Belgique

Hausse de 61% des coûts énergie, Covid, paiement des pensions : les inquiétantes finances des hôpitaux selon Belfius

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16 nov. 2022 à 10:54 - mise à jour 17 nov. 2022 à 07:54Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

Le secteur hospitalier reste lourdement fragilisé. C’est la principale conclusion de l’analyse réalisée par Belfius. Les experts de la banque se sont penchés sur les comptes 2021 des hôpitaux et sur les premiers résultats d’une enquête pour 2022.

Résultat, après deux années difficiles en raison de la pandémie de Covid-19, les hôpitaux belges n’ont toujours pas retrouvé le niveau d’activité d’avant la crise sanitaire. De plus, ils sont à nouveau mis à rude épreuve. Les factures d’énergie ont augmenté. Les coûts salariaux, en raison des indexations automatiques, sont aussi en hausse. L’explosion des coûts dans le secteur de la construction et la hausse des taux d’intérêt mettent à mal les investissements nécessaires au secteur hospitalier. S’ajoute à cela une pénurie structurelle de personnel qui mène, dans certains cas, à la fermeture de services.

Fortes inquiétudes pour les hôpitaux en 2022

L’exercice 2022 suscite d’importantes inquiétudes aux experts de Belfius, car les hôpitaux seront confrontés, cette année à d’importants chocs financiers.

Après la crise du Covid et des années 2020 et 2021 difficiles (voir ci-après), la santé des hôpitaux reste délicate.

En 2022, le secteur hospitalier n’échappera pas aux défis financiers. Au menu, il y a le niveau historique de l’inflation, responsable de la forte augmentation des coûts salariaux. Fin 2021, il y a déjà eu une indexation. En 2022, 4 autres indexations s’ajoutent, alors qu’au moins une nouvelle indexation est attendue en 2023. Autres charges financières importantes en 2022, celles liées à l’envolée des prix de l’énergie et celles liées à l’augmentation des prix de toute une série de biens et services, allant du matériel médical aux matériaux de construction, notamment.

Selon Belfius, qui a enquêté auprès des hôpitaux au cours du premier semestre 2022, les coûts de l’énergie supportés par les établissements hospitaliers devraient augmenter d’au moins 61% en 2022. C’est une estimation minimale car les prix de l’énergie continuent de grimper et qu’un nombre croissant d’hôpitaux vont subir une révision de leur contrat de fourniture d’énergie.

En extrapolant les chiffres du premier semestre 2022, Belfius table sur une détérioration du résultat courant des hôpitaux généraux de 135 millions d’euros par rapport au premier semestre 2021. Pour l’ensemble de l’exercice 2022, cette détérioration serait de 270 millions, "ce qui conduirait à un résultat courant déficitaire pour l’ensemble du secteur", estime Belfius.

Pour certains hôpitaux qui emploient du personnel statutaire, s’ajoute un autre défi financier lié à la charge des pensions.

C’est dire si l’ensemble du secteur a les yeux tournés vers le gouvernement dont on attend des mesures de soutien. Les experts de Belfius avertissent cependant que "la marge de manœuvre pour de nouvelles interventions sera sans doute très limitée", en raison des efforts déjà fournis par l’État et les entités fédérées pour aider le secteur pendant la pandémie.

En 2021, le secteur ne s’était pas encore remis de la pandémie de Covid-19

En 2020, en raison de l’épidémie de Covid-19, l’activité des hôpitaux s’était réduite. Les soins non urgents avaient été mis entre parenthèses pour réserver les moyens hospitaliers au soin des patients atteints du coronavirus.

L’activité n’a toujours pas renoué avec les niveaux d’avant Covid. Les admissions classiques, avec nuitées, accusent toujours un retard de 9,3% en 2021 et de 8,6% au premier semestre de cette année par rapport à leur niveau avant la pandémie, bien qu’il y ait des disparités entre hôpitaux.

Qui dit moins d’admissions classiques dit aussi une chute du taux d’occupation du nombre total de lits et une diminution de la durée des séjours. Seules les hospitalisations de jour remontent à leur niveau d’avant crise.

Du côté du chiffre d’affaires, 2021 a cependant été une année de transition après la crise du Covid. Le chiffre d’affaires a progressé d’un peu moins de 10% en 2021 par rapport à 2019, année de référence. C’est surtout l’augmentation du Budget des Moyens Financiers (BMF) qui explique cette augmentation.

