Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : qu'attendre d'une éventuelle rencontre entre les délégations russes et ukrainiennes ?

Extrait du Dossier de la rédaction avec Laetitia Spetschinsky

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02 mars 2022 à 12:05Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo sur base du Dossier de la rédaction

Septième jour de l'offensive russe en Ukraine, c'est dans ce contexte qu'a priori, aujourd'hui, une nouvelle rencontre entre les délégations russes et ukrainiennes est prévue. Que peut-on en espérer ? C'est la question qu'a posé Pascal Claude ce matin sur la Première dans le cadre du Dossier de la rédaction.

Laetitia Spetschinsky : "Pas grand-chose à ce stade, si ce n'est qu'il y a une rencontre, ce qui n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. Ce n'est pas spécialement une bonne nouvelle non plus, dans la mesure où, tant que les combats sont en cours et qu'il n'y a pas de cessez-le-feu, même minimal, je ne vois pas très bien de quoi on pourrait discuter. Il n'y a pas d'éventuelles discussions sur la reddition de l'un ou de l'autre, non, c'est un tour de chauffe que certains suspectaient d'ailleurs d'être simplement un moyen de légitimer le processus en disant : + on a essayé de négocier, ils n'ont pas voulu, donc on continue +. "

Certains disent aussi que c'est une manière pour Poutine de tenter de gagner du temps ?

Laetitia Spetschinsky : "Oui, gagner du temps pour se réorganiser, pour mesurer les niveaux d'engagement. Peut-être. C'est intéressant en soi, mais ça n'est peut-être pas pour l'instant le centre. Par rapport au niveau de la délégation envoyée par la Russie, ils n'ont pas envoyé Sergueï Lavrov, donc le niveau des représentants russes indique déjà un faible engagement côté russe. Et les Ukrainiens aussi ont envoyé une délégation qui n'a pas l'air très déterminée à ce stade à discuter avec l'agresseur."

La position de l'Union européenne est vraiment saisissante

Ce qui étonne depuis quelques jours, c'est l'attitude de l'Union européenne, l'Union qui multiplie les sanctions à l'encontre de la Russie, qui envoie du matériel militaire pour l'Ukraine, qui dit que l'Ukraine a clairement sa place en son sein. Qu'est-ce que cette posture peut avoir comme conséquence au cœur de cette guerre ?

Laetitia Spetschinsky : "Oui, la position de l'Union européenne est vraiment saisissante. Elle impressionne tout le monde et elle énerve aussi certains parce que les mesures symboliques ajoutent un peu d'huile sur le feu. On fait des déclarations assez spectaculaires, l'Ukraine dans l'Union européenne demain, donc on se demande si c'est le moment de prendre des mesures symboliques. D'autre part, il y a des mesures fortes qu'on prend et qui ont été négociées pendant des mois et coordonnées à l'interne et avec les partenaires du G7. On a vraiment eu le temps de se préparer aux sanctions, donc on est prêts avec des sanctions très fortes, mais en sachant aussi qu'on est prêts à en subir les coûts en Europe. L'Union européenne prend donc une posture géopolitique qu'elle savoure un peu pour l'instant, parce que c'est ce qu'on attend d'elle. Le Premier ministre polonais disait : + il est temps de sortir l'Europe de son sommeil géopolitique +. "

C'est ce qu'on attend d'elle, mais on est quand même surpris, et vous le dites vous aussi ?

Laetitia Spetschinsky : "On attendait plus de résistance au sein des États membres. Certains États membres avaient déjà annoncé se positionner en retrait sur certaines mesures fortes, comme l'exclusion des banques russes du système Swift. Il y a un mois, la ministre allemande des Affaires étrangères disait que c'était grosso modo un instrument beaucoup trop dangereux et beaucoup trop déstructurant. Et on avait écouté les mêmes ministres dire que Nord Stream restait un projet purement commercial et ne serait pas affecté. Tout a changé en quelques jours et le catalyseur est évidemment l'agression militaire."

Ce qui surprend également, c'est la résistance ukrainienne qui avait sans doute été sous-estimée ?

Laetitia Spetschinsky : "Je ne sais pas si elle avait été sous-estimée parce que ça fait longtemps que les Ukrainiens disent qu'ils n'ont pas peur et qu'ils sont habitués, donc qu'ils se battront. Ils avaient déjà parlé de guérilla il y a assez longtemps, ils avaient dit : " on vous infligera une guérilla qui rendra l'occupation impossible, vous prendrez peut-être le pays, mais l'occupation à plus long terme sera invivable ". On savait donc que les Ukrainiens allaient se mobiliser de toutes les manières possibles."

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