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Hausse des cas de coronavirus et tracing débordé : les médecins demandent que les cas contacts puissent obtenir un test gratuit en ligne

Hausse des cas de coronavirus et tracing débordé : les médecins demandent que les cas contacts puissent obtenir un test gratuit en ligne
20 nov. 2021 à 16:215 min
Par Eric Boever

Ce n’est pas la première fois que des associations de médecins lancent ce genre d’appel. Cette fois, c’est l’ABSyM qui monte au créneau. Le syndicat médical dénonce la charge administrative imposée aux généralistes qui doivent délivrer des codes pour se faire tester à des patients qui ne sont pas malades du coronavirus mais qui ont eu un contact avec une personne positive. Normalement, c’est le dispositif de tracing qui devrait s’en charger mais lui aussi est débordé, alors que les contaminations augmentent sans cesse.

La solution, selon l’ABSyM, serait de permettre aux cas contacts de demander un test gratuit en ligne comme le font déjà les personnes qui présentent des symptômes, mais la coordinatrice interfédérale du testing n’y est pas favorable, elle promet une autre solution pour bientôt. Nous faisons le point sur les arguments des uns et des autres.

"Je passe des heures à remplir des formulaires inutiles au lieu de soigner mes patients malades"

"Je suis médecin depuis 30 ans et je n’avais jamais connu ça", explique le docteur David Simon, généraliste et administrateur de l’ABSyM. "Dès le lundi matin, mon agenda est rempli jusqu’au mercredi soir 21 heures. Or, bon nombre de patients qui prennent rendez-vous ne sont pas malades, ils ont juste côtoyé une personne positive et ils viennent demander un code pour pouvoir passer un test gratuit, ce qui représente pour nous de la paperasse et du temps perdu. Or, d’autres patients auraient besoin de nos soins mais nous devons les faire patienter plusieurs jours, ce qui pose un problème de santé publique."


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Normalement, ces personnes qui ont approché des malades du covid sont alertées par le dispositif du tracing qui leur communique par SMS un code pour se faire tester. Mais le système connaît actuellement des ratés, la coordinatrice interfédérale du testing, Karine Moykens, le reconnaît : "L’augmentation des cas de Covid provoque effectivement un engorgement du tracing, nos services sont débordés, ils n’arrivent plus à contacter dans les 24 heures comme prévu les personnes malades ni les personnes qui les ont côtoyées et qui sont donc considérées à hauts risques. Le phénomène est surtout flagrant en Wallonie et en Flandre, à Bruxelles, on arrive encore à gérer et à respecter les délais. Nous cherchons des solutions."

La solution ? Pour l’ABSyM, ajouter une case au formulaire en ligne du site masante.belgique.be

Pour l’ABSyM, l’association belge des syndicats médicaux, la solution n’est pas très compliquée, elle est même à portée de main. "Actuellement, les patients qui présentent des symptômes peuvent obtenir un code pour réaliser un test PCR gratuit en se rendant sur le portail masante.belgique.be et en répondant au questionnaire en ligne 'Self Assessment Testing'. Nous demandons que les patients asymptomatiques qui ont été en contact avec un patient PCR positif puissent eux aussi obtenir un code sur ce portail. Il suffit d’ajouter au questionnaire l’option 'J’ai été en contact avec une personne dont le test COVID est positif '. Cela permettrait à une personne contact d’obtenir un code sans appeler son médecin, ce qui le soulagerait de tâches administratives inutiles et chronophages."


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Les responsables du testing craignent des abus et des fraudes

La solution est tentante mais elle se heurte aux objections des responsables du testing. "Cela semble très simple pour le citoyen, mais justement c’est trop simple. Il risque d’y avoir trop d’abus et de fraudes. Il suffirait d’indiquer qu’on a été en contact avec un malade, même imaginaire, pour obtenir un test gratuit, cela ne va pas. Ce serait une aubaine pour les gens qui ont besoin d’un test PCR pour voyager ou pour obtenir un Covid Safe Ticket " Ces tests dits "de confort" sont normalement payants.

