Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : aide humanitaire et militaire, qui donne quoi ?

© RTBF - Bertrand Massart

13 oct. 2022 à 14:26Temps de lecture4 min
Par Miguel Allo avec Ambroise Carton

Depuis le début de la guerre, le 24 février 2022, les alliés de l’Ukraine s’organisent pour lui fournir une aide militaire, humanitaire et financière. Depuis les frappes russes massives en début de semaine sur Kiev et d’autres villes d’Ukraine, plusieurs pays ont annoncé poursuivre l’aide militaire. La fourniture de systèmes de défense antiaérienne semble être devenue une priorité. L’artillerie et tout ce qui peut frapper en profondeur, l’est certainement aussi.

Les États-Unis ont, par exemple, promis ce lundi au président ukrainien Volodymyr Zelensky "de continuer à fournir à l’Ukraine ce dont elle a besoin pour se défendre, y compris des systèmes perfectionnés" de défense antiaérienne. Idem du côté Royaume-Uni qui a annoncé ce jeudi qu’il fournirait à l’Ukraine des missiles de défense antiaérienne supplémentaires et notamment des munitions capables d’abattre des missiles de croisière.

La France a aussi promis d’accroître l’aide militaire à l’Ukraine. De son côté, l’Allemagne doit livrer en urgence un premier système de défense antiaérienne promis de longue date. Quant à l’Europe, le chef de la diplomatie, Josep Borrell a rappelé avoir suggéré de débloquer une tranche supplémentaire (ce serait la 6e) de fonds de la "facilité européenne pour la paix", pour financer depuis l’Union européenne davantage de livraisons d’armes et de matériel militaire à l’Ukraine. Enfin pour l’OTAN, la fourniture de systèmes de défense antiaérienne à Kiev est "la priorité" pour les Alliés, car les Ukrainiens en ont "un besoin urgent" pour faire face aux bombardements de la Russie, a affirmé ce mercredi le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Voilà pour les dernières annonces suite aux bombardements russes sur l’Ukraine. Mais où en est l’aide humanitaire, militaire et financière. Quels sont les plus grands contributeurs ?

Pour construire cet article nous nous sommes basés sur les données fournies par le KIEL Institute for the World economy.

Depuis le 24 janvier 2022 jusqu’au 3 octobre dernier, tout pays confondu, la totalité de l’aide promise (humanitaire, militaire et financière) à l’Ukraine, dépasse les 105 milliards d’euros. Si l’on ne prend que les dépenses militaires, le montant dépasse les 41 milliards d’euros. Notons qu’il s’agit ici d’engagements des différents donateurs.

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Premier constat, les Etats-Unis sont le principal pourvoyeur de l’aide (humanitaire, militaire et financière) à l’Ukraine avec 52 milliards d’euros.

Au niveau européen, si l’on prend l’aide totale des Etats membres et des institutions, le montant s’élève à 29,16 milliards d’euros. Une aide moins importante donc que ce que peuvent fournir les Américains.

Toujours en Europe, si l’on compare l’aide fournie en fonction du PIB (Produit intérieur brut) ce sont plutôt les Etats baltes et la Pologne qui donne le plus. L''aide directe (sans passer l’Europe) de la Lettonie atteint 0,92% de son PIB. Suivie par l’Estonie (0,85%) et la Pologne (0,49%). A titre de comparaison, l’aide directe de la Belgique est de 0,04% et 0,11% en passant par l’Europe.

Cette implication plus importante des pays baltes et de la Pologne : "est due au fait qu’ils se sentent plus directement menacés que des Etats d’Europe occidentale. Eux, ont des frontières communes avec la Russie (dont l’enclave de Kaliningrad) ou avec la Biélorussie (dont est partie l’attaque russe contre Kiev en février)", analyse Samuel Longuet, chargé de recherche au GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité).

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Jusqu’à quel point peut-on aider ?

Jusqu’à quel point l’Europe peut-elle aider militairement l’Ukraine ? Pour Samuel Longuet, l’une des explications est que l’Europe ne peut pas donner beaucoup plus sans mettre à mal son stock d’armes qui pourrait être nécessaire pour se défendre ou se projeter à l’étranger. A titre d’exemple, la France a, entre autres, fourni 18 canons Caesar sur les 76 qui étaient disponibles. "Ça fait donc presque un quart du parc français d’artillerie automotrice qui a été donné à l’Ukraine. Certains États européens ne pourront pas donner plus sans compromettre les capacités de leurs propres armées."

Autrement dit, si l’idée est qu’il faut donner à l’Ukraine du matériel militaire, les États devront probablement augmenter ou renouveler le parc actuel. "Et le débat est justement là : est-ce qu’il faut continuer à donner, sachant qu’il y a plusieurs dynamiques qui sont en jeu ?"

Des questions quant au transfert d’armes à l’Ukraine

D’après cet expert du GRIP, se pose notamment la question du contrôle des exportations d’armement. Une position commune du Conseil de l’Union européenne de 2008 et un Traité sur le commerce des armes entré en vigueur en 2014 font peser certaines obligations juridiques sur les Etats qui exportent leurs armes. Ils doivent notamment s’assurer que ces armes ne seront pas utilisées pour commettre des violations du droit international ou ne seront pas déviées de leur destination originale, vers le marché noir, par exemple.

Si des exactions étaient commises avec ces armes, l’état exportateur imprudent aurait une part de responsabilité. Or, souligne Samuel Longuet, "dans l’urgence de livrer des armes pour aider l’Ukraine à se défendre, on a l’impression que ces précautions ont été particulièrement relâchées. Les premiers fonds pour financer des exportations d’armes vers l’Ukraine via la facilité européenne pour la paix ont été débloqués seulement quatre jours après l’attaque russe du 24 février."

S’il y a de la part des États européens une volonté d’aider l’Ukraine contre l’agression de la Russie, il y a aussi "des intérêts industriels et organisationnels qui sont derrière ce soutien", soulève Samuel Longuet, "notamment les intérêts des militaires et des industries de défense". Pour les militaires, il y a l’idée que le matériel qui sera fourni à l’Ukraine devra être remplacé. C’est donc l’occasion de demander du matériel plus moderne. Pour l’industrie de défense qui devra remplacer le matériel donné à l’Ukraine, il y a "évidemment des intérêts financiers. L’expérience du combat acquise en Ukraine pourra aussi servir comme argument marketing pour de futures exportations."

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