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Santé & Bien-être

Guerres, violences : les traumatismes psychologiques sont un facteur de risque de l’hypertension artérielle

Dans un centre de santé de Muheto, Nord-Kivu. 28 mars 2022. Une population déplacée et prise en tenaille entre les Forces armées congolaise (FARDC) et les groupes armés de la région.
17 mai 2022 à 04:01Temps de lecture3 min
Par Sylvia Falcinelli avec Clara Weerts

L’hypertension artérielle est l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde. En 2010, on estimait à 1,39 milliard le nombre de personnes atteintes, soit 31,1% de la population adulte globale. Ces chiffres – qui montrent l’ampleur de l’enjeu en termes de santé publique – ouvrent le papier d’une équipe internationale de chercheurs et chercheuses qui ont voulu explorer une facette moins connue de l’hypertension : l’influence de facteurs psychologiques parmi les facteurs de risque pouvant favoriser son apparition.

Au-delà des facteurs bien connus (consommation de sel, surpoids…) liés au mode de vie ou à l’environnement et qui interagissent avec des facteurs génétiques, il semblait en particulier que le syndrome de stress post-traumatique pouvait jouer un rôle – hypothèse explorée par l’équipe, dans le contexte d’une thèse développée par le jeune médecin psychiatre d’origine congolaise, Achille Bapolisi.

Des études avaient déjà montré une plus grande fréquence de syndromes post-traumatiques chez des patients présentant une hypertension sévère et résistante aux médicaments. Mais, comme souligné par les scientifiques, ces études se concentraient sur des pays à hauts revenus. Il n’y avait pas d’études similaires dans des pays à faibles ou moyens revenus, alors que 75% des hypertendus y vivent et que ces pays sont plus souvent les théâtres de conflits armés susceptibles d’entraîner de hauts taux de ce syndrome.

Pour vérifier son hypothèse, l’équipe de recherche a travaillé en République démocratique du Congo, au sein de l’hôpital général de Bukavu – une ville plongée dans la guerre du Kivu depuis 25 ans. (Les détails de la méthodologie sont dans le fichier PDF en bas d’article.)

Les traumatismes psychologiques sont clefs, surtout quand leur origine est humaine

Les conclusions montrent que, comparés à des patients avec une tension normale, les patients hypertendus ont été davantage exposés à des événements traumatisants causés par l’homme, présentent davantage de syndromes de stress post-traumatiques et, dans une moindre mesure, ont plus fréquemment une famille sujette à l’hypertension, de plus grandes concentrations de glucose dans le sang et un indice de masse corporelle plus élevé.

Un chiffre à souligner : 61% de la population hypertendue étudiée avait été exposée à un traumatisme d’origine humaine, contre 13% chez les patients ayant une tension normale.

Par ailleurs, 45% de la population hypertendue présentait un problème d’ordre psychiatrique, qu’il s’agisse du syndrome de stress post-traumatique, de dépression ou de consommation problématique d’alcool. Ceci suggère, selon l’équipe de recherche, que le fait d'avoir vécu un traumatisme causé par l'homme participe au développement de l’hypertension indépendamment du développement ou non de problèmes psychiatriques par la suite (dont le syndrome de stress post-traumatique).

L’étude suggère donc un effet important et spécifique des événements traumatisants d’origine humaine (des violences humaines "avec une intentionnalité négative" nous précise l’un des auteurs, le Dr Philippe de Timary, psychiatre aux Cliniques universitaires Saint-Luc) sur l’apparition d’une hypertension – un effet qui semble plus délétère que celui des événements traumatisants d’origine naturelle.

Cet effet est également renforcé chez ceux ou celles qui présentent un "profil de régulation des émotions instable", souligne le Dr Philippe de Timary, avec "une difficulté à exprimer ou identifier les émotions propres et une tendance au blâme de soi, qui est une tendance centrale qu’on retrouve parfois chez les patients exposés aux situations traumatiques, c’est-à-dire qu’au lieu de remettre le tort sur l’agresseur, ils remettent le tort sur eux-mêmes, et ça, ça vient participer à l’expression de cette maladie particulière qui est l’hypertension artérielle".

"Ça vient soutenir l’idée que l’organisme humain est un organisme où la part psy et la part somatique peuvent avoir des relations l’une avec l’autre", poursuit le psychiatre. "Ça soulève des pistes intéressantes en termes de traitement de ce fléau qu’est l’hypertension artérielle, l’une des causes de décès principales dans le monde".

En conclusion, les scientifiques soulignent que les dimensions psychologiques pourraient être des facteurs clefs à prendre en compte pour un traitement préventif de l’hypertension dans les pays exposés à la violence, mais aussi chez les populations plus particulièrement exposées à des situations traumatisantes que sont les réfugiés, les migrants ou les militaires.

Murad et Mukwege reçoivent le prix Nobel contre les violences sexuelles en tant qu arme de guerre - Témoignage de victimes

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