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Grève dans l'enseignement : "Les élèves que l’on a aujourd’hui devant nous ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans "

L'invitée de Matin Première: Marie-Louise Houart, directrice du CEPES de Jodoigne

Grève dans l'enseignement: quelles raisons au malaise ?

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10 févr. 2022 à 07:48Temps de lecture3 min
Par Ambroise Carton sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux

Le monde de l’enseignement est en grève ce jeudi 10 février. Crise sanitaire, pénurie de personnel, réforme à l’horizon… De quoi créer un contexte tendu pour des professeurs épuisés par deux ans de pandémie. "Les collègues sont fatigués. Certains en début d’année civile ont été encore très malades", observe Marie-Louise Houart, directrice du CEPES de Jodoigne au micro de Matin Première.

Celle qui dirige un établissement de 2000 étudiants doit faire face aux pénuries de personnel dans certaines matières, notamment dans les cours de langue. "On a pu faire appel à la bonne volonté de certains collègues qui ont pris des heures complémentaires par le cadre légal", explique-t-elle. Malgré tout, certaines classes ont cours deux heures sur les quatre prévues.

Ajoutez à cela à un cocktail de réforme et vous avez là une situation qui pèse sur le moral du corps enseignant. Marie-Louise Houart, qui souligne que "chaque prof est soucieux du bien-être des élèves", voit les prochaines réformes comme "un changement complémentaire. Il va falloir s’adapter, tant au niveau des élèves qu’au niveau des enseignants. C’est une xième adaptation. C’est compliqué peut-être pour eux. Suite à la crise sanitaire, c’est encore plus compliqué".

Réformes à venir

La réforme du tronc commun dans le secondaire crée "une inquiétude pour les collègues qui donnent cours en 1re, 2e. Dans ce tronc commun il y a moyen d’orienter légèrement l’élève pour qu’il puisse essayer des métiers pour ne pas se retrouver avec des élèves encore plus mal orientés après le tronc commun. Même si je pense que les collègues mettront toute leur énergie pour utiliser ce tronc commun correctement".

Pour cette directrice, c’est sûr, "l’enseignement a besoin d’être amélioré". Elle pointe en particulier la formation des enseignants. "Il faut leur donner de nouvelles méthodes pédagogiques. Les élèves que l’on a aujourd’hui devant nous ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans et certainement plus les mêmes qu’il y a vingt ans."

Adapter la formation des enseignants

Marie-Louise Houart ajoute : "Les élèves ont des connaissances et les professeurs doivent pouvoir travailler avec les connaissances des élèves. Je pense qu’il est vraiment fondamental dans la formation continuée des enseignants de leur donner les moyens d’adapter leurs méthodes pédagogiques. Alors ils seront sans doute plus en sécurité."

Reste que le métier de professeur est soumis à beaucoup de clichés : heures de travail réduites, longues périodes de vacances… Celle qui a été professeure de mathématique s’insurge : "L’enseignant, c’est beaucoup plus que ça. Il y a le travail à domicile qui est énorme quand on veut bien enseigner, on change son cours. […] Et l’hybridation dans le cadre de la crise sanitaire a demandé un travail important pour tous les enseignants. Tout ça n’est pas suffisamment souligné."

Faire face à la crise sanitaire

Une levée de boucliers face aux réformes qui s’annoncent ? Pas du tout, répond la directrice. Selon elle, les professeurs "sont prêts à s’investir dans ces défis, mais en même temps ils sont le nez dans le guidon à devoir s’adapter aux réformes dues à la crise sanitaire". Car le monde de l’école doit s’adapter en permanence au Covid-19, entre professeurs absents et classes fermées. Le tout avec des circulaires officielles qui changent les règles du jeu. Résultat : "On n’a pas le temps de s’adapter."

Si les professeurs et professeures qui ont souvent choisi leur métier par passion sont prêts à s’adapter pour le bien de leurs élèves, ils expriment ici leurs limites. "On compte sur la bonne volonté des enseignants. […] Ils ont toujours fait ce qu’on leur a demandé. Mais c’est le problème de l’image de l’enseignement qui est compliqué", conclut Marie-Louise Houart.

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