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Gouvernement fédéral : tradition, nouveauté et pataquès

Gouvernement fédéral : tradition, nouveauté et pataquès
02 oct. 2020 à 12:51 - mise à jour 02 oct. 2020 à 12:512 min
Par Philippe Walkowiak

 

Comme à chaque fois, les pronostics des médias sur les ministrables auront été déjoués. Et sans doute cette fois plus que d’autres. L’équipe De Croo allie déjà-vu et innovation.

Du vieux

Un fils de, succède à un autre fils de au 16, rue de la Loi. Deux fils de vice-premiers libéraux et ex-présidents, eux-mêmes ex-ministres et ex-présidents de parti, occupent les fonctions de Premier Ministre, même s’il convient de saluer l’intérim d’affaires courantes améliorées, assuré par Sophie Wilmès qui gagne au passage une véritable stature politique.

On notera aussi le retour d’un ministre d’État, que l’on pensait rangé des voitures : Frank Vandenbroucke, 64 ans, député il y a 35 ans déjà. Son président de parti n’était même pas né (comme d’autres) !

Autre vieille habitude : déshabiller un gouvernement régional en faisant " monter " ici Pierre-Yves Dermagne, qui faisait l’unanimité en Wallonie.

… avec du neuf

Longtemps annoncée, espérée, souvent oubliée, notamment avec le gouvernement Michel, la parité H/F devient enfin effective au sein de l’exécutif fédéral. Reste à le pérenniser mais cela va dans le sens de l’Histoire.

De même, le gouvernement s’ouvre à la diversité ou plutôt représente un peu mieux la diversité de notre société : des ministres issus de l’immigration, une ex-ouvrière à la chaîne ou une ministre transgenre sans que cela ne suscite aucun commentaire, ce qui montre aussi que la société belge est bien plus apaisée que d’autres en Europe. Sur les 20 membres du gouvernement, 15 n’ont jamais exercé cette fonction fédérale ! La moyenne d’âge est à l’unisson.

Grincements et indignations

Chez Groen, la désignation de la députée européenne Petra De Sutter a provoqué un mini-tremblement interne et surtout, la profonde déception de Kristof Calvo qui porte la voix du parti au niveau fédéral depuis plusieurs années.

Mais tout cela n’est rien en comparaison de l’incendie que Georges-Louis Bouchez a allumé au sein de sa propre formation politique.

Dans le système particratique belge, la désignation des ministres constitue l’acte suprême de la puissance du président. Pour sa toute première, on était attentif au casting du MR. Georges-Louis Bouchez coche toutes les cases de ce qu’il ne faut pas faire en la matière.

Morgue, autosuffisance, isolement, humiliation ont fini par se retourner contre le président du MR et abîmé durablement une image passablement écornée ces dernières semaines. L’homme a de la ressource mais pour tirer les leçons de ses erreurs, il faut d’abord admettre en avoir commis. Ce qui est difficile chez lui.

Savoir s’entourer et prendre conseil demeure la principale qualité d’un dirigeant politique. Le cap était délicat mais connu depuis longtemps : le MR passe de sept à trois portefeuilles fédéraux. Malgré cela, tout paraît plus qu’improvisé. Sa fonction est remise en question par ses supports d'hier.

En humiliant De Bue et par ricochet Ducarme et l’ensemble des femmes en politique, en bombardant un fils-frère de quand on s’est fait le chantre de la méritocratie, Georges-Louis a fait exploser sa crédibilité de président de parti. Ce pataquès sanglant en interne, va laisser des traces. Durables.

 

@PhWalkowiak

 

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