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Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : malgré l’annonce d’une participation aux enquêtes, les policiers belges ne sont pas déployés

La DVI (Disaster Victim Identification) de la police judiciaire fédérale est composée d’experts formés pour identifier des victimes, notamment dans des zones sinistrées ou sur des terrains difficiles. (Image d’illustration)

" Notre pays se doit d’enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en Ukraine ", déclarait Vincent Van Quickenborne, vice-Premier ministre et ministre de la Justice, le 22 avril. " Je suis convaincue que l’équipe belge de la DVI (Disaster Victim Identification) est la meilleure réponse à la demande d’expertise de l’Ukraine ", appuyait Annelies Verlinden, ministre de l’Intérieur, dans le communiqué envoyé conjointement. Un mois plus tard, l’équipe d’identification des victimes de la police fédérale n’est toujours pas en Ukraine.

Les cabinets ministériels renvoient à la police pour les explications. " Il y a une volonté forte d’apporter notre aide à l’Ukraine ", affirme le service presse de la police fédérale. " Mais la réalité de terrain est celle d’un pays en guerre ; l’analyse de risque doit encore être affinée et les aspects logistiques d’une telle mission ne sont pas simples à régler ", indique la porte-parole An Berger. La police ne souhaite pas détailler davantage les obstacles rencontrés, la communication sur le sujet étant " limitée pour des raisons de sécurité ".

Selon nos informations, les policiers de la DVI n’ont pas été sollicités de manière directe pour l’instant. Aucun départ n’est prévu à court terme. Il y a pourtant des volontaires, apprend-on à bonne source. " Des membres de l’équipe de la DVI seront déployés sur base volontaire et à la condition que leur sécurité soit garantie " précisaient les ministres dans leur communiqué.

L’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale française mène des enquêtes autour de Kiev depuis le 11 avril.
L’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale française mène des enquêtes autour de Kiev depuis le 11 avril. Getty Images

L’absence de cadre européen complique la tâche

D’autres pays ont mobilisé plus rapidement des enquêteurs en Ukraine. Une quinzaine de gendarmes français sont arrivés dans la région de Kiev le 11 avril, peu après le retrait des forces russes. Des médecins légistes et des experts en balistique, en explosifs ou encore en scènes de crimes ont aidé leurs homologues ukrainiens pour identifier les victimes et déterminer les causes de leur mort.

Ce mardi, le procureur de la Cour pénale internationale a annoncé le déploiement d’une équipe de 42 personnes, soit la plus grande mission jamais envoyée sur le terrain, pour enquêter sur les crimes commis pendant l’invasion russe. Le procureur Karim Khan a remercié au passage le gouvernement néerlandais pour sa coopération, avec la mobilisation d’un "nombre important d’experts nationaux".

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Alors que la volonté de soutenir les investigations en Ukraine reste affichée et que la rapidité est un critère de réussite dans toutes les enquêtes, pourquoi la Belgique n’est-elle pas en mesure de suivre l’exemple de la France et des Pays-Bas ? " Il faut tenir compte de l’architecture et des moyens de nos services de police et de notre armée. Notre système n’est pas comparable au système français ou néerlandais et impose des contraintes différentes ", explique une source proche du dossier.

Selon elle, l’absence de cadre européen pour les missions d’enquête en Ukraine complique grandement la tâche. " Chaque pays doit assurer seul sa sécurité et sa logistique. Le travail est énorme, avec aussi des questions d’assurance à régler pour les policiers, des accords bilatéraux à signer avec l’Ukraine…".

Un appui en matière de déminage à l’étude

La police belge estime ne pas être en mesure d’assurer seule la sécurité d’une équipe en Ukraine. Dès lors, si la mission n’entre pas dans le cadre d’une coopération rapprochée avec des pays partenaires, il s’agit de mobiliser des compétences belges.

Les ministres de la Justice et de l’Intérieur ont annoncé que les enquêteurs de la DVI seraient accompagnés par des démineurs, la région autour de Kiev étant truffée d’engins non explosés. Mais le service d’enlèvement et de destruction d’engins explosifs (SEDEE) est un service de la Défense. Les démineurs belges sont donc des militaires et, pour l’instant, la Belgique ne souhaite pas envoyer de militaires en Ukraine. Est-ce que cela pourrait changer ? Peut-être.

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Contactée par la RTBF, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder confirme, par la voix de son porte-parole, "avoir demandé à l’état-major d’étudier la faisabilité et les possibilités d’appui en matière de déminage en Ukraine. Cet appui pourrait se décliner soit sous la forme d’une collaboration au déminage avec d’autres partenaires, soit via le don de matériel ou encore par de la formation de personnel ".

Si un déploiement de démineurs belges en Ukraine était décidé, option encore hautement incertaine aujourd’hui, il n’est pas du tout certain qu’ils interviendraient au côté des policiers spécialisés dans l’identification des victimes. L’Ukraine a en effet formulé des demandes spécifiques en matière de déminage des zones de guerre.

Les autorités ukrainiennes ont repris le contrôle de toute la région de Kiev le samedi 2 avril. Depuis lors, des milliers d’enquêtes pour crimes de guerre ont été ouvertes. Les investigations sur le terrain se poursuivent. Combien de temps encore ? Le déploiement de policiers spécialistes de l’identification des victimes dans plusieurs semaines répondrait-il encore aux besoins ? Ce sera à l’Ukraine de le dire.

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