Mais pour Karine Moykens, il existe un autre obstacle. "Permettre au patient asymptomatique de générer lui-même son code pour obtenir un test PCR pose aussi des questions de vie privée et de respect du secret médical car le demandeur devra identifier la personne malade qu’il a côtoyée et nous devrons bien sûr vérifier que cette personne est vraiment atteinte du virus et qu’il y a bien un lien avec la personne contact. Cela complique donc aussi la tâche des services de tracing."

Réplique du docteur Simon de l’ABSyM : "Cet argument de la fraude ne tient pas debout. Déjà maintenant il est possible d’obtenir un code gratuit sans y avoir droit, il suffit de déclarer des symptômes que l’on n’a pas, prétendre par exemple qu’on tousse ou qu’on a perdu le goût et le tour est joué, on reçoit un code pour un test gratuit. Et personne ne pourra vérifier. Seule limite au système, le formulaire en ligne n’accorde un code qu’une fois tous les onze jours pour éviter qu’on introduise des demandes à tout bout de champ. Mais invoquer les risques de fraude pour repousser notre demande, c’est de la mauvaise foi."

La contre-proposition préparée par la plate-forme testing ? Une pure illusion !

Le refus des responsables du testing de permettre aux personnes contact d’obtenir un code gratuit en ligne ne signifie pas que l’appel des médecins n’a pas été entendu. "Nous réfléchissons à une solution", explique Karine Moykens. "Il s’agirait de créer un formulaire en ligne où les personnes positives pourraient elles-mêmes désigner les personnes qu’elles ont côtoyées en communiquant leur nom et leurs coordonnées. Ces cas contacts recevraient automatiquement deux SMS, le premier pour les informer qu’ils sont à haut risque et le second pour leur fournir les codes pour se faire tester deux fois gratuitement, une immédiatement, l’autre 7 jours plus tard. Cela sera débattu mercredi prochain."

Une solution qui satisferait les médecins généralistes ? Pas sûr, si l’on en croit la réaction du docteur Simon : "Ce dispositif ne suffira pas. Demander aux malades se signaler leurs cas contacts est un leurre. Déjà avec les appels du tracing, ils ne signalent qu’un nombre infime de personnes, soit par oubli, soit parce qu’ils craignent de leur causer des soucis, soit parce qu’ils n’ont pas leurs coordonnées, soit tout simplement par négligence. Croire qu’ils seront plus consciencieux dans un formulaire en ligne qu’ils rempliront tout seul est une illusion. Et cela ne diminuera pratiquement pas notre charge administrative qui, je le rappelle, nous empêche de faire notre vrai boulot, à savoir soigner les véritables malades."

L’éternel débat entre les intérêts de la santé et du portefeuille

Karine Moykens confirme que les personnes positives, qu’elle appelle les cas index, sont relativement timides quand le tracing leur demande de communiquer les personnes qui les ont approchées de près lors des jours précédents. "La moyenne oscille entre 2,5 et 3 contacts. Or, on se doute bien que le chiffre est plus élevé. Il faut davantage de conscience collective de la part des personnes atteintes. Signaler leurs contacts n’est pas une dénonciation, c’est une démarche destinée à les avertir pour les protéger."

Le souci, estime le docteur Simon, "c’est qu’il faudrait davantage de monde pour que le tracing fonctionne correctement. Or, dans cette histoire, on n’en parle pas trop mais l’aspect financier joue un rôle non négligeable. Notre solution qui consiste à ouvrir automatiquement l’accès aux codes et donc aux tests aux personnes asymptomatiques ne coûterait pas grand-chose en termes de mise en place, il suffirait de changer quelques lignes dans un programme informatique mais le résultat, c’est vrai, sera d’amener davantage de monde à se faire tester. Ce serait un progrès d’un point de vue médical mais il faut avouer que cela alourdirait sans doute l’ardoise du testing. Or, on sait que la facture s’élève déjà à plusieurs dizaines de millions d’euros chaque mois. J’espère juste que ce n’est pas à cause de ces dépenses supplémentaires qu’on repousse notre demande. Ce serait scandaleux que la santé soit négligée par souci d’économie, même si ce ne serait pas nécessairement nouveau."

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