Environnement

Habile, la poule ? Rusée, l’écrevisse ? Une étude américaine compile des comportements cognitifs et sociaux chez les animaux

Le comportement de divers animaux a été analysé

© Getty

Une écrevisse peut-elle avoir un comportement coopératif ? Une abeille est-elle faire preuve de soins parentaux ? Une pieuvre peut-elle utiliser un outil ? C’est à ce genre de question éthologique que tente de répondre une équipe de chercheurs américains. Ils œuvrent pour une organisation récente écologiste et le bien-être animal, Rethink. Des travaux issus d’une université texane qui ont le mérite de réfléchir sur la notion de bien-être animal. (Sachez d’ailleurs que, selon eux, il y a de grandes chances que les trois affirmations en début d’article soient exactes).

Etude étonnante sur onze espèces

Romain Espinosa, chercheur au CNRS et spécialisé dans la matière, explique la démarche des Américains sur twitter : "On cherche à savoir avec quelle intensité les animaux " expérimentent " le monde. Pour s’en rapprocher le plus possible, les chercheurs ont fait une revue de la littérature (impressionnante) sur 90 traits comportementaux, psychologiques, cognitifs et affectifs de 11 espèces d’animaux utilisés dans l’élevage ".

Deux tableaux sont donc à regarder. Le premier est basé sur les critères " hédonistes ", à savoir émotionnel (recherche de satisfaction, peine…), et l’autre sur des critères " cognitifs ". Qui concernent donc l’acquisition des connaissances. On y parle donc coopération, jugement, résolution de problèmes…

Avec un indice de probabilité (du bleu marine " sûrement oui " situé entre 75% et 100% probable ; à l’orange " sûrement non " de 0 à 25% des chances), les schémas nous permettent d’y voir un peu plus clair sur les capacités sociales et intellectuelles des animaux.

Si on regarde attentivement, on peut ainsi voir qu’il est très probable que le cochon et le poulet ressentent de la dépression, de l’ennui ou au contraire ait un esprit ludique. De même que l’abeille ou le crabe apprennent l’existence par la récompense ou que le saumon puisse paniquer.

Capacités "hédonistes"

Par le biais de 47 critères de comportements, tels que la peur, la curiosité, l’ennui, l’aide ou même le concept de mort (liste en dessous du graphique), l’organisation a donc classé onze animaux. Des animaux vus comme proche du quotidien des humains. Il s’agit du cochon, du poulet, de la carpe, du saumon, de la pieuvre, de la crevette, du crabe, de l’écrevisse, de l’abeille, de la mouche (soldat noire) et du ver à soie.

"Proxies" (comportements) hédoniques
Les segments colorés autour de l’arc montrent l’évaluation faite pour chaque proxy hédonique dans chaque animal. Le graphique à barres montre le pourcentage cumulé d’évaluations de proxy pour chaque animal.
"Proxies" (comportements) hédoniques Les segments colorés autour de l’arc montrent l’évaluation faite pour chaque proxy hédonique dans chaque animal. Le graphique à barres montre le pourcentage cumulé d’évaluations de proxy pour chaque animal. © Rethink Priorities
Traduction : 1 – Comportement d’aversion au goût
2 – Apprentissage basé sur la récompense
3 – Comportement de type anxiété
4 – Comportement de peur
5 – Comportement souple d’autoprotection
6 – Réponse modifiée par les analgésiques
7- Soins parentaux
8- Co
Traduction : 1 – Comportement d’aversion au goût 2 – Apprentissage basé sur la récompense 3 – Comportement de type anxiété 4 – Comportement de peur 5 – Comportement souple d’autoprotection 6 – Réponse modifiée par les analgésiques 7- Soins parentaux 8- Co © Rethink Priorities

" On estime que les cochons montrent des aptitudes sur plus de 60% d’entre eux. C’est un peu moins pour les volailles, mais on est presque à 60% " souligne le scientifique.

Capacités cognitives

Les segments colorés autour de l’arc montrent l’évaluation faite pour chaque proxy cognitif pour chaque animal. Le graphique à barres montre le pourcentage cumulé d’évaluations de proxy pour chaque animal.
Les segments colorés autour de l’arc montrent l’évaluation faite pour chaque proxy cognitif pour chaque animal. Le graphique à barres montre le pourcentage cumulé d’évaluations de proxy pour chaque animal. © Rethink Priorities
Explications des numéros
Explications des numéros © Rethink Priorities
Loading...

Des difficultés et limites

Dans ces schémas en forme de disque, on peut noter que les zones grisées sont nombreuses.

C’est que la matière est sensible, et difficile à appréhender. "Personne n’a été intéressé à étudier ces traits" et "dans de nombreux cas, personne ne sait comment enquêter" précisent les chercheurs Américains. "De plus, dans la mesure où il est plus facile de publier des résultats positifs que des résultats négatifs, les universitaires sont incités à étudier des traits qu’ils s’attendent déjà à trouver. Ainsi, la littérature est probablement biaisée en faveur de choses relativement " sûres ", dans le but de garantir que les gens évitent de quitter leurs recherches les mains vides (c’est-à-dire sans publications). Ce point est pertinent – et explique partiellement – le deuxième résultat clé, qui est qu’il y a peu de résultats négatifs".

 

Porc et volaille superstars

Un des enseignements de cette étude originale tend à montrer que les animaux – de la liste – qui " expérimentent " le plus le monde qui les entoure sont le cochon et le poulet. Suivent les animaux marins que sont la pieuvre (mais dans le côté cognitif, celle-ci fait même partie des animaux les plus intelligents), le saumon et la carpe. En queue de peloton, la mouche et le ver à soie.

En tout cas, cette grande étude a le mérite d’inciter à la réflexion sur le monde animal qui nous entoure. Comme le souligne Romain Espinosa, cela peut renvoyer aussi à " des questions philosophiques très complexes sur les notions de conscience, sur les capacités à ressentir, les émotions qui en découlent, etc. Il n’y aura jamais de manière directe d’évaluer ça."

Prise en considération

L’approche est certes un peu anthropocentrique, mais pourrait encourager la réflexion.

" Ces travaux confirment que ces animaux ont des expériences du monde bien plus élaborées que ce qu’on peut parfois penser. Et donc, que nous pouvons prendre en compte leur bien-être avec une considération accrue " écrit Romain Espinosa.

On connaissait la passion de George Clooney pour les cochons nains du Viet-Nam, on se souvient du Prince Laurent qui rêvait de parler avec un poulpe… Sans forcément aller jusque-là, voici donc une étude qui permet d’améliorer nos connaissances sur les facultés de quelques animaux proches de nos quotidiens.

Inscrivez-vous à la newsletter Tendance

Mode, beauté, recettes, trucs et astuces au menu de la newsletter hebdomadaire du site Tendance de la RTBF.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous