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Tarmac

Guerre en Ukraine : le rôle des civils est plus grand que ce que l’on croit

Des civils "indépendants" sous aucune unité s’entraînent avec des kalachnikovs distribuées aux populations pour défendre la ligne de front.
02 mars 2022 à 11:173 min
Par Faustine Persoons

Des cocktails Molotov contre les lourdes artilleries russes ? Ça vous semble inégal niveau rapport de force ? Du côté de la résistance ukrainienne, tout est bon pour participer à l’effort collectif.

Des Ukrainiens sans arme stoppant un char russe. Ces images, on a pu les voir circuler en masse sur les réseaux sociaux. Une petite dizaine de personnes se sont interposées face aux véhicules blindés russes dans la ville de Bakhmatch à l’est de Kiev.

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Certains vont jusqu’à monter sur l’avant du véhicule. À Dniprorudne, une autre ville située plus au sud de l’Ukraine, la scène se reproduit. Sur une vidéo, on peut voir un char s’approcher de la ville, des individus sont rassemblés, sans arme. Le char s’approche, timidement, puis fait demi-tour.

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Trente ans plus tôt, l’individu que l’on nomme aujourd’hui "l’homme de Tiananmen" avait fait le même acte en face d’un tank chinois à Pékin, le 5 juin 1989. Plus tard, le geste était devenu un symbole de démocratie et de lutte pour les libertés, l’histoire se répète donc, inlassablement…

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Quand les civils se mobilisent

La place des civils dans cette guerre n’a jamais été aussi importante. Même si dans un sens, la bataille a des airs de David contre Goliath quand on voit les moyens dont dispose la résistance. Bien sûr l’armée professionnelle reste au premier rang, même si ses moyens furent considérablement affaiblis pendant la guerre de Crimée en 2014. Aujourd’hui, heureusement, et elle possède des effectifs plus importants.

En second plan, ce sont ce qu’on appelle "les bataillons de défense territoriale" qui ont été "ressuscités" après la guerre de Crimée en 2014. La plupart sont des civils entrainés au maniement des armes. Le tout reste sous le patronage de l’armée.

En troisième plan, on peut observer des civils "indépendants" sous aucune unité. Ils s’arment avec des cocktails Molotov ou des kalachnikovs distribuées aux populations pour défendre la ligne de front. À côté de ça, des usines commencent à fabriquer des dispositifs antichars comme dans la petite ville de Lviv, une brasserie s’est même reconvertie en fabrique à cocktails Molotov.

La guerre sur le net

On a parlé des moyens physiques, mais les moyens technologiques sont un vrai levier. Le groupe de pirates informatiques Anonymous a par exemple réussi à hacker le site des Affaires étrangères russes, le site de l’armée et celui du Kremlin il y a deux jours. Mais le cyber ne se résume pas à couper l’accès à des sites de temps à autre, il peut aussi par exemple intercepter les moyens de communication des troupes ennemies, prendre le contrôle d’usine à gaz (Fornovogaz), ou encore passer en manuel le contrôle du transport ferroviaire biélorusse "BelZhD".

L’ampleur est énorme, les personnes "indépendantes" ne se laissent plus faire et agissent indéniablement dans le bien de leurs propres intérêts (ici celui de répliquer contre la Russie qui elle aussi mène des cyberattaques en riposte.) Aujourd’hui, le conflit est hybride. L’État n’est plus le chef ultime des décisions, la population dispose de vrais outils. En fait, internet permet vraiment de démultiplier les moyens d'action pour le peuple.

Mais pour invoquer de tels moyens, il faut avant tout une motivation. En Ukraine, cette motivation est clairement institutionnalisée. Avec son président, d’abord, Volodymyr Zelensky, qui montre la voie à son peuple, en se présentant comme un véritable chef de guerre.

Avec d’autres outils, ensuite, comme les réseaux sociaux : on pouvait lire sur la page Facebook de la défense ukrainienne "Nous demandons aux citoyens de nous informer des mouvements ennemis, faites des cocktails Molotov, neutralisez l'occupant !". Dans un poste Twitter la garde ukrainienne déclarait, il y a même un tuto pour viser correctement les véhicules ennemis.

Vlada H, une jeune habitante de Kiev de 25 ans déclarait pour Libération "Ce qui renforce la foi, c’est notre peuple. La façon dont les Ukrainiens se soutiennent mutuellement, s’unissent et coopèrent, s’inquiètent les uns des autres. Le calme et l’organisation de chacun. Les gens qui continuent à défendre volontairement le territoire. Je peux clairement et fortement ressentir notre esprit ukrainien, notre force et notre puissance".

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