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Grégoire Dallemagne, patron de Luminus : "S’il y a des super profits, c’est dans les pays qui exportent du gaz vers l’Europe"

L'invité de Matin Première est Grégoire Dallemagne

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21 sept. 2022 à 06:39Temps de lecture2 min
Par D. V. Ossel sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux et François Heureux

Les entreprises du secteur énergétique font-elles des surprofits ? Grégoire Dallemagne, patron de Luminus, le numéro 2 de l’énergie en Belgique, répond sur La Première : "En ce qui concerne les fournisseurs d’énergie comme Luminus, le rapport de l’ACER (les régulateurs européens de l’énergie) établit clairement pour 2021 que tous les fournisseurs d’énergie en Europe ont perdu de l’argent. En Belgique, on a fait le même constat et Luminus a perdu 90 millions d’euros en 2021.

Luminus fait ce constat en tant que fournisseur d’énergie, mais l’entreprise est aussi productrice. La Norvège, pays producteur de gaz, profite de cette crise. Luminus en fait-elle autant ? Le CEO de Luminus, qui est aussi président de la FEBEG (Fédération Belge des Entreprises Électriques et Gazières), précise qu’en tant que producteur, il vend l’électricité qu’il produit "à terme".

Autrement dit, il vend la production d’électricité attendue pour 2022 en 2021 ou en 2020. En l’occurrence, les prix étaient alors 10 fois inférieurs aux prix observés sur le marché aujourd’hui. C’était avant la guerre en Ukraine. "Nous vendons donc de l’électricité pour 2022 à des clients, des entreprises, des ménages, qui les achètent à 50-60 euros le mégawattheure, alors qu’aujourd’hui l’électricité est à 500 euros."

Les politiques ambitionnent pourtant de taxer les surprofits des producteurs d’énergie. Pour Grégoire Dallemagne, "s’il y a des super profits, ils se situent plutôt chez les pays qui détiennent des réserves gazières et qui les vendent aujourd’hui à l’Europe 10 fois plus cher qu’il y a un an. Là, vous avez des milliards et des dizaines de milliards de super profits."

Réduire notre consommation

La question du blocage des prix est par ailleurs toujours sur la table au niveau européen. Le patron de Luminus estime que, si on veut réduire le prix de l’énergie et du gaz, il faut avant tout réduire notre consommation, parce que la question du prix de l’énergie est avant tout un problème de déséquilibre entre l’offre et la demande.

"Les factures s’envolent principalement à cause du prix très élevé du gaz en Europe, et en Asie d’ailleurs, sur le marché de gros, explique-t-il. Quand on est sorti du Covid-19, on a observé que la demande de gaz était supérieure à l’offre et ça a causé une augmentation extrêmement forte de son prix sur les marchés de gros. Ce problème a été renforcé avec l’invasion de l’Ukraine. La Russie livrait 40% du gaz européen, elle en livre aujourd’hui 9%.”

En compensation, l’Europe importe du gaz sous forme de gaz naturel liquéfié, mais sur ce marché, l’Europe est en concurrence avec l’Asie. Et par ailleurs, rappelle le président de la FEBEG, les installations de liquéfaction de gaz auprès des pays exportateurs et les installations de regazéification du gaz en Europe sont aujourd’hui saturées. "Donc on ne pourra pas substituer les 40% de gaz russe par du GNL, ce qui nous contraint en Europe à réduire notre consommation de gaz."

Grégoire Dallemagne estime que la prolongation des centrales nucléaires peut faire partie de la solution : "Cela permet d’avoir un effet positif sur le prix de l’électricité, sur la réduction des émissions de CO2 et contribuer à la sécurité d’approvisionnement."

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