Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : les Russes en difficulté face à la contre-offensive ukrainienne, se replient sur Donetsk

Un parachutiste du 81e bataillon aéromobile des forces d’assaut aériennes ukrainiennes à Siversk, dans l’oblast de Donetsk en juillet dernier lors de la libération de la ville par les forces de Kiev. Les analystes ne parlaient pas encore explicitement de

© Laurent Van der Stockt / Getty

10 sept. 2022 à 19:48 - mise à jour 11 sept. 2022 à 15:05Temps de lecture4 min
Par Alain Lechien & Sandro Faes Parisi avec agences

L’Ukraine a revendiqué ce weekend des percées dans l’Est, Moscou annonçant de son côté retirer des troupes de cette zone pour "renforcer" plus au sud la région séparatiste pro russe de Donetsk.

"La libération de portions de territoire dans les districts de Koupiansk et Izioum dans la région de Kharkiv est en cours", a annoncé l'état-major ukrainien au 200e jour du conflit. 

La reprise totale d'Izioum par l'Ukraine pourrait représenter un "tournant" significatif dans le Donbass et "le coup le plus dévastateur porté à la Russie depuis sa retraite humiliante de Kiev", selon de nombreux analystes. Les forces ukrainiennes ont en effet désormais aussi plus de territoire à partir duquel mener de nouvelles offensives et cela pourrait offrir un certain soulagement à des villes comme Kramatorsk et Sloviansk bombardées sans relâche par les troupes russes.

Koupiansk, c’est l’Ukraine

Dans l’Est donc, les forces ukrainiennes avaient déjà annoncé être entrées à Koupiansk, qui se trouve sur des itinéraires d’approvisionnement de l’armée russe, marquant une nouvelle étape dans leur récente contre-offensive éclair qui leur a permis de récupérer des pans entiers de territoire.

"Koupiansk, c’est l’Ukraine", a écrit un responsable régional sur les réseaux sociaux en diffusant une photo de soldats ukrainiens dans cette cité qui comptait 27.000 habitants avant la guerre. Les forces spéciales ont montré des images de leurs officiers "à Koupiansk, qui a été et sera toujours ukrainienne".

Ce samedi en soirée le président ukrainien Zelensky s’est réjoui qu'"environ 2000 km du territoire" aient été "libérés depuis début septembre" – sans préciser s’il s’agissait de km2 -, notamment les localités de Vassylenkovo et d’Artemivka, non loin de Kharkiv, dans le Nord-Est.

Ce dimanche matin, l’état-major des forces ukrainiennes a toutefois précisé dans son communiqué quotidien qu’il s’agissait bien de 2000 km2.

Zelensky à propos de la contre-offensive en cours

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Et l’armée russe fait le "bon choix de s’enfuir", a ajouté Zelensky, car "il n’y a pas de place pour les occupants en Ukraine et il n’y en aura pas".

"La Russie fait tout pour casser la résistance de l’Ukraine, de l’Europe et du monde pendant les 90 jours de cet hiver", comptant sur des problèmes de chauffage et un éventuel affaiblissement du soutien occidental à Kiev en raison de la hausse des prix de l’énergie en Europe, a-t-il en outre averti au forum international annuel Yalta European Strategy (YES) à Kiev. "C’est son ultime argument".

Cette nouvelle progression des troupes de Kiev au sud de Kharkiv pourrait entraver fortement la capacité de la Russie à ravitailler ses forces dans l’est de l’Ukraine et à leur apporter un soutien logistique efficace. Des journalistes de l’AFP présents sur place ont pu apercevoir des camions et des blindés russes carbonisés, dont certains encore frappés de la lettre Z, le symbole de l’invasion de l’Ukraine entamée le 24 février. Des soldats ukrainiens patrouillaient dans Balakliïa, où flottait le drapeau ukrainien, hissé en présence du commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandre Syrski.

Retrait et regroupement des forces russes

Le chef de l’administration d’occupation russe de la région d’Izioum, Vladislav Sokolov, a de son côté admis que la situation y était "difficile". "Ces deux dernières semaines, la ville est visée par des bombardements des forces ukrainiennes, notamment avec des munitions de type Himars […] ce qui provoque de graves destructions et fait beaucoup de morts et de blessés", a-t-il déclaré. Les Himars sont des lance-roquettes multiples fournis à Kiev par Washington.

Le ministère de la Défense russe a ensuite annoncé avoir "retiré" ses forces présentes "dans les régions de Balakliïa et d’Izioum", afin de "renforcer" son dispositif plus au sud, autour de Donetsk, l’une des capitales des séparatistes pros russes.

A Lyman, une ville tombée fin mai aux mains des Russes, "la situation reste assez difficile, tout comme dans d’autres localités du nord de la République" populaire de Donetsk, a reconnu samedi son chef, Denis Pouchiline.

"Nos soldats avancent sur les lignes de front dans le Sud dans plusieurs zones, de deux à des dizaines de kilomètres", a en outre assuré la porte-parole du commandement militaire du sud de l’Ukraine, Natalia Goumeniouk, sans plus de détails.

Dans le Nord-Est, près de Kharkiv, les forces russes avaient annoncé vendredi avoir envoyé des renforts face à la contre-offensive réussie de Kiev.

C’était effrayant

Dans le village de Grakové, tout juste repris par les forces ukrainiennes, les journalistes de l’AFP ont vu des destructions témoignant de la violence de combats, pylônes électriques abattus et câbles étalés sur le sol. "C’était effrayant, il y avait des bombardements et des explosions partout", a raconté à l’AFP Anatoli Vassiliev, 61 ans.

Les corps de deux civils, avec des traces de tortures et des impacts de balle à l’arrière de la tête, y ont été découverts, a annoncé samedi le bureau du procureur général qui a ouvert une enquête.

Selon cette source, après la reprise de Grakové, un de ses habitants s’est rendu à la police en assurant que des soldats russes l’avaient obligé à enterrer ces cadavres.

À Moscou les dents grincent

La prise de contrôle par les forces ukrainiennes pourrait poser un sérieux problème à Moscou, la ville se trouvant sur des routes d’approvisionnement vers d’autres positions russes sur la ligne de front.

La reprise d’une autre ville stratégique, Izioum semblait-elle aussi imminente, l’armée russe ayant annoncé qu’elle en retirait ses troupes pour défendre la zone séparatiste de Donetsk.

Un retrait qui passe mal auprès des faucons issus de l’extrémité conservatrice du spectre politique russe. Ceux-là mêmes qui louaient l’opération spéciale il y a quelques mois encore, critiquent de plus en plus ouvertement les dirigeants militaires comme l’explique le New York Times ce samedi.

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