belges depuis des années. La différence de prix explique en grande partie ce comportement d’achat.

Ces dernières années, le différentiel de prix entre la France et la Belgique, toujours en faveur des supermarchés français, s’était pourtant réduit.

A présent, l’écart se creuse à nouveau, de quoi inciter de plus en plus de Belges à prendre la voiture pour se rendre outre-Quiévrain. La politique récente appliquée par la France de diminution importante des prix du carburant joue aussi dans ce sens.

Mais pourquoi les prix sont-ils en moyenne plus bas chez nos voisins ?

Inflation moins répercutée, guerre des prix et marketing agressif

En 2012, les prix pratiqués en Belgique dans la distribution étaient, en moyenne, plus élevés de 10 à 20% en Belgique que dans les pays voisins, ce qui avait incité le ministre de l’Economie de l’époque, Johan Vande Lanotte, à se pencher sur la question. Dans les années qui ont suivi, l’écart de prix s’était réduit.

Certains produits étaient même plus coûteux aux Pays-Bas ou en France que chez nous. Globalement, la Belgique restait toujours un pays plus cher, mais cela valait moins la peine de se déplacer dans un pays voisin, surtout si l’on n’habitait pas à proximité de la frontière.

Depuis le début de cette année, la tendance s’est à nouveau inversée assez fortement. C’est notamment le cas avec la France. L’écart moyen des prix entre les deux pays est à nouveau de 10 à 15%, en faveur de la France.

Cela s’explique par plusieurs raisons :

  • "Il y a une inflation sur les prix qui a été plus vite intégrée dans les prix à la consommation en Belgique. Donc, les distributeurs ont fait augmenter les prix parce qu’ils ont des coûts de fonctionnement plus élevés (ndlr : notamment à cause des indexations automatiques)", explique Pierre-Alexandre Billiet, expert en marketing chez Gondola.
  • Si l’écart de prix se creuse beaucoup plus fort avec la France, c’est aussi en raison de la plus grande concurrence qui existe dans ce pays. "En France, il y a une guerre des prix qui fait tellement baisser les prix que c’est vraiment catastrophique, entre Leclercq, Auchan, etc", explique Pierre-Alexandre Billiet. La guerre commerciale entre les grands groupes de distribution français se joue sur tous les fronts, y compris les produits frais ou les produits locaux.
  • Une troisième raison explique pourquoi les supermarchés français sont aujourd’hui plus intéressants qu’avant pour les Belges : les chaînes françaises font tout pour les séduire. "Les magasins limitrophes, juste à la frontière française appliquent des tarifs excessivement intéressants pour encore plus attirer les Belges", selon Pierre-Alexandre Billiet.

Bref, on retrouve là un cocktail d’explications qui rend le déplacement en France de plus en plus intéressant pour de nombreux Belges, surtout s’il s’agit d’acheter de gros volumes.

En intégrant l’écart de prix actuel sur les carburants, une trentaine de centimes au litre en moyenne, même ceux qui habitent un peu plus loin de la frontière pourraient avoir intérêt à faire le calcul.

En Belgique, petit pays, les prix seront toujours plus élevés

Même si à l’avenir, l’écart de prix entre la Belgique et les pays voisins était à nouveau amené à se réduire, notre pays serait, malgré tout, toujours plus cher à cause des coûts de fonctionnement. "Avec les régions, avec les langues etc, c’est très compliqué de gérer un parc de magasins en Belgique, donc ce sera toujours plus cher", analyse Pierre-Alexandre Billiet, expert en marketing. Il évalue "le surcoût structurel" en Belgique à 5 à 7%.

Il y a d’abord l’étroitesse du pays. "Cela veut dire qu’on a des volumes d’achat moins grands que la France. Un Colruyt ou même un Carrefour Belgique qui va acheter chez Coca-Cola va payer tout simplement plus cher qu’un Carrefour France qui achète des volumes plus importants", explique Pierre-Alexandre Billiet.

S’ajoute à cela la complexité linguistique belge. L’étiquetage des produits se fait en trois langues. "Ce n’est pas nécessairement le coût de l’étiquette qui fait la différence, mais de cette manière-là le marché s’isole", poursuit Pierre-Alexandre Billiet. Le pays est isolé car aucun autre pays voisin n’applique ces trois langues simultanément. "Un pays isolé aura toujours des prix plus chers parce que cette complexité régionale politico-linguistique est aussi une opportunité commerciale pour les fournisseurs d’appliquer des prix différents, souvent plus élevés", ajoute l’expert en marketing.

Autre raison aux prix plus élevés en Belgique, le coût du travail. Selon Gondola, à emploi comparable, le coût salarial est 21% moins élevé aux Pays-Bas. En France, l’écart serait un peu moindre, mais quand même de l’ordre de 13 à 15%.

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