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Grèce: désamorcer les tensions? Merkel reçoit Tsipras ce lundi

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras entre le Premier ministre italien  Matteo Renzi et la chancelière allemande Angela Merkel le 19 mars 2015 à Bruxelles
23 mars 2015 à 05:15 - mise à jour 23 mars 2015 à 13:50Temps de lecture4 min
Par AFP

Dans une lettre datée du 15 mars et consultée par le FT, M. Tsipras "a averti Angela Merkel qu'il serait +impossible+ pour Athènes d'assurer le service de la dette d'ici les prochaines semaines si l'UE n'apportait pas à court terme une assistance financière au pays", écrit le quotidien britannique des affaires.

"Etant donné que la Grèce n'a pas accès aux marchés financiers et en vue des +pics+ attendus dans nos échéances de dette au printemps et à l'été... il est clair que les restrictions particulières de la BCE combinées à des retards de versement rendraient impossible pour tout gouvernement d'assurer le service de sa dette", explique M. Tsipras dans ce courrier qui serait parvenu à la chancelière juste avant que celle-ci n'invite le Premier ministre grec à venir lui rendre visite à Berlin.

Le porte-parole du gouvernement grec, Gabriel Sakellaridis, a confirmé le contenu de la lettre. "Il ne s'agit pas d'une menace, mais de la réalité", a-t-il déclaré à la chaîne privée Mega TV, en indiquant que Alexis Tsipras avait envoyé une lettre similaire au président français François Hollande et au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

"La lettre n'a dit ni plus ni moins que ce que nous disons depuis la semaine dernière... qu'il y a peu de liquidités et que des initiatives politiques doivent être prises", a expliqué la porte-parole.

Selon ce dernier, le courrier a été à l'origine du mini-sommet de l'UE à Bruxelles la semaine dernière.

Rencontre programmée avec Angela Merkel

La chancelière, qui a déjà rencontré son homologue en fin de semaine lors d'un mini-sommet à Bruxelles, a affirmé "se réjouir de sa visite" et dit souhaiter poursuivre leurs échanges "avec l'idée que les divergences d'opinion peuvent se muer en convergence".

De son côté, Alexis Tsipras se dit heureux d'une "rencontre qui ne se fera pas sous la pression d'une quelconque négociation". "C'est important car nous pourrons ainsi discuter de sujets qui mettent à mal l'Europe, ainsi que de l'amélioration des relations entre nos deux pays", a-t-il affirmé dimanche au quotidien grec Kathimerini.

Cette première rencontre en tête à tête lundi à 17h (16h GMT) doit contribuer à en finir avec le climat délétère qui s'est installé entre Athènes et Berlin depuis l'élection d'un gouvernement de gauche radicale fin janvier dans une Grèce économiquement asphyxiée.

Ce climat s'avère particulièrement nuisible au moment où se joue, selon certains, le sauvetage du pays ou bien son expulsion de la zone euro.

Pour Hajo Funke, politologue à l'Université libre de Berlin, ces tensions sont l'illustration de "la confrontation de deux mondes". D'un côté, "un gouvernement grec de gauche, engagé socialement, est confronté à un effondrement de la société, comme aucun pays de l'Ouest de l'Europe n'en a connu depuis 1945", décrit Hajo Funke. Et en face, l'Allemagne, pays "satisfait, vu comme économiquement heureux et puissance dominante en Europe, se préoccupe de préserver cette relative bonne santé économique".

Vendredi, Alexis Tsipras s'est engagé à Bruxelles à concrétiser plus rapidement les promesses de réforme chères à Berlin tandis que la Commission a annoncé mettre à la disposition d'Athènes "deux milliards d'euros pour l'année 2015", provenant de fonds structurels non utilisés. Le déblocage de l'aide financière nécessaire à l'État grec pour rester à flot (soit 7,2 milliards d'euros) demeure sur la table des ministres des Finances de la zone euro.

Le ministre espagnol de l'Économie Luis de Guindos a déclaré dans un entretien publié dimanche par le Financial Times que la zone euro ne débloquera pas les fonds promis à la Grèce tant que le pays n'aura pas lancé toutes les réformes annoncées. "Nous verrons si la liste de réformes est assez complète ou pas. [Mais] il n'y aura aucun versement avant qu'il y ait eu un vrai test montrant que les réformes ont été approuvées et lancées", a déclaré Luis de Guindos au journal britannique.

Cette déclaration contredit le Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui a affirmé que les fonds européens commenceraient à être déboursés une fois que la Grèce aura présenté une nouvelle liste de réformes à ses créanciers. "Le temps est compté pour la Grèce", a prévenu de son côté Wolfgang Schäuble, ministre des Finances d'Angela Merkel qui ne cache pas sa lassitude à l'égard d'Athènes. "Jusqu'à présent, personne n'a compris ce que voulait le gouvernement grec", a-t-il maugréé en début de semaine.

"Jeu toxique"

Les sorties récurrentes de cet apôtre de la rigueur, qui a été caricaturé en uniforme nazi par un journal satirique en Grèce, enveniment les relations entre les deux pays, a accusé le ministre grec de la Défense.

L'Allemagne, de son côté, s'agace du style de Yanis Varoufakis, ministre grec des Finances omniprésent dans les médias. Une vidéo le montrant faisant un doigt d'honneur aux créanciers du pays, lors d'un débat en 2013, a déchainé les passions, même s'il s'agissait d'un montage.

Le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a quant à lui proposé la création d'un conseil des sages germano-grec pour trouver une solution à la question des réparations de guerre exigées par Athènes, dans une interview publiée lundi par le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Cette volonté d'Athènes de réclamer des réparations à l'Allemagne pour des crimes de la Seconde guerre mondiale, dossier que Berlin considère comme juridiquement et politiquement clos, a achevé d'entretenir la crispation tandis que la population allemande, persuadée de payer pour les États du sud de l'Europe, devient de plus en plus hostile aux plans d'aide.

Cette exaspération générale s'exprime avec violence dans les colonnes du puissant quotidien Bild. Fin février, au moment du vote au Bundestag d'un prolongement du programme d'aides à la Grèce, le journal avait publié des selfies de ses lecteurs invités à exhiber une pleine page du journal barrée d'un "Nein".

Sur son blog, vendredi, Yanis Varoufakis a appelé Grecs et Allemands à "mettre fin au jeu toxique des accusations réciproques et aux doigts moralisateurs qui ne bénéficient qu'aux ennemis de l'Europe".


RTBF avec AFP

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