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Grève des gardiens : un détenu de la prison de Saint-Gilles témoigne

Grève des gardiens : un détenu de la prison de Saint-Gilles témoigne
03 mai 2016 à 17:121 min
Par Jérôme Durant

"Nous sommes comme des lions en cage." C’est la première chose que nous confie cet homme, lorsqu’il nous téléphone discrètement depuis sa cellule qu’il n’a plus quittée depuis plus d’une semaine. Incarcéré depuis 22 ans, il a fréquenté seize établissements pénitentiaires belges. Autant dire que ce quadragénaire en a vu d’autres.

Mais comme à chaque grève des gardiens qui s'éternise, lui et ses codétenus de la prison de Saint-Gilles se sentent abandonnés. Des policiers remplacent tant bien que mal les agents grévistes, sans pour autant assurer le service habituel. "La police est là juste pour la sécurité. Ils servent le diner et le souper en même temps, à onze heures du matin, de façon à ne plus ouvrir la porte jusqu’au lendemain. Aucune promenade, aucune visite ; même si un détenu appelle un surveillant, personne ne vient voir à sa porte."

Seul dans sa cellule, ce détenu est en quelque sorte un privilégié. Dans la prison de Saint-Gilles, beaucoup cohabitent à deux ou trois, 24 heures sur 24 : "je vous dis pas l’hygiène…"

Une plainte contre l’État belge

Si la prison de Tournai a connu un début d’émeute dimanche, pareille réaction des détenus est loin d’être exclue à Saint-Gilles, selon ce détenu. "Cela peut exploser, dit-il avant d’exposer ce qui est déjà quotidien depuis quelques jours. Des détenus mettent le feu, brulent les draps de lit, cassent des meubles, des éviers, etc. C’est vraiment sous haute tension. La nuit, ça crie jusqu’au petit matin. Les détenus plus calmes n’arrivent plus à dormir, sont stressés, angoissés, ils accumulent les tensions de tout le monde."

Cet habitué du milieu carcéral comprend les revendications des gardiens, il les partage même. Mais il réclame haut et fort l'instauration d'un service minimum en cas de grève. "Cela nous permettrait une fois par jour de prendre une douche, d’avoir une heure de préau et de passer un coup de fil".

En attendant, cet habitué du milieu carcéral a demandé à son avocate de porter plainte contre l'État belge pour conditions de détention inhumaine. "Il est à bout, il craint pour sa propre sécurité, il a des idées noires." nous confie-t-elle.

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