Il s’agit ici des moyens financiers alloués par les pouvoirs publics. En 2021, les hôpitaux ont reçu plus d’argent, notamment via le Fonds "blouses blanches" et en raison des indexations salariales et de la mise en place de nouveaux barèmes salariaux. Les hôpitaux ont aussi bénéficié d’une augmentation des revenus tirés des produits pharmaceutiques, des honoraires générés par les médecins et des forfaits INAMI.

Par contre, par rapport à 2019, les coûts d’exploitation ont augmenté en 2021. Les achats pharmaceutiques et les produits médicaux ont, par exemple, coûté plus cher.

Bref, conclut Belfius pour 2021, "les aides fédérales continuent à soutenir le secteur et à maintenir le résultat courant la tête hors de l’eau". Sans cette aide, le nombre d’hôpitaux avec déficit courant serait passé de 24 (28%) à 44 (51%). 129 millions d’euros d’aide fédérale sont arrivés dans les caisses des hôpitaux généraux. En 2020, c’était près de 830 millions d’euros, selon les estimations de Belfius.

Si beaucoup d’hôpitaux avaient en 2021 une structure financière globalement saine, des disparités profondes existent au sein du secteur. 29 hôpitaux, soit 34% du total, ont une part de fonds propres inférieure à la "norme" communément admise dans le secteur. Le taux d’endettement financier est aussi, dans certains cas, plus préoccupant. 20 hôpitaux, soit 23% des institutions, présentent un taux d’endettement supérieur à 40%. 13 institutions n’auraient pas dégagé en 2021 pas un cash-flow suffisant pour couvrir la partie de leur dette arrivant à échéance au cours de cet exercice.

Autre épine dans le pied des hôpitaux : la pénurie de personnel

Le pourcentage d’emplois vacants s’élève en moyenne à 4,5% de l’effectif total du personnel. Ce sont donc 4690 ETP (Equivalents Temps Plein) qui sont manquants, soit 36% de plus qu’en 2019. $

Depuis la crise du Covid, le recours au personnel intérimaire est en progression de près de 75%.

Le taux d’absentéisme a aussi atteint près de 10% en 2021 (dont 6,1% pour les absences de longue durée). A titre de comparaison, tous secteurs confondus, le taux d’absentéisme moyen est en Belgique de 6,13% (3,24% pour les absences de longue durée).

Ce manque de personnel pèse sur le fonctionnement des hôpitaux et peut aller, écrit Belfius, "pour certaines institutions, jusqu’à la fermeture d’unités de soins, avec des conséquences non négligeables sur le niveau d’activité et donc sur le chiffre d’affaires".

 

Relever les futurs défis sera difficile

Enfin, globalement, les investissements ont continué à baisser dans les hôpitaux en 2021, notamment en raison des incertitudes. Quoi qu’il en soit, note Belfius, "le niveau actuel des investissements est certainement insuffisant pour préparer le secteur hospitalier belge à l’organisation des soins du futur" et à la réduction de l’empreinte environnementale.

C’est que les défis auxquels doit faire face le secteur sont nombreux : vieillissement de la population, numérisation de l’économie, évolution des technologies médicales, transformation digitale des hôpitaux et renforcement de la cybersécurité, efficacité énergétique en sont les principaux exemples.

Des craintes pour l’avenir, c’est ce que confirme déjà l’UNESSA, une fédération présente en Wallonie et à Bruxelles et qui représente, notamment, des hôpitaux. Pour elle, l’analyse de Belfius tendrait à confirmer un scénario redouté "potentiellement, un résultat courant négatif global pour l’ensemble du secteur au terme de cette année", même si "certains hôpitaux pourraient s’en sortir mieux que d’autres".

Pour l’UNESSA, les perspectives pour 2023 "ne sont pas engageantes, à programme de soutien inchangé". "Bien que justes et pertinentes, les mesures actuellement sur la table, principalement au fédéral, sont insuffisantes et insuffisamment financées car les besoins du secteur ont été sous-évalués", relève l’UNESSA qui craint, à terme, une dégradation du système des soins de santé, et "de la casse dans nos hôpitaux".

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