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Belgique

Hausse des prix de l’énergie : les communes s’inquiètent, certaines risquent la faillite virtuelle

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La flambée des prix de l'énergie a aussi un impact sur les communes

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28 sept. 2021 à 09:484 min
Par Sophie Brems, Estelle De Houck

En un an, le gaz naturel a vu sa valeur grimper de 40%. Quant à l’électricité, elle augmente de plus de 20%. Une croissance qui risque de faire mal au portefeuille des citoyens, mais pas que. Elle devrait également avoir un impact désastreux sur les finances publiques. Les villes et communes consacrent en effet une partie importante de leur budget aux dépenses énergétiques. 

Éclairage public, les écoles, les bâtiments publics… Les dépenses d’énergie pour les communes représentent une part importante du budget annuel. "On parle de plusieurs centaines de milliers d’euros dans les budgets communaux", constate Maxime Daye, président de l’UVCW (Union des Villes et Communes Wallonnes).


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Alors quand le prix de l’électricité augmente, les communes s’inquiètent. "On s’attend forcément à des augmentations pour nous aussi. Et quand vous avez une augmentation de 10% d’un budget de 500.000 à 600.000 euros annuels, ça fait vite 60.000 à 70.000 euros en plus par mois", constate Maxime Daye, bourgmestre de Braine-le-Comte et président de l’UVCW (Union des Villes et Communes Wallonnes).

Trouver le budget

Ces sommes, encore faut-il pouvoir les financer. D’autant plus que, d’après le président de l’UVCW, les recettes ne suivent pas. On peut même dire que les rentrées diminuent. Une des raisons ? L’impôt communal sur les personnes physiques dépend des salaires des Belges, qui ont été impactés par le chômage temporaire.

Cette perte de revenus se fera donc surtout ressentir en 2022. "2022 sera l’année de l’impact de cette fameuse année 2020 du Covid, du début de la crise sanitaire, avec effectivement des gens qui ont perdu leur emploi, des indépendants qui ont cessé leur activité, etc."

On va avoir effectivement du mal à faire notre budget 2022

"Et donc, comme les communes ont besoin de ces recettes IPP — il représente 20%, donc un cinquième des recettes communales — on s’attend en 2022 à une chute des recettes communales."

Ajoutez à cela toute une série d’autres dépenses complémentaires… "Donc, l’un dans l’autre, on va avoir effectivement du mal à faire notre budget 2022", regrette Maxime Daye.

On est actuellement dans les discussions budgétaires et ça s’annonce corsé

Outre sa casquette de président de l’UVCW, Maxime Daye est bourgmestre de Braine-le-Comte. Pour l’instant, il juge les tarifs stables en termes d’électricité. "L’avantage de toute une série de communes en Wallonie, c’est ce qu’on appelle les groupements d’achat. Via des intercommunales, il y a des groupements d’achat d’électricité et de gaz notamment."

Par contre, l’an prochain, "quand le marché va être relancé, on s’attend effectivement à une grosse hausse. Et là, on est actuellement dans les discussions budgétaires et ça s’annonce effectivement corsé."

Vers une "faillite virtuelle" ?

Le problème, c’est que certaines communes sont déjà dans le rouge. Comment vont-elles faire pour répercuter cette hausse ?

La commune d’Ath, par exemple, est l’une des communes les plus endettées du pays. Les impôts sont déjà au maximum, et le bourgmestre s’est engagé à ne pas les alourdir davantage.


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"Cela veut dire qu’à un moment donné, on doit structurellement trouver des solutions pour trouver des moyens. Sinon, on va effectivement vers une faillite virtuelle, et une faillite virtuelle implique soit qu’on licencie du personnel, soit qu’on arrête une série de projets qui pourraient avoir un coût pour la collectivité", constate le bourgmestre d’Ath, Bruno Lefebvre.

Alors, faut-il faire moins de travaux ? Licencier du personnel ? Les communes s’interrogent.

Ce serait malvenu de procéder à des licenciements alors que les attentes en matière de pouvoir public local sont de plus en plus importantes

Le problème, selon Maxime Daye, "c’est qu’on demande de plus en plus aux communes de faire toute une série de travaux. On a eu les inondations, les coulées de boue dans de nombreuses communes, donc des investissements sont nécessaires et sont attendus par la population, et malheureusement, les investissements d’aujourd’hui sont la dette de demain."

Autre problème, le personnel. "C’est paradoxal parce qu’on a de plus en plus besoin de personnel communal dans nos communes. Et on est parfois face à une pénurie pour trouver du personnel. Donc ce serait malvenu de procéder à des licenciements alors que les attentes en matière de pouvoir public local sont de plus en plus importantes."

Le fédéral à la rescousse ?

Alors à qui faut-il demander de l’aide ? "Soyons clairs, la Wallonie a déjà pas mal aidé, notamment sur les différentes crises financières que nous avons eues ces derniers temps", explique le président de l’UWVC.

"Nous avons des contacts réguliers, au niveau de l’Union des villes et communes de Wallonie, avec le cabinet du ministre des Pouvoirs locaux pour demander effectivement des aides structurelles en matière financière, et aussi au niveau du fédéral."


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En parlant du fédéral, Maxime Daye l’exhorte à changer notre relation avec l’énergie. "J’insiste toujours sur le fait que toute décision sur notre énergie a des impacts aussi financiers. On l’a vu ces derniers temps, les communes ont fait beaucoup d’investissements pour réduire la consommation d’énergie. Mais malheureusement, ça ne se voit pas dans les budgets puisque le coût de l’énergie augmente."

"Et donc, aujourd’hui, quand on prend des décisions au niveau fédéral sur l’avenir, essayons quand même d’avoir l’aspect budgétaire en compte", ajoute le président de l’UWVC. "Je pense que le gouvernement est maintenant mûr, je l’espère, pour prendre des décisions pérennes, mais en sachant que ça aura probablement un impact sur les budgets, non seulement des citoyens, mais aussi forcément des communes", conclut-il.

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