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Grèce : Sarah, réfugiée syrienne, et Sean, bénévole humanitaire, devant le tribunal pour avoir aidé des migrants à Lesbos

18 nov. 2021 à 06:002 min
Par Jean-François Herbecq avec F. Wallemacq

Une réfugiée syrienne et 23 autres bénévoles humanitaires qui avaient participé à des opérations de sauvetage de migrants en Grèce, pendant la crise migratoire, sont jugés ce jeudi, notamment pour aide à l'"immigration illégale". Avec ce procès, c’est aussi celui de l’aide aux migrants qui se tient devant le tribunal pénal de Lesbos. Les bénévoles et la réfugiée risquent 25 ans de prison pour avoir aidé des étrangers à entrer en Grèce.

Deux jeunes gens ont déjà passé 3 mois en détention préventive : Sean Binder, un Allemand de 27 ans, avec une formation de plongeur en mer et Sarah qui est syrienne et nageuse professionnelle et elle-même réfugiée. Elle a chaviré près de Lesbos en 2015, et avec sa sœur, elle a tiré le bateau qui était en train de couler. Plus tard, elle est revenue comme bénévole. Sean et Sarah ont été arrêtés en 2018 pour leur travail humanitaire.

"Je me rends à mon procès, et j’affronte des charges très sévères qui incluent l’espionnage, la fraude et le trafic illicite, pour les opérations de sauvetage que j’ai mené au large de l’île de Lesbos en 2017 et 2018 comme bénévole pour aider des gens qui risquaient de se noyer, explique Sean. Et en fait il y a une loi qui permet d’aider les êtres humains. La convention internationale de droit maritime et la convention européenne, toutes ces conventions, toutes, prévoient de porter assistance aux personnes en détresse. Donc ce n’est pas du tout un crime !"

Sarah, frappée d’interdiction de rentrer en Grèce ne pourra pas assister à son propre procès. Des ONG suivent le procès et ont engagé des avocats pour les défendre.

Assimilés à des passeurs

"Mais oui, nous sommes poursuivis comme trafiquants d’êtres humains, poursuit Sean. Ils disent que nous n’aidions pas des personnes, mais que nous étions des trafiquants d’êtres humains".

Sarah et Sean ne sont pas les seuls poursuivis pour leur solidarité envers les migrants. Ils sont considérés comme des "passeurs." La criminalisation de l’aide aux migrants devient la norme, constate Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty international Belgique : "On les accuse d’espionnage, de fraude, d’usage illégal de radio, etc."

"C’est aberrant", juge Philippe Hensmans qui estime que ces procès sont là pour intimider ceux qui voudraient venir en aide aux migrants mais aussi pour "casser" l’image sympathique des humanitaires. En Grèce et ailleurs.

"Rien à voir avec le fait d’avoir aidé des migrants à sauver leur vie finalement, constate le directeur d’Amnesty international Belgique. Et d’autre part, c’est en rapport avec le train de mesures relatives aux passeurs adopté par l’Union européenne sur lequel se sont rués des pays comme l’Italie, la Grèce ou la France et la Suisse, justement pour criminaliser les personnes qui aident les migrants à rentrer sur le territoire européen. En les assimilant justement à des passeurs".

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