Grandeur nature

Grandeur Nature dans l’Aisne, des sources de l’Escaut au fromage du bocage

© Tous droits réservés

08 oct. 2022 à 10:14Temps de lecture5 min
Par Dominique Wauthy

A nos portes, l’Aisne est un territoire aussi vert que multiple. Harmonieusement adossés aux Ardennes et à la Marne, à 2 heures de Bruxelles… et de Paris, paysages et terroirs de ce département des Hauts-de-France étonnent et surprennent. Grandeur Nature vous emmène à la rencontre d’Axonais et d’Axonaises, entre plaines fertiles, rivières dociles et prés nourriciers.

Un bacôve, ça vous dit ? C’est une embarcation traditionnelle à fond plat dans laquelle nous avons pris place dès notre arrivée à Saint-Quentin ; neuf mètres de long pour deux de large. Notre bacôve s’appelle Eusébie, elle peut accueillir douze personnes sur son fond plat garni de bancs. " Saint-Quentin enferme une vaste zone humide de 50 ha de roselières, explique David qui nous accueille. C’est la seule réserve naturelle française située en pleine ville ".

C’est parti pour une heure de balade dans la quiétude des marais d’Isle longeant la réserve naturelle. Entre chenaux et plans d’eau, l’ambiance est particulière. Nous sommes dans une oasis de nature. " On observe le grèbe huppé toute l’année, mais aussi le martin-pêcheur ou le foulque macroulle ", détaille Emilie, guide nature. La Somme, qui prend sa source non loin à Fonsomme, a façonné ce paysage lacustre au cœur de la ville picarde de Saint-Quentin. Quelque 160 espèces d’oiseaux peuvent être observées, comme la sarcelle d’hiver et des espèces nicheuses telles que la gorge-bleue, le canard souchet ou chipeau ainsi que le balbuzard pêcheur.

Riche évidemment en terres cultivées tout alentour, Saint-Quentin ancienne capitale du lin, est aussi traversée par un canal qui unit les eaux de la Somme, de l’Oise et de l’Escaut. Oui, vous entendez bien : l’Escaut. Mais avant de nous y rendre, quelque peu sportive, la descente de l’Oise se pratique, elle, en canoë cette fois. On se met à ramer comme l’a expérimenté l’écrivain aventurier Stevenson. Bordée d’aulnes et de saules, la rivière tumultueuse offre un visage sauvage avec ses petits rapides surprenants. " On se charge aussi en partie de l’entretien de la rivière ", précise M.Bedhomme soucieux de la bonne santé de l’Oise et de son affluent le Ton. Rappelons que l’Oise prend sa source chez nous, à Chimay.

Loading...
© Vincent Colin

Le berceau de l’Escaut

A peine débarqué et réchauffé, on file, cette fois par la route, un peu plus au nord vers la commune de Gouy, à 20 km seulement de Saint-Quentin. Et c’est bien là que l’Escaut prend sa source au cœur d’un paysage de bois et plaines, sur l’un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce grand fleuve long de 430 km, traversant le nord de la France, notre pays et les Pays-Bas avant de finir en Mer du Nord, naît discrètement d’un petit filet d’eau limpide au fond d’un bassin de brique, au cœur d’un vallon ombragé. " Parfois l’eau n’est pas visible à cet endroit qui est aussi le point de départ d’une randonnée appelée le berceau de l’Escaut ", nous explique Georges, guide animateur à Gouy. Le site, proche des ruines de l’abbaye du Mont-Saint-Martin, dispose de panneaux d’informations sur son histoire et son parcours. Vous y découvrirez également une statue représentant un chérubin chevauchant un dauphin. Prêté par la ville d’Anvers, ce cadeau remercie le fleuve pour la prospérité qu’il lui a apporté.

Restons dans la prospérité offerte par la nature et ses richesses minérales cette fois. Sous le magistère d’un riche industriel de la fonte aux idées sociales, un incroyable Versailles ouvrier, sorte de palais social, fut élevé au 19e siècle à Guise : le Familistère Godin. Dans cette ville, située dans le nord de l’Aisne entre les anciens pays du Vermandois et de la Thiérache, à mi-distance entre Saint-Quentin et Vervins, visitons un ensemble urbain laissé intact. Avec des logements confortables qui laissent entrer l’air et la lumière, un théâtre, une piscine lavoir, des économats et deux grands jardins d’une dizaine d’hectares au total !

Dessinés sur les rives et dans une boucle de l’Oise, ces espaces verts sont libres d’accès. Le jardin historique du Familistère, dit " jardin d’agrément ", se déploie en contrebas de la manufacture, sur le coteau dominant l’Oise. Sa surface est de 1,2 ha. À l’entrée, autour de la serre ancienne se cultive un potager. La partie basse du jardin pittoresque se parcourt par des allées sinueuses traversant zones boisées et prairies. Une grande passerelle jetée au-dessus de la rivière relie le jardin d’agrément à celui de la presqu’île. Plusieurs centaines de mètres de pontons de bois dessinent des lignes nettes dans le paysage ; on y déambule pour dominer l’ensemble du paysage du regard.

" Ces endroits sont des temps de respiration. L’industriel Godin était aussi un hygiéniste et mesurait l’importance du bien-être pour ses ouvriers, raconte Maxime. Il précise que le jardin de la presqu’île a été remanié au début des années 2000 en gardant l’esprit novateur de l’industriel précurseur. Particulièrement coloré en ce début d’automne, le jardin de la presqu’île interprète le bocage du pays de Thiérache : plus de 400 parcelles géométriques sont délimitées par des haies arbustives composées d’essences locales. La végétation des parcelles applique le théorème selon lequel il suffit de quatre couleurs pour colorer une carte, sans donner la même teinte à deux surfaces adjacentes. Pelouses, prairies, buissons et taillis constituent la palette ; quelques friches ou réserves végétales sont aussi préservées.


Le Familistère de Guise

Le bocage du maroilles

Le bocage, c’est aussi la particularité du pays de Thiérache dont la petite ville de Guise sur l’Oise fait partie. Et le maroilles, " le plus fin des fromages forts " pour reprendre un slogan, est bien l’identité gastronomique du terroir de Thiérache. Au cœur du parc naturel de l’Avesnois, il y a une bonne douzaine de siècles déjà, des moines bénédictins furent ses précurseurs. Climat humide, riche herbage sur un sol argilo-limoneux protégé par des kilomètres de haies, profitent au troupeau de race Holstein et flamandes principalement. A Haution comme ailleurs dans la Thiérache, le lait cru de la traite du matin, à partir du lait caillé, donne progressivement ce fromage carré aux couleurs orangées une fois démoulé. Ici, la production de maroilles fermiers est aussi bonifiée par la flore particulière des caves humides en briques. Affiné à point, il présente sous le couteau une pâte pleine et onctueuse.

" Notre Maroilles est fermier, sans intermédiaire. Nos vaches rustiques ruminent à l’extérieur 200 jours par an. Le lait est différent quand elles sont en pâtures par rapport au foin, à l’herbe ensilée ou emballée. Pas de pasteurisation, les bactéries apportent cette couleur rouge à notre production de manière naturelle ", vante Aurélie. La production de septembre est à ses yeux la plus goûteuse. Et d’autant avec une Chimay bleue selon ses dires. Bonne dégustation.

© F.H

Grandeur Nature est à retrouver tous les dimanches de 13h à 15h sur Vivacité et quand vous voulez sur RTBF Auvio !

à la découverte de l'Aisne 1/2

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous