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Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : les eurodéputés soutiennent massivement les sanctions et le soutien UE à l'Ukraine

01 mars 2022 à 19:38Temps de lecture4 min
Par Belga

Le Parlement européen a adopté mardi à une écrasante majorité une résolution condamnant l'invasion russe de l'Ukraine et appelant l'UE à faire le maximum en termes de soutien humanitaire, de renforcement rapide des capacités défensives de l'Ukraine et de sanctions visant la Russie (et la Biélorussie us). Les élus demandent également aux institutions de l'Union "de faire en sorte d'accorder à l'Ukraine le statut de candidat à l'Union européenne".

Le débat avait eu lieu en début d'après-midi, avec d'abord une intervention par vidéoconférence du président ukrainien Volodymyr Zelensky, ponctuée d'une standing ovation de l'hémicycle. Le président du parlement ukrainien, Rouslan Stefantchouk, s'était aussi exprimé par écran interposé.

L'issue du vote a été annoncée vers 17h15 : 637 votes pour, 13 contre et 26 abstentions. Parmi les abstentions figurent celles des trois eurodéputés du Vlaams Belang (groupe Identité et Démocratie), et de l'unique élu belge du PTB Marc Botenga (groupe La Gauche).

Malgré les quelques votes contre et abstentions, tous les groupes politiques du Parlement européen, de l'extrême droite à la gauche radicale en passant par la majorité, les écologistes, les conservateurs eurosceptiques et les non-inscrits (dont les Hongrois du Fidesz et les Italiens du Mouvement 5 étoiles), ont en majorité soutenu le texte, une rare unité au Parlement européen. 

Agression militaire illégale, non provoquée et injustifiée

Le Parlement européen tenait mardi une plénière spéciale à Bruxelles, uniquement consacrée à l'Ukraine et à l'agression russe. La résolution votée "condamne avec la plus grande fermeté l'agression militaire illégale, non provoquée et injustifiée" de la part de la Russie, ainsi que l'implication de la Biélorussie. Elle appelle "à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel". Les élus rappellent via le texte les engagements internationaux de Moscou et prônent la poursuite des efforts diplomatiques en vue d'une solution pacifique, tout en estimant nécessaire d'adopter des "sanctions sévères supplémentaires" envers la Russie et d'étendre les sanctions au voisin biélorusse.

Il faut éviter toute "dérogation induite par des intérêts sectoriels ou nationaux", appuient-ils. Dans l'élargissement de sanctions proposé figurent l'interdiction pour les fonds d'investissement et banques contrôlés par la Russie ("comme la Banque internationale d'investissement") d'exercer leurs activités dans l'Union et l'interdiction de nouveaux investissements de l'UE en Russie et vice-versa. Les pays ayant des systèmes de "visas dorés" devraient en réexaminer les bénéficiaires pour éventuellement retirer les permis de résidence des proches du pouvoir russe. "L'importation des principaux biens d'exportation russes, y compris le pétrole et le gaz" devrait être "restreinte", l'occasion, estime le Parlement européen, d'une "réduction significative" de la dépendance énergétique européenne, "en particulier à l'égard du gaz, du pétrole et du charbon russes".

La livraison d'armes ne fait pas l'unanimité

Marc Botenga, unique élu de Belgique francophone à s'être abstenu lors du vote final sur le texte, a tenu mardi à préciser sa position. "Nous (La Gauche) avons explicitement voté pour les articles condamnant l'invasion de l'Ukraine, il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus", indique-t-il. D'autres parties du texte ne correspondent cependant pas à la vision qu'il défend, notamment en ce qui concerne la fourniture d'armes à l'Ukraine, soutenue par le texte qui demande même de l'accélérer, et le soutien à une implication plus marquée de l'Otan. "Nous ne sommes pas pour des livraisons d'armes à des zones de conflit", indique Marc Botenga, qui regrette aussi les appels à multiplier les exercices et la présence de l'Otan près de la Russie. "Le risque d'une escalade, surtout avec la menace nucléaire (brandie par Vladimir Poutine) mérite qu'on s'y attarde", conclut-il, regrettant que les discours des dirigeants des institutions européennes n'aient pas mis en avant de grande initiative diplomatique.

Lors du débat en plénière, les principaux groupes politiques du Parlement avaient pointé l'aspect "historique" du moment, avec cependant des nuances dans l'interprétation des opportunités qu'il offre. 

Le 24 février est "une césure dans l'histoire de l'Europe et du monde", a souligné Manfred Weber pour le PPE (centre-droit, droite conservatrice). "Nous avons besoin d'un pilier européen fort au sein de l'Otan", a encore estimé l'Allemand, dont le pays a débloqué ces derniers jours une enveloppe exceptionnelle pour ses dépenses militaires. "Ce moment de Kiev nous amène à remettre en question notre politique énergétique, nos partenariats, nos accords commerciaux (...) Il signifie pour moi que nous vivons dans une communauté de destin avec les Etats-Unis". 

"La résistance du peuple ukrainien sera le triomphe des démocraties occidentales", a estimé l'Espagnole Iratxe García, du groupe des Socialistes & Démocrates, rappelant que l'Europe est "un projet de paix". 

"Cette crise démontre que l'Europe a encore du chemin à faire pour garantir sa souveraineté", a observé le Français Stéphane Séjourné (Renew, libéraux, macronistes). 

Pour le groupe des Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts a mené un plaidoyer pour l'indépendance énergétique (pas seulement à l'égard de la Russie, a-t-il mis en garde), "la clé pour que l'UE devienne un acteur géopolitique respecté". Mais il a aussi estimé qu'un véritable effort diplomatique ne pourra avoir lieu "que si l'agression s'arrête". "Le premier choix doit être celui de la cohésion, entre les Etats membres et en leur sein".

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