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Guerre en Ukraine : 30 ans après son refus, le Danemark décide de rejoindre la Défense européenne

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a fait campagne pour le "oui" au référendum sur la participation du pays à la Politique européenne de sécurité et de défense.
01 juin 2022 à 14:28 - mise à jour 01 juin 2022 à 19:08Temps de lecture4 min
Par Daniel Fontaine

Les Danois ont massivement répondu "oui" à la proposition de rejoindre la politique européenne de Défense qu’ils boudaient depuis 30 ans. C'est un revirement de taille de l’opinion danoise qui manifestait depuis longtemps une grande méfiance à toute intégration politique européenne.

Cet euroscepticisme était apparu au grand jour il y a juste 30 ans, le 2 juin 1992, lorsque les Danois avaient rejeté par 50,7% des voix le traité de Maastricht, fondateur de l’Union européenne. Le Danemark n’est resté membre de l’Union européenne que moyennant l’octroi de quatre exemptions : le pays a obtenu de pouvoir refuser la monnaie unique (il utilise toujours sa couronne plutôt que l’euro), la citoyenneté européenne, ainsi que les politiques de justice et de défense.

Le 24 février, l’électrochoc

Par deux fois, les Danois avaient confirmé par référendum ce "nej" (non), en 2000 sur l’adoption de l’euro et en 2015 sur la justice. Troisième essai ce mercredi: les Danois devaient dire s'ils acceptaient désormais de participer à la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne.

Cette fois, l’agression militaire russe contre l’Ukraine le 24 février a provoqué un électrochoc dans toute l’Union européenne, et en particulier dans les pays géographiquement proches de la Russie. Cette guerre a déjà convaincu deux pays baltes, la Finlande et la Suède, de sortir de leur statut de neutralité et de demander leur adhésion à l’Otan.

Pas voix au chapitre

Le Danemark bénéficie, lui, du parapluie de l’Alliance atlantique. Mais il était resté à l’écart du pilier européen de défense qui s’est développé depuis l’adoption de son principe il y a 30 ans. Lorsque les Européens parlent de sécurité et de défense, les Danois n’ont pas voix au chapitre. Une situation qui paraît aujourd’hui difficilement tenable.

Dix jours à peine après l’entrée de l’armée russe en Ukraine, le 6 mars, le gouvernement de Copenhague annonçait l’organisation d’un référendum sur l’abolition de cette dérogation obtenue en 1992.

"Lorsque Poutine est aussi agressif qu’il l’est en Ukraine en ce moment, nous devons être solidaires"

"Il y a une guerre sur notre continent. Se rassembler est la meilleure réponse", martèle la Première ministre Mette Frederiksen. "Lorsque Poutine est aussi agressif qu’il l’est en Ukraine en ce moment, et qu’il pourrait l’être ailleurs, alors je pense que nous, dans le reste de l’Europe, nous devons être solidaires."

Dans la foulée, le gouvernement s’engageait à respecter la norme de l’Otan, et à augmenter progressivement le budget de la défense pour atteindre 2% du PIB en 2033.

20% d’indécis

Les sondages montraient que l’opinion publique était favorable à 44% à cette intégration à la politique européenne de défense. Mais 20% des Danois étaient indécis et risquaient une nouvelle fois de maintenir le pays dans le camp de l’isolement.

Au parlement danois, 11 partis sur 14, soit les trois quarts des élus, ont appelé à voter "oui". Seules l’extrême-droite eurosceptique et l’extrême-gauche pacifiste ont milité pour le "non".

Préférence pour une UE pacifique

A l’extrême-droite, le Parti du peuple danois et la Nouvelle Droite utilisent l’exemple de la Finlande et la Suède : leur rapprochement avec l’Otan prouve selon eux que l’Europe de la Défense est inutile, voire crée une concurrence dommageable à l’Alliance atlantique. A l’extrême gauche, la Liste de l’unité explique préférer "une UE pacifique plutôt qu’une UE militarisée".

Mais pour le reste de la classe politique, la participation à la PSDC est devenue une évidence. Lars Loekke Rasmussen, président du parti libéral (Venstre), souligne que "ce n’est pas l’OTAN ou l’UE, mais c’est l’UE et l’OTAN. Même à la Maison Blanche, on attend de l’Europe qu’elle en fasse plus."

Etre à la table de décision

"Nous pourrons enfin être assis à la table où sont prises les décisions", argumente un représentant du Parti social-démocrate au pouvoir. Les experts expliquent qu’avec cette absence sur les questions de défense européenne, le Danemark s’est progressivement marginalisé.

Tous les pays européens participent à des missions décidées dans le cadre de la PSDC, que ce soit en ex-Yougoslavie ou en Afrique, sauf le Danemark. Tous les pays européens bénéficient de la création de l’Agence européenne de Défense (AED), sauf le Danemark et son industrie militaire.

Le levier des petits pays

Or, pour les petits pays, la participation aux décisions d’institutions multilatérales est le principal levier politique qui leur permet de peser sur la scène internationale. C’est la stratégie adoptée depuis longtemps par la Belgique au sein de l’UE, de l’Otan, de l’ONU et de bien d’autres forums internationaux.

"Le Danemark se montre incapable d’exploiter les opportunités relativement élevées dans l’UE en général et dans la Politique européenne de sécurité et de défense en particulier", analyse Henrik Boesen Lindbo Larsen pour le centre de réflexion Cairn. L’instrument militaire fait partie des moyens d’influence sur la scène internationale. "Le Danemark peut être perçu comme un pays qui ne veut pas contribuer à la sécurité commune", ajoute l’expert. Cette attitude frileuse a été qualifiée de "danemarkisation", pour désigner un pays qui veut recevoir mais ne rien donner en contrepartie.

Le "oui" au référendum permettra désormais au Danemark de participer pleinement à la coopération de sécurité et de défense européenne. Copenhague aura son mot à dire sur le lieu et le moment où l’Union déploie ses missions militaires. Le pays pourra toujours choisir s’il participe à une mission et avec quels effectifs. Il pourra participer aux achats et aux développements de l’industrie européenne de défense au sein de l’AED.

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