Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : pourquoi les attaques sur la centrale nucléaire de Zaporijjia constituent un risque majeur

La centrale de Zaporijjia au cœur des enjeux

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08 août 2022 à 11:27 - mise à jour 09 août 2022 à 06:20Temps de lecture4 min
Par Jean-François Herbecq et Bertrand Massart

Une centrale nucléaire prise pour cible en pleine guerre. Il y a de quoi inquiéter. Des bâtiments du site nucléaire de Zaporijjia, le plus grand d’Europe, ont été attaqués vendredi. L’Ukraine pointe la Russie qui contrôle la centrale depuis le mois d’avril. Les Russes leur renvoient l’accusation. Moscou accuse Kiev de "terrorisme nucléaire". Les autorités d’occupation russes ajoutent que l’armée ukrainienne avait tiré dans la nuit de samedi à dimanche un engin à sous-munitions avec un "lance-roquettes multiple Ouragan".

L’Agence internationale de l’énergie atomique tire la sonnette d’alarme, car de tels faits, qu’ils aient été commis par une partie ou l’autre, sont porteurs du risque de catastrophe. Quels sont les enjeux et les risques ?

Zaporijjia : une centrale majeure pour l’Ukraine

Ce site de production d’énergie nucléaire est le plus important d’Ukraine. Son contrôle est stratégique pour approvisionner le pays et c’est pour cela que les Russes s’en sont emparés il y a quatre mois. La centrale compte 6 réacteurs sur les 15 que possède l’Ukraine. Elle représente un quart de sa production d’électricité.

De plus l’enjeu de la centrale de Zaporijjia, située en zone contrôlée par la Russie à Energodar, est aussi lié à sa situation proche de la ligne de front, du fleuve Dniepr, et de la liaison entre la Crimée et le sud de l’Ukraine, théâtre de combats pour sans doute longtemps encore.

Un coup d’œil sur la carte le confirme : la Russie a pris pied sur la rive gauche du Dniepr mais pourrait voir ses lignes de ravitaillement coupées, vu les bombardements de précision menés récemment par l’Ukraine sur deux ponts stratégiques à Kherson. Une offensive ukrainienne serait en préparation dans le Sud pour reprendre ce territoire aux Russes.

Lors de la prise de la centrale, début mars, l’armée russe avait déjà ouvert le feu sur des bâtiments du site, suscitant déjà la peur d’une catastrophe nucléaire. Pareille crainte sur le site de l’ancienne centrale de Tchernobyl.

S’il s’avère que ce sont les Russes qui ont bombardé à trois reprises vendredi la centrale de Zaporijjia, ce pourrait être pour empêcher une contre-offensive ukrainienne, en brandissant la menace d’un accident nucléaire majeur à cet endroit et pour priver d’électricité une bonne partie de l’Ukraine. En cas de retrait russe, il ne serait pas étonnant de voir le site mis hors service afin de couper le courant à une partie de l’Ukraine.

Si par contre les frappes sont ukrainiennes, cela pourrait être pour contrecarrer d’éventuels plans russes de détourner l’électricité produite à Zaporijjia à leur profit, mais pour l’instant les lignes à haute tension vers l’est sont hors service.

Elément supplémentaire : l’Ukraine accuse la Russie de stocker des armes lourdes et des munitions dans la centrale. Ce que serait une façon de se servir de la centrale comme d’un bouclier, un jeu dangereux.

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Inquiétude généralisée

L’ONU exige l’arrêt immédiat des attaques "suicidaires"L’Agence internationale de l’énergie atomique et l’Union européenne s’inquiètent.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres espère "que ces attaques prendront fin. En même temps, j’espère que l’AIEA pourra accéder à la centrale" de Zaporijjia.

L’AIEA juge "de plus en plus alarmantes" les informations venant de cette centrale nucléaire. Il existe 7 grands principes pour garantir la sécurité des centrales nucléaires, et selon l’AIEA, 5 d’entre eux ne sont plus respectés : intégrité des installations, fonctionnement des systèmes de sécurité à tout moment, approvisionnement en énergie, sécurité du personnel… Pour l’instant l’Agence ne peut que mettre en garde : tant les Ukrainiens que les Russes lui déclinent l’accès aux installations.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a également condamné "la violation irresponsable" des règles de sécurité nucléaire par la Russie : "L’UE condamne les activités militaires de la Russie autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia. Il s’agit d’une violation grave et irresponsable des règles de sécurité nucléaire et d’un nouvel exemple du mépris de la Russie pour les normes internationales", écrit le chef de la diplomatie européenne Josep Borell.

 

Risques multiples

Ce qui est sûr c’est qu’un des réacteurs a été mis automatiquement à l’arrêt après des bombardements qui ont "gravement endommagé" une station renfermant de l’azote et de l’oxygène et un "bâtiment auxiliaire", selon les autorités d’occupation russes. "Les éclats et le moteur de la roquette sont tombés à 400 mètres d’un réacteur en marche", et cette frappe a touché "une zone de stockage de combustible nucléaire usagé".

Si les zones de stockage de combustible nucléaire étaient détériorées, comme des piscines d’eau, c’est un souci majeur. De plus les détecteurs de radiation sont hors service, ce qui empêche une intervention en temps utile.

Une ligne de haute tension a aussi été endommagée. C’est ce qui a déclenché la mise hors service automatique d’un des réacteurs car ceux-ci ont absolument besoin d’électricité pour fonctionner, notamment pour leur système de refroidissement.

"Il existe toujours des risques de fuite d’hydrogène et de substances radioactives, et le risque d’incendie est également élevé", selon l’exploitant Energoatom. Cette société ukrainienne gère le site avec les occupants russes et ajoute à charge que les responsables de la société russe, Rosatom, "ont quitté précipitamment le site avant l’attaque".

Centrale de Zaporijjia à Energodar
Centrale de Zaporijjia à Energodar AFP/Ed Jones

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