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Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine: "Le risque nucléaire est réél", mais pas dans le cadre d'"une guerre généralisée"

01 mars 2022 à 22:28 - mise à jour 02 mars 2022 à 12:15Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Un convoi russe s’étirant sur des dizaines de kilomètres progresse lentement vers la capitale ukrainienne : selon l’état-major ukrainien, un assaut sur Kiev est imminent. L’Ukraine est-elle en mesure de résister à cette offensive ? Va-t-on assister à une escalade du conflit ? Une issue de paix est-elle encore possible ? QR l’actu fait le point avec Yannick Quéau, directeur du GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité) et Domenico Valenza, chercheur auprès de l’Université des Nations unies et de l’Université de Gand.

Livraison d’armes belges, un danger ?

La livraison d’armes visant à soutenir les forces ukrainiennes est un choix qui a été posé par de nombreux pays explique Yannick Quéau " Avec ces armes, on vise côté occidental, à soutenir la logique de guérilla avec l’espoir d’une résistance durable face à Vladimir Poutine. L’envoi de ces armes pose tout de même un certain nombre de questions. Ça n’augmente pas forcément le risque pour la Belgique d’être prise pour cible. Par contre, avec ces armes il n’y aura pas ou peu de distinction entre les civils et les combattants, entre groupes militaires officiels et paramilitaires. Il y a également le risque d’une perte de contrôle de ces armes, avec les risques que cela peut engendrer".

Comment arrêter Poutine ?

Pour Domenico Valenza, nous sommes face à une situation inédite : "Le système de sécurité que nous avons connu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a basculé. C’est une situation changeante et nous devons nous préparer à tous les scénarios".

Le chercheur auprès de l’Université des Nations unies et de l’Université de Gand estime tout de même que la voie de la diplomatie ne doit pas être enterrée malgré la situation actuelle et la solution pourrait venir d’un front interne à la Russie.

Pour le directeur du GRIP, il faut tout faire pour tenter de circonscrire le conflit en Ukraine. "On peut jouer à se faire peur par rapport à toutes les minorités russophones qui existent dans le Caucase ou même en Europe. Mais il faut que ce conflit ne déborde pas de l’Ukraine et essayer par la voie diplomatique de construire des accords de paix".

Risque nucléaire ?

Dans l’activation du mécanisme nucléaire, trois personnes doivent intervenir et de manière quasiment simultanée pour déclencher ce type d’armement expliquent Yannick Quéau. "Ces personnes sont quelque part soumises à l’autorité de Vladimir Poutine, donc la décision est extrêmement centralisée. Sur ce risque nucléaire, il faut s’enlever de l’idée que nous sommes d’emblée dans un risque de guerre nucléaire généralisée. Les canaux de communication sont tout de même relativement clairs et ouverts entre les autorités russes et américaines pour circonscrire les enjeux à l’Ukraine. Ce risque nucléaire est réel mais il faut essayer de le mesurer avec une frappe tactique, ciblée et pas dans une guerre généralisée".

Renversement politique de l’Ukraine ?

 

Le but recherché par le Kremlin est de mettre à terre le régime ukrainien estime le directeur du GRIP : "Le président ukrainien est devenu un symbole très fort, une personnalité mondiale qui suscite beaucoup d’adhésions. Il est donc une cible de choix. Son élimination ou sa mise hors état de nuire, est un des objectifs de Poutine. A la place de Zelinsky, on peut imaginer mettre en place un régime fantoche et je pense qu’il faut s’y attendre. Après maintenir ce régime fantoche en place avec une population ukrainienne aliénée ne sera pas simple. Pour y parvenir, les Russes devront maintenir un déploiement militaire durable".mais 

Pour Domenico Valenza, le renversement de l’Ukraine ne sera pas de nature à apaiser le conflit : "Le narratif de Poutine peut très bien changer en fonction de ses objectifs. C’est l’Ukraine aujourd’hui mais peut-être un autre pays demain". Sur ce point le directeur du GRIP se dit plus nuancé: " Le déploiement de fureur de la Russie n’est pas forcément duplicable ailleurs. Le terrain de l’Ukraine nécessite déjà beaucoup de moyens et les capacités militaires de la Russie ne sont pas infinies".

Neutralité de l’Ukraine, apaisement du conflit ?

Si l’Ukraine s’engageait à ne pas faire partie de l’OTAN et adoptait un principe de neutralité, est-ce que le conflit serait apaisé ? Le chercheur auprès de l’Université des Nations unies et de l’Université de Gand se dit sceptique. Il aurait fallu que ce scénario intervienne en 2008 selon lui. Il ne faut pas oublier non plus à l’entendre que les Ukrainiens ne vont sans doute pas accepter ce principe de neutralité.

Adhésion de l’Ukraine à l’Europe ?

Pour Vladimir Poutine, cette possible adhésion de l’Ukraine est inacceptable explique Yannick Quéau. "L’Europe manque d’un discours vérité sur cette question. On n’a jamais su assumer et dire aux Ukrainiens que cette volonté d’adhésion est illusoire au vu de leur position géostratégique".

 

 

 

 

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