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Grande-Bretagne : "Garden party" au 10 Downing Street, le scandale de trop pour Boris Johnson ?

Boris Johnson au 10 Downing Street

© JUSTIN TALLIS / AFP

11 janv. 2022 à 14:28 - mise à jour 12 janv. 2022 à 10:53Temps de lecture3 min
Par Jean-François Herbecq avec agences

La révélation d’une "garden party" de plus en plein confinement plonge à nouveau Boris Johnson dans l’embarras. Un pot dans les jardins du 10 Downing Street avec de 30 à 40 de personnes en mai dernier alors que les Britanniques étaient soumis à de sévères restrictions sociales liées au Covid. "Apportez vos bouteilles", précisait l’invitation lancée par le secrétaire particulier de Boris Johnson, Martin Reynolds, le 20 mai 2020, à une centaine de personnes, dont le Premier ministre lui-même et sa fiancée de l’époque, depuis devenue son épouse, Carrie.

Une fête de trop sans doute après les révélations de la fin de l’an dernier. Une enquête interne se penche déjà sur des fêtes qui auraient été organisées en mai, novembre et décembre 2020 dans les cercles du pouvoir : vin et fromage au soleil, pot de départ ou quiz virtuel… Le scandale couvait déjà, seule la déferlante Omicron l’avait quelque peu estompé.

Un "pot avec distanciation sociale au jardin"

L’invitation pour le mois de mai prévoyait de "profiter du beau temps" lors d’un pot "avec distanciation sociale" dans les jardins de la résidence du Premier ministre. C’est ITV News qui le révèle. A l’époque, les strictes règles en vigueur dictaient ceci : "Vous pouvez rencontrer une personne extérieure à votre foyer dans un lieu public, dehors, à condition que vous restiez à deux mètres l’un de l’autre."

Les organisations qui représentent les victimes du Covid enragent. L’opposition monte au créneau et reproche à Boris Johnson de mentir. Le Premier ministre esquive en effet les questions sur sa présence à un tel événement. "Arrêtez de mentir aux Britanniques. Il est temps de tout avouer", l’a interpellé sur Twitter le leader du Labour, Keir Starmer.

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Appels à la démission

Boris Johnson a évité aujourd’hui de répondre à une question posée par les travaillistes au Parlement en envoyant à sa place un membre de son gouvernement qui s’est borné à faire référence à l’enquête en cours. Mais ce mercredi, il devra affronter en personne les députés.

Michael Ellis, membre de second rang du gouvernement, répond à une question urgente des parlementaires

Ce mardi, le ministre Michael Ellis en charge du Trésor était donc face aux Communes pour répondre à une question urgente de l’opposition qui réclamait de savoir pourquoi le Premier ministre n’était pas en personne à la Chambre pour répondre aux questions.

Michael Ellis a déclaré qu’une enquête était en cours et que les députés devraient attendre son résultat. Il a promis que des mesures disciplinaires seraient prises si des actes répréhensibles étaient révélés.

Antony Mullen, chef des conservateurs au Conseil de Sunderland, dit qu’il ne voit pas comment le Premier ministre peut survivre à ces dernières allégations. "Je pense que Martin Reynolds aurait dû être limogé et je pense que Boris Johnson devra inévitablement le suivre", a-t-il déclaré à l’émission World At One de BBC Radio 4.

Le chef du SNP, le parti nationaliste écossais, Ian Blackford, a demandé aux députés conservateurs de forcer Boris Johnson à démissionner.

Un élu du DUP, le parti unioniste nord-irlandais, Jim Shannon, a éclaté en sanglots en évoquant sa belle-mère décédée du Covid dans la solitude et l'isolement pendant la pandémie.

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Cette affaire vient s’ajouter aux soupçons de mensonge sur le financement de la luxueuse rénovation de son appartement de fonction, d’attribution de contrats entre amis durant la pandémie ou encore d’accusations de favoritisme envers de généreux donateurs du Parti conservateur. Sa popularité a chuté ces derniers mois, y compris au sein de son parti : près de la moitié des conservateurs sondés (46%) estiment que le ministre des Finances Rishi Sunak ferait un meilleur Premier ministre, selon un sondage YouGov pour SkyNews.

Pour le renverser, un vote de défiance au sein du Parti conservateur suffirait.

La liste des "events" embarrassants qui font l'objet d'une enquête

  • 15 mai : une photo de mai 2020 montre le Premier ministre et son équipe attablés devant des bouteilles de vin et un plateau de fromages dans le jardin de Downing Street. "Une réunion de travail", selon le Premier ministre qui refuse de confirmer sa présence. 
  • 20 mai : cette "garden party".
  • 13 novembre: une soirée entre collègues au domicile de Boris Johnson, démentie par son porte-parole.
  • 27 novembre : un pot de départ pour une assistante du Premier ministre, Cleo Watson, rien d'officiel mais avec un discours de Johnson, selon des témoins.
  • 10 décembre : une réception avec boissons et amuse-bouche au ministère de l'Éducation pour remercier le personnel de son travail pendant la pandémie. 
  • 14 décembre : une réunion "non autorisée" au QG des Conservateurs à Westminster.
  • 15 décembre : un quiz de Noël pour le personnel du 10 Downing Street auquel Johnson a participé virtuellement en plein confinement.
  • 18 décembre : une fête de Noël à Downing Street avec de la nourriture, des boissons et des jeux dont des assistants du Premier ministre s'étaient gaussé dans une vidéo publiée par ITV.

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