RTBFPasser au contenu
Rechercher

Chroniques

Guerre en Ukraine : l’aveuglement du PTB

28 févr. 2022 à 07:39Temps de lecture4 min
Par Himad Messoudi

Vu par le prisme de la rue de La Loi, la guerre russo-ukrainienne oppose aussi deux camps. D’un côté, il y a le PTB, pour qui le rôle de l’OTAN dans le conflit russo-ukrainien est central. Et puis, de l’autre côté, il y a tous les autres partis, même le Vlaams Belang. Il y a eu certes, un tweet de Filip De Winter l’un des leaders historiques du Belang, qui disait que la Belgique devait sortir de l’OTAN. Mais Tom Van Grieken, le président du parti d’extrême droite, a rapidement déjugé De Winter sur un plateau télé.

La séquence politique qui se joue actuellement, c’est une mauvaise affaire pour le PTB. Seul contre tous, en politique, c’est une mécanique qui peut fonctionner. Mais pas dans le contexte actuel. Et donc, depuis ce week-end, le PTB la joue un peu plus profil bas.

Cécité

Précisons que le PTB a, directement, condamné l’invasion russe. Néanmoins, il y avait toujours un "mais". Ainsi, dans le même souffle que la condamnation de l’agression russe, le PTB a attaqué l’OTAN et les Américains, perpétuant ainsi ses vieilles positions classiques anti-impérialistes. Réflexe pavlovien, et très clairement inapproprié. Le PTB a été aveugle à la situation sur place. Ainsi, quelques jours avant le début de la guerre, un post Facebook de Raoul Hedebouw listait une série de 13 pays à propos desquels les États-Unis ont menti, selon le président du PTB. Qui conclut sur une question, je cite : "Mais les Américains diraient maintenant la vérité sur l’Ukraine ?" Cinq jours plus tard, la Russie envahissait l’Ukraine. Ce post Facebook a donc très mal vieilli, selon l’expression consacrée.

Cette cécité a conduit le PTB à être le seul parti à ne pas voter une résolution du Parlement flamand condamnant l’agression russe. Cette même cécité a provoqué une bronca au Parlement fédéral, jeudi dernier, après les propos en séance plénière de Nabil Boukili, le monsieur politique étrangère du PTB, pour qui c’est "l’expansion continue de l’OTAN vers l’Est, la politique impérialiste de l’OTAN" qui est le problème. La ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès a exprimé sa "honte".

Le lendemain, au Sénat, mêmes propos et même abstention à une résolution condamnant l’invasion russe. Et même unanimité pour attaquer durement le PTB.

Pendant ce temps, pourtant, la situation sur le terrain s’aggravait, de jour en jour, avec toujours plus de militaires russes sur le territoire ukrainien, toujours plus d’images de réfugiés aux frontières ouest de l’Ukraine, toujours plus d’inquiétudes quant à l’escalade russe dans ce conflit. Alors le PTB la joue profil bas. Sur le plateau de "Zevende dag", sur la VRT, ce dimanche, le député européen Marc Botenga a tenté d’expliquer le refus du PTB de voter ces fameuses résolutions condamnant l’invasion russe. Le parti reproche aux textes qu’il a rejeté, d’indiquer que l’OTAN n’avait pas tout tenté, au niveau diplomatique, que les problèmes entre la Russie et l’Ukraine sont plus anciens, bref, des éléments pas réellement significatifs. Mais Marc Botenga n’a pas élevé le ton, il est resté calme face aux attaques des autres partis.

Hasard du calendrier, le PTB organisait hier une manifestation contre les prix élevés de l’énergie et en introduction à son discours, le président Hedebouw a crié "stop à la guerre". Voilà, le PTB n’en a pas fait beaucoup plus. Et à voir s’il ira beaucoup plus loin.

Pas la même histoire que les Ouïghours

Cet immobilisme pourrait-il jouer des tours au PTB ? C’est une question qu’on se pose à chaque fois qu’une situation internationale peut poser problème au PTB. On a beaucoup parlé, l’an dernier, de la situation des Ouïghours, le même refus du PTB de voter des résolutions condamnant le génocide de ce peuple par la république populaire de Chine. De nombreux pays, dont le nôtre, ont reconnu le risque de génocide, sans les voix du PTB, donc. Mais fondamentalement, ce dossier n’a pas abîmé l’image ou les intentions de vote dans les sondages en faveur du PTB. Parce que la Chine, c’est très loin, parce que les images ont longtemps manqué. Parce qu’aussi, certainement, il est question d’un peuple musulman et que peut-être, pour certains, si la Chine s’inquiète d’une minorité musulmane, c’est qu’il y a peut-être des raisons. Il n’y a pas de preuve, mais sait-on, jamais. C’est certainement pour un peu toutes ces raisons à la fois, qu’une grande partie de l’électorat PTB, celui moins diplômé, se fiche des Ouïgours et estime le PTB est le parti qui le représentera le mieux, pour défendre ses intérêts, pour caricaturer. Mais la guerre en Ukraine, c’est autre chose. La ville de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, est à peine plus éloignée de Bruxelles que Rome, par exemple. Les Ukrainiens et les Ukrainiennes nous ressemblent, c’est un peuple chrétien à environ 80%. Par ailleurs, à l’inverse des Ouïghours, les images de cette guerre en Ukraine sont partout. Et il y a aussi un héros national, le président Zelensky, très identifiable, bref, c’est impossible de passer à côté de ce conflit, et de ne pas avoir d’empathie, vu de Belgique, tout comme on ne peut que constater l’attitude en retrait du PTB. Et donc, là où le problème ouïghour pouvait être mis de côté, comme une tentative de mouiller le PTB et que de toute façon, les gens s’en fichent, la guerre en Ukraine, elle, pose un réel problème au PTB. Son antiaméricanisme viscéral l’a empêché de sentir suffisamment vite à quel point Vladimir Poutine agissait de façon erratique. Les mesures tous azimuts prises ce week-end, des mesures historiques au niveau européen, discréditent les thèses du PTB dans ce conflit. Et cette fois-ci, le risque d’un coût électoral significatif n’est vraiment pas à exclure.

Sur le même sujet

05 avr. 2022 à 10:11
Temps de lecture2 min
28 févr. 2022 à 22:22
Temps de lecture1 min

Articles recommandés pour vous