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Guerre en Ukraine : l'urgence de produire et de consommer plus local

Alors que la guerre en Ukraine provoque une flambée des prix de certaines denrées telles que le blé ou l'huile de tournesol, faisant craindre un risque de famine dans certaines régions du monde dépendantes des productions céréalières russe et ukrainienne, cette crise constituerait aussi une opportunité, celle de repenser notre modèle alimentaire largement fondé sur la mondialisation des échanges. Si le raisonnement est valable dans le domaine de l'énergie, il l'est tout autant en ce qui concerne le contenu de notre assiette. N'aurions-nous pas intérêt à produire davantage nous-mêmes ce que nous mangeons, afin de nous rendre moins tributaires des aléas géopolitiques ? Pourrions-nous raisonnablement réduire nos importations et avec quelles conséquences pour l'agriculture en Belgique ? A Liège, Charleroi, mais aussi Tournai et Namur, différentes associations tentent de retisser des filières agricoles complètes autour des principaux lieux de consommation que sont les villes. Pour ces "ceintures alimentaires", les tensions actuelles sur les marchés mondiaux seraient une démonstration supplémentaire de l'urgence à relocaliser notre alimentation. Entretien avec Geneviève Malherbe, coordinatrice de la Ceinture alimentaire namuroise (CAN). 

Quels enseignements tirez-vous de la guerre actuelle en Ukraine ?

Cela fait déjà plusieurs années que l'on constate l'effondrement des systèmes et cette guerre illustre, une fois de plus, le besoin de changer de modèle. Effectivement, aujourd'hui, par rapport à l'Ukraine qui est le berceau céréalier d'Europe, on voit qu'on arrive à des failles d'approvisionnement. Cette crise ainsi que la crise sanitaire qui l'a précédée nous montrent à quel point nous sommes interdépendants. Mais on voit aussi que, même si cela prendra du temps et que tout le monde devra s'y mettre, nous avons des leviers d'action. L'idéal, pour ne pas arriver à des ruptures d'approvisionnement, serait de relocaliser les productions alimentaires. Et donc, en ce qui nous concerne, nous souhaiterions que ce soient des Namurois qui puissent nourrir les Namurois. 

En quoi ce modèle dysfonctionne t-il ? 

On va droit dans le mur avec l'agro-business. On parle ici de santé, de santé environnementale, de biodiversité et d'économie sociale. On constate qu'il y a beaucoup de nos productions qui sont exportées alors que nous on importe. Bien sûr, la mondialisation a toute sa raison d'être dans notre monde d'aujourd'hui, mais il faut sans doute revenir à un peu plus de raison et trouver un nouvel équilibre. Il est idiot de surproduire des pommes de terre ou d'importer de la viande alors que nous avons déjà une filière très qualitative.  

Même si une part non négligeable du territoire de la commune de Namur est occupée par des terres agricoles, celui-ci reste tout de même fortement marqué par son caractère urbain. Est-ce réaliste de vouloir y augmenter la production alimentaire ? 

Bien sûr, il faut penser de manière plus large. Il y a déjà une étude qui a été menée par la Ville de Namur sur la capacité de production en agriculture biologique, la conclusion est qu'il faut aller au delà du Grand Namur pour pouvoir nourrir Namur. Nous avons décidé de nous donner comme périmètre l'arrondissement de Namur, soit les seize communes voisines. On essaye aussi de reconnecter la ville et la campagne. Le travail doit se faire de manière assez fine, de telle sorte que les producteurs d'Andenne, par exemple, puissent aussi nourrir Andenne. L'idée est vraiment de travailler de manière globale, mais aussi morceau par morceau.   

Sur ce territoire plus vaste, quel serait le degré d'autonomie que nous pourrions espérer atteindre ? L'autonomie totale ne reste t-elle pas de l'ordre de l'utopie ? 

Ca peut être considéré comme une utopie par certains, mais il ne faut pas oublier que c'est le modèle qui prévalait il y a 100, 70 ou même encore 50 ans. Il y avait une très grande autonomie des territoires. Il est certain que cela prendra du temps, mais l'expérience du passé nous montre que c'est faisable. Il faudra y aller pas à pas, c'est vraiment là que tout notre travail fait sens par la sensibilisation, l'information, l'éducation. 

Que convient-il de faire alors pour rendre cette ceinture alimentaire plus concrète autour de Namur ? 

Nous avons déjà initié une rencontre à destination des communes de l'arrondissement qui sont détentrices de terres publiques afin de les mobiliser pour la relocalisation alimentaire. Notre rôle est un peu celui d'une "étincelle" ou d'un ensemblier, nous allons chercher les structures et les opérateurs qui sont experts sur certaines thématiques et qui possèdent des leviers. Je pense à l'asbl Terre en Vue qui détient une expertise concernant les baux à ferme et qui va donc pouvoir accompagner les communes pour développer des politiques de relocalisation. 

Et du point de vue des citoyens-consommateurs ?

Evidemment, chacun peut y contribuer dans ses actes d'achat. Si vous avez des fermes juste à côté de chez vous, allez y pour faire vos courses ! Vous allez y trouver de la nourriture de qualité et vous pourrez soutenir ainsi l'autonomie alimentaire de votre village, de votre province. 

Certaines productions sont, par nature, impossible à relocaliser sous nos latitudes : café, fruits exotiques, chocolat etc. Autant d'aliments que la mondialisation a pourtant rendus quasiment incontournables dans notre quotidien… 

Choisir c'est renoncer, effectivement. Ou pas. Je pense, en tout cas, que pour une grande majorité de notre assiette il est tout à fait possible de se nourrir localement. Bien sûr, on ne fera pas pousser du café ou des bananes, par contre on a des coopératives sur le territoire namurois qui travaillent avec d'autres coopératives à l'étranger, qui veillent à collaborer avec des structures qui ont les mêmes valeurs, qui travaillent sur des projets écologiques. On va préférer consommer une banane d'Espagne plutôt que du Cameroun. Bien sûr il ne faut pas renoncer à tout, bien sûr le chocolat est un anti-dépresseur indispensable. A côté de ça, travailler sur la saisonnalité, se nourrir autant que possible d'ingrédients qui peuvent être produits chez nous. 

Vous venez de lancer une carte interactive; comment fonctionne t-elle et quelle est son utilité ? 

C'est un outil qui permet d'identifier tous les acteurs de l'alimentation dans notre arrondissement. Si vous cherchez des carottes, par exemple, vous tapez simplement le mot 'carotte' ou alors vous pouvez chercher la filière correspondante, soit en grande culture soit en maraichage, définir si c'est labellisé bio, et en fonction de vos critères vous allez voir s'afficher l'ensemble des résultats sur la carte de Namur. C'est un outil qui a la particularité d'être collaboratif, ça veut dire que le consommateur va pouvoir aller chercher l'information, mais aussi que les producteurs et transformateurs vont pouvoir s'identifier. Les citoyens n'ont parfois tout simplement pas connaissance qu'il y a un producteur à côté de chez eux, l'intérêt de cet outil c'est donc de rendre plus visibles les producteurs et de faciliter la rencontre entre l'offre et la demande.

 

Pour retrouver la carte interactive: Ceinture Alimentaire Namuroise (gogocarto.fr)

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