Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : les territoires ukrainiens annexés, « c’est une utopie du Kremlin »

Le président russe Vladimir Poutine a officialisé l’annexion de quatre régions ukrainiennes.

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30 sept. 2022 à 16:28 - mise à jour 30 sept. 2022 à 18:58Temps de lecture3 min
Par Sandro Calderon

Vladimir Poutine a officialisé l’annexion de quatre régions de l’Ukraine ce vendredi 30 septembre. Le président russe valide les résultats des référendums organisés dans les zones occupées dans l’est et le sud de l’Ukraine, des consultations populaires qualifiées de simulacres par Kiev et ses alliés et non reconnues par la communauté internationale.

Les documents d’annexion ont été signés par les dirigeants séparatistes prorusses des régions de Lougansk, Donetsk, Kherson et Zaporijjia qui avaient fait le déplacement à Moscou. Avant la signature, Vladimir Poutine a prononcé un discours devant toute l’élite politique russe.

Nina Bachkatov, journaliste et spécialiste de la Russie, commente trois phrases clé de ce discours.

Vladimir Poutine

Les habitants de Lougansk et Donetsk, Kherson et Zaporijjia deviennent nos citoyens pour toujours. Les gens ont voté pour notre avenir commun.

"Ça me semble relever quand même un petit peu une utopie du Kremlin. Les habitants de ces régions sont loin d’avoir tous voté et d’avoir voté librement. Alors à quoi ce discours engage l’avenir de ces gens ? Qu’est-ce que le président russe entend par 'être des citoyens comme les autres' ? La formule du président russe est à la fois extrêmement ambiguë et manque de précisions sur les droits et les devoirs. C’est quand même très différent de ce qui s’est passé en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. A l’époque, il y avait eu la signature d’un traité en grande fanfare par lequel la Crimée devenait un membre de la Fédération de Russie. Ici, ça ne va pas aussi loin. On parle juste de citoyens russes comme les autres. On sent que cette fois le jeu du Kremlin a été un peu bousculé par les succès militaires ukrainiens et qui ont obligé Moscou à prendre une décision qui peut-être était dans la logique du Kremlin mais je ne crois pas aussi rapidement."

Vladimir Poutine a signé les documents d’annexion des régions de Lougansk et Donetsk, Kherson et Zaporijjia lors d’une cérémonie au Kremlin.
Vladimir Poutine a signé les documents d’annexion des régions de Lougansk et Donetsk, Kherson et Zaporijjia lors d’une cérémonie au Kremlin. © Tous droits réservés

Vladimir Poutine

Nous allons protéger notre terre de toutes nos forces et par tous les moyens possibles et nous faisons tout pour assurer la sécurité des peuples.

"Le président russe reprend les menaces plus ou moins déguisées qu’il a déjà énoncées auparavant. Ça veut dire que la Russie ne met pas de limite aux moyens qu’elle peut utiliser pour cette fois garantir sa souveraineté sur des territoires ukrainiens. Il ne pense pas nécessairement au nucléaire, même si, nous, nous y pensons. Il veut rappeler qu’il y a des armes qu’il n’a pas encore utilisées et qu’il y a des manières de mener un combat et d’affaiblir l’adversaire qu’il n’a pas encore utilisées non plus. Son pays utilisera tous les moyens dont il dispose. Ce n’est pas nécessairement plus rassurant, même si le nucléaire est effrayant en soi."

Le président russe en compagnie des dirigeants séparatistes prorusses des régions ukrainiennes annexées.
Le président russe en compagnie des dirigeants séparatistes prorusses des régions ukrainiennes annexées. © Tous droits réservés

Vladimir Poutine

L’Occident est prêt à tout pour préserver le système néocolonial qui lui permet de parasiter et, en réalité, de piller le monde entier. Ils veulent nous voir comme une colonie.

"C’est surtout un message à tous les pays que l’Occident a essayé de détacher de la Russie. Vladimir Poutine essaie de rappeler qu’il y a un fond commun dans toute une série de pays qui partagent la vision de la Russie et notamment cette image d’un Occident colonialiste ou post-colonialiste. C’est un geste géopolitique pour rappeler aux Occidentaux que la Russie n’est pas isolée comme ils aiment l’imaginer. Les attaques contre l’Occident n’ont rien de nouveau dans le discours de Vladimir Poutine. Il a une politique étrangère qui est basée depuis longtemps sur l’idée que l’Occident est aux basques de la Russie comme il l’avait été déjà du temps de l’Union soviétique. Dans la vision du président, l’Occident se croit – à tort – seul maître à bord dans le monde. Et il sait très bien que ce message a un écho dans toute une série de pays qui, même sans supporter l’action militaire de la Russie, partagent cette vision d’un Occident qui se veut trop puissant."

Un discours historique ? Pas vraiment selon la journaliste

En commentaire final, Nina Bachkatov dit être "restée un peu sur sa faim" après le discours de Vladimir Poutine. "Il ressasse des choses déjà dites. Il recycle de vieilles idées. Il reste ambigu sur le point le plus important : qu’est-ce que ça veut dire que les habitants des territoires annexés sont des citoyens russes ? Il ne le dit pas. Il y a aussi la question des frontières. Est-ce que les frontières s’arrêtent aux régions sous contrôle actuellement de la Russie ? Ou est-ce que ça inclut des zones que la Russie voulait occuper mais qu’elle n’a pas réussi à conquérir dans l’est de l’Ukraine ? Sur les questions immédiates, on a très peu de détails. Je le répète, l’atmosphère aujourd’hui était beaucoup moins triomphante qu’en 2014. C’est un peu la répétition de l’annexion de la Crimée mais c’est une copie de qualité inférieure."

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