Santé physique

Grossesse et perturbateurs endocriniens : les risques se précisent

Grossesse et perturbateurs endocriniens : les risques se précisent.

© Oscar Wong

10 nov. 2022 à 13:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec ETX

Largement présents au quotidien, plusieurs produits chimiques sont depuis longtemps soupçonnés d'affecter le fonctionnement des hormones. De récentes études viennent confirmer que ces perturbateurs endocriniens présentent un risque particulier pendant la grossesse.

Parabènes, phtalates : quels risques pour l'enfant à naître ?

Il y a "une exposition qui est encore prépondérante aujourd'hui en population générale", explique Claire Philippat, chercheuse à l'Inserm, qui a supervisé une étude menée auprès de plusieurs centaines de femmes enceintes.

Publié ce mercredi dans la revue Environmental Health Perspectives, ce travail s'intéresse à trois produits qui appartiennent chacun à une grande famille de polluants: les parabènes, les phénols et les phtalates. On les retrouve au quotidien dans des emballages en plastique, des objets en PVC, des produits de beauté...

Les chercheurs ont mesuré deux choses : à quel point ces éléments se retrouvent dans l'organisme des femmes enceintes et si leur présence est associée à un dysfonctionnement de la thyroïde, une glande qui produit plusieurs hormones importantes pour la mère et l'enfant.

"Ce sont des hormones qui sont cruciales pendant la grossesse pour le bon développement du cerveau."

"Des variations, même faibles, des hormones thyroïdiennes peuvent être associées à des troubles du neurodéveloppement plus tard chez l'enfant."

L'équilibre hormonal de la mère perturbé

Sur le premier plan, l'étude est sans appel. Presque toutes les femmes présentaient des traces des composants recherchés. Un résultat d'autant plus marquant que les chercheurs ont employé une méthodologie bien plus stricte que lors de précédentes études de ce type, en multipliant les prélèvements au cours de la même grossesse.

Surtout, l'étude conclut à un lien entre leur présence et un dérèglement hormonal. Quand l'un de ces éléments est présent dans l'organisme, on observe généralement un fonctionnement anormal de la thyroïde avec des taux inhabituels d'hormones produites.

Cette étude va dans le sens de précédents travaux qui mettent en évidence les risques potentiels de ces polluants (qualifiés de perturbateurs endocriniens quand ils dérèglent le fonctionnement hormonal) chez la femme enceinte.

Certes, les conséquences concrètes restent à établir: "Ce qui n'a pas été regardé dans cette étude, c'est comment ces modifications des hormones thyroïdiennes affectent la santé de l'enfant. C'est notre prochaine étape", explique Mme Philippat.

Un lien établi entre phtalates et prématurité

Mais sur ce plan, la recherche avance également. Publiée cet été dans la revue Jama Pediatrics, une vaste étude a établi un lien entre naissances prématurées et exposition aux phtalates.

Ces polluants sont plus spécifiquement dérivés de l'acide phtalique. Ils sont généralement utilisés dans des plastiques mais sont aussi employés dans les parfums. "L'exposition aux phtalates pendant la grossesse est peut-être un facteur de risque de la prématurité sur lequel on peut agir", concluaient les chercheurs.

Cette étude est particulièrement intéressante par son ampleur. Elle prend en compte une quinzaine de travaux préalables menés sur une trentaine d'années auprès de plusieurs milliers d'Américaines, et compile leurs résultats.

Chez les femmes les plus exposées aux phtalates, le risque d'accoucher trop tôt est renforcé : il augmente d'environ un sixième.

Sur le plan individuel, cela ne change pas énormément la donne. Mais sur le plan collectif, cela veut dire que de nombreuses naissances prématurées pourraient être évitées en limitant l'exposition à ces produits.

Limiter l'exposition

Il suffirait de le faire de façon "modeste", a tweeté Kelly Ferguson, l'une des chercheuses à l'origine de cette étude, à l'occasion de sa publication en juillet. Elle jugeait bienvenu de "réduire ou éliminer l'usage des phtalates dans certains produits de consommation", relançant la question de la régulation de ces produits.

Dans l'Union européenne, certains phtalates sont interdits dans des usages particuliers, par exemple pour emballer des produits alimentaires, et un durcissement de la réglementation est à l'étude. Mais il vient d'être reporté par Bruxelles.

Sans attendre un changement de législation, les chercheurs encouragent les femmes enceintes à prendre quelques mesures simples de précaution. "Ce n'est pas facile de limiter l'exposition, mais ça se tente", expliquait Mme Ferguson, évoquant notamment le fait d'éviter d'utiliser des produits parfumés.

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