Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : le point sur l'avancée russe après 6 mois de combats

Ukraine / pas le scénario espéré par la Russie

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24 août 2022 à 04:00 - mise à jour 24 août 2022 à 05:46Temps de lecture4 min
Par Théa Jacquet
Un soldat russe se tient devant un immeuble d’appartements, le 11 avril 2022, à Volnovakha dans la région de Donetsk.
Un soldat russe se tient devant un immeuble d’appartements, le 11 avril 2022, à Volnovakha dans la région de Donetsk. Alexandre NEMENOV – AFP

Sur le front, les bombardements et combats continuent de s'enchaîner dans les régions de Kherson, Zaporijjia et Donetsk. Le bilan humain a atteint 9000 morts du côté de l'armée ukrainienne, tandis que celui de la Russie atteint 45.000 soldats tombés au combat selon l'État-Major des forces armées ukrainiennes. 

Alors que ce 24 août marque le 31e anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine après la chute de l'Union soviétique, il sera surtout placé sous le signe des six mois de guerre écoulés. Craignant que la Russie ne fasse "quelque chose de particulièrement dégoûtant", le président Volodymyr Zelensky a annoncé l'interdiction de tout rassemblement public du 22 au 25 août dans la capitale. 

Mais après autant de mois que reste-t-il des forces russes ? Où en est financièrement la Fédération de Russie ? Combien de temps pourra-t-elle continuer ses offensives à l'encontre de l'Ukraine ? 

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Avec la majorité de ses forces armées concentrées dans le Donbass, la Russie voit l’intensité de sa campagne offensive réduite, tout en parvenant à la maintenir. Et si ses équipements principalement mobilisés sur le front de l’est de l’Ukraine ne sont majoritairement pas des "biens militaires de très haute technologie" - ils datent des années 70-80 - l'État russe en détient des quantités pléthoriques, lui permettant de poursuivre cet effort militaire.

"De l’autre côté, on a une Ukraine qui est plus ou moins capable de contenir cette poussée de l’offensive russe, mais qui n’est pas capable de la renverser de manière décisive", relève Nicolas Gosset, chercheur Russie-Eurasie à l’Institut Royal Supérieur de Défense. Et ce, malgré une force humaine plus importante que celle de la Russie, grâce à la mobilisation générale du peuple ukrainien.

"On est dans une situation où aucun des deux partis au conflit ne peut pousser son avantage de manière décisive pour des raisons qui sont diamétralement opposées", explique l'expert.  Et c’est précisément cette sorte d’équilibrage qui explique la stagnation actuelle que connaît la guerre.

Après six mois, la Russie a-t-elle atteint ses objectifs ?

"À partir du moment où les objectifs n’ont jamais été clairement dévoilés, établis, et où ils ont été recalibrés, remodifiés (...) il est très difficile de savoir où les décideurs de cette guerre se trouvent par rapport à la feuille de route qu’ils avaient fixée", précise Nicolas Gosset.

Toujours est-il que l’objectif initialement pressenti d’un retournement de régime de l’Ukraine est désormais de l’ordre de la fiction. Et malgré la revue à a baisse des ambitions russes, l'armée de Vladimir Poutine patine encore : "Par rapport au retournement ou au recalibrage des objectifs des opérations russes sur le Donbass, on n’y est pas non plus puisqu’on a une forme de stagnation de la ligne de front. Donc cet objectif de contrôle de l'Ouest et du Sud du Pays qu’on a imputé au Kremlin depuis le début du mois d’avril reste toujours en latence."

D’un point de vue plus global, force est de constater que "la Russie parvient à maintenir son effort de guerre, à maintenir l’Ukraine dans une situation de conquête militaire". Pour le chercheur, l'attaque de la Russie paralyse la vie ukrainienne dans son ensemble : "Tout est centré sur l’effort de guerre, la marche du pays, sa trajectoire politique est interrompue", ajoute-t-il.

La santé économique de la Russie mise à mal

Comme l’explique Nicolas Gosset, et contrairement à ce qu’affirme Vladimir Poutine, les sanctions économiques édictées par les pays occidentaux pèsent sévèrement sur la santé économique russe. Seulement, "cest tellement un objectif existentiel de Vladimir Poutine qu’on va creuser partout, dans toutes les poches des politiques publiques de la Fédération de Russie, pour soutenir l’effort. Il ne faut pas oublier que si la mobilisation générale n’a pas été décrétée au sens d’appel général à la population, il y a quand même un état de mobilisation, un état de guerre, de l’industrie de la Fédération de Russie", indique le chercheur.

Et d’ajouter : "Aujourd’hui, toutes les entreprises de la Fédération sont susceptibles d’être appelées par les autorités gouvernementales à reconvertir leur production industrielle ou leurs services vers du matériel de guerre ou vers les besoins de l’opération spéciale. Donc évidemment, tout ça a un coût économique majeur parce que la production industrielle ne fait plus tourner la machine pour le développement du pays, mais elle est centrée sur le soutien au complexe militaro-industriel".

De son côté, si l’Ukraine est capable de soutenir un effort de guerre, de payer ses soldats, de maintenir des services publics, c’est avant tout grâce au soutien financier de la communauté internationale.

Et pour la suite ?

D'après Nicolas Gosset, la suite du conflit sera marqué par une résistance de l'armée ukrainienne, notamment grâce à des attaques ciblées ralentissant l'armée russe : "le problème n’est pas tant la capacité de la Russie à produire des obus, mais sa capacité à les acheminer sur la ligne de front. On voit que c’est l’une des réussites ces derniers mois de l’effort de résistance des Ukrainiens, c’est qu’ils ont été particulièrement efficaces et ingénieux à toucher les dépôts de minutions russes à l’arrière front et à malmener les lignes logistiques de la Fédération de Russie".

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Par ailleurs, toujours selon Nicolas Gosset, il importe de "comprendre les enjeux sous-jacents de cette guerre et les conséquences parce que c'est le syndrome de la poule : on s'alarme que cette guerre dure, mais d'un autre côté, si elle dure, c'est parce qu'il y a une stagnation politique qui est derrière". Pour l'expert, sans des mesures plus fortes, le conflit devrait durer dans le temps : "Après avoir lancé les batteries de sanctions et avoir témoigné du soutien à l'Ukraine, aujourd'hui, ce soutien militaire sur le terrain n'est probablement pas suffisant pour que l'Ukraine soit capable de retourner la machine de guerre russe et donc de ralentir cette guerre, de la stopper."

D'où la nécessité, selon le chercheur, d'augmenter le matériel occidental envoyé en Ukraine pour lui permettre de mener des contre-offensives efficaces et ainsi ralentir l'évolution de la guerre, car "tant que ce rapport de force ne peut pas être davantage rééquilibré, lentement, mais sûrement, la Russie aura toujours le moyen d'avoir un avantage ou de maintenir ses acquis accomplis en Ukraine depuis le début de la guerre."

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