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Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : Kyiv contre Kiev, un enjeu capital pour les Ukrainiens

Le gouvernement ukrainien a lancé une campagne #KyivNotKiev.
27 févr. 2022 à 16:39 - mise à jour 27 févr. 2022 à 16:392 min
Par Daniel Fontaine

Quelle est la capitale de l’Ukraine ? Kiev, répond-on depuis toujours. Et bien, les autorités ukrainiennes et des activistes voudraient faire changer cette habitude au profit de l’appellation ukrainienne, Kyiv.

Le problème, pour les Ukrainiens, c’est que le nom Kiev, utilisé dans plusieurs langues étrangères, est dérivé de la translittération du cyrillique russe. La prononciation ukrainienne est plus proche de "Kyiv".

#KyivNotKiev

La translittération Kyiv a été légalement imposée en Ukraine en 1995, elle a été enregistrée par les Nations Unies en 2012. Le gouvernement a depuis lors essayé de faire en sorte que cette appellation soit utilisée à l’étranger. Il a lancé une campagne en 2018, sous le hashtag #KyivNotKiev, surtout à destination du monde anglo-saxon. Elle a reçu un certain succès et nombre de médias, d’autorités et de sociétés privées ont laissé tomber l’appellation "Kiev" au profit de "Kiyv".

Certains activistes relancent aujourd’hui cette campagne dans le monde francophone "par pur respect pour cette nation souffrante mais courageuse".

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La question de l’usage du russe en Ukraine est loin d’être anodine, elle étroitement liée à l’offensive lancée par Vladimir Poutine sur le pays qu’il veut conserver dans le giron de la Russie. L’Ukraine est un pays largement bilingue. Une étude récente montre que 62% de la population utilise l’ukrainien comme langue principale, et 35%, le russe.

Depuis la révolution démocratique de 2014, Moscou s’est posé en défenseur des "Russes" d’Ukraine, en entretenant soigneusement la confusion entre les russophones et les nationaux russes.

Loi linguistique

L’argument de la langue a été utilisé par la Russie pour justifier sa mainmise sur la Crimée et le Donbass. Dans la région du Donbass, majoritairement russophone, des passeports russes ont été distribués aux habitants. Une façon de justifier par la suite une intervention militaire contre ce que le Kremlin qualifie de "génocide".

En 2019, le parlement a voté une loi renforçant le statut de l’ukrainien comme unique langue d’État. Les élus, les fonctionnaires, les magistrats, les professeurs, les docteurs, doivent maîtriser la langue nationale.

"Hystérie antirusse"

Cette généralisation de l’ukrainien dans l’appareil d’Etat visait à renforcer l’identité du pays qui tente de sortir de la sphère russe et de se tourner vers l’ouest. Des élus pro-russes ont dénoncé la loi linguistique, en y voyant une "hystérie antirusse" et une atteinte aux droits des russophones.

Les autorités ukrainiennes assurent au contraire préserver les droits des langues minoritaires, dont le russe. La langue maternelle de l’actuel président Volodymyr Zelenski est d’ailleurs le russe.

Résistance

Alors que les deux peuples sont historiquement liés et que leurs langues sont proches, le russe subit un rejet qui s’est accéléré ces derniers jours. En signe de résistance, certains russophones s’abstiennent désormais de parler leur langue maternelle. Danylo Haïdamakha, par exemple, 20 ans, star des réseaux sociaux, a choisi de basculer du russe à l’ukrainien, malgré la perte d’audience que cela implique.

Cet enjeu linguistique est aujourd’hui internationalisé à la faveur de l’agression russe. Le monde anglo-saxon a déjà été sensibilisé, alors que la francophonie découvre le débat, en étant invité à appeler elle aussi la capitale ukrainienne Kyiv.

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