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Economie

Grande-Bretagne: indignation après la mort d'un stagiaire de la City

Grande-Bretagne: indignation après la mort d'un stagiaire de la City
22 août 2013 à 15:542 min
Par Wahoub Fayoumi

Ce sont ses colocataires qui l'avaient trouvé inanimé dans sa douche. Moritz Erhardt avait passé trois jours et trois nuits à éplucher des documents relatifs à une opération de fusion-acquisition. 100 heures de travail par semaine, c'était le standard dans ces banques prestigieuses du centre financier de Londres. Les étudiants s'y pressent, pourtant, pour décrocher ces quelques semaines de stage, qui leur ouvriront une belle carrière: des milliers de candidatures provenant du monde entier, pour quelques postes seulement.

Le jeune stagiaire allemand était certes ambitieux. "Il faisait tout à 100 %. J'avais beau lui dire que la vie n'est pas le travail, qu'il devait apprendre à se relaxer, rien n'y faisait", déclare l'un de ses anciens professeurs, dans des propos rapportés par le journal Le Monde.

Il avait déjà été embauché par Morgan Stanley et la Deutsche Bank. Au sein de la Bank of America Merrril Lynch, il était décrit par certains comme une "superstar". Un de ses collègues raconte au quotidien The Guardian: "Il travaillait très dur et était très concentré. Nous travaillons en moyenne 15 heures ou plus par jour, et il était celui qui travaillait le plus".

"Certains employeurs profitent de cette situation"

Un jeune homme plein d'ambition, qui était prêt, pour se faire remarquer par ses supérieurs, à faire le maximum; ou qui s'insérait très bien dans le schéma de travail appliqué par la hiérarchie.

Car les conditions de travail des stagiaires dans les grandes banques de la City sont dénoncées depuis un certain temps. Intern Aware, une association d'aide aux stagiaires, avait déjà interpellé sur les conditions de travail des jeunes embauchés à la fin de leurs études. L'organisation demandait que ces derniers soient jugés sur la qualité de leur travail, et pas sur le nombre d'heurs passées dans leur bureau.

Le système est pourtant très difficile à arrêter. D'un côté, des jeunes loups prêts à presque tout pour faire carrière; de l'autre, des entreprises exigeantes où la productivité est la règle, et qui, par des temps économiques difficiles, pourraient être tentées de profiter de cette main-d’œuvre "volontairement" corvéable à merci. "Pour des raisons relatives à à l'ambition personnelle, ou liées à l'état du marché de l'emploi, les gens sont prêt à tout pour décrocher un travail", explique au Guardian Chris Roebuck, professeur à la Business School de Class. "Certains employeurs profitent de cette situation, et poussent les employés à mettre en danger leur santé, ou le travail en lui-même", ajoute-t-il. Pour lui, la tendance au "sur-travail" des jeunes employés de la City de Londres est bien réelle.

Les banques de la City ont répliqué, faisant valoir l'exigence et la dureté du travail qu'elles proposent. Le changement n'est manifestement pas pour tout de suite.

W. Fayoumi

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