Décès d'Elizabeth II

« God Save the King » : porte-monnaie, passeport, hymne… ce qui va changer pour les Britanniques

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Tout au long de ses 70 années de règne, Elizabeth II aura marqué de sa personnalité et de son effigie le quotidien de millions de citoyens de la Couronne. Avec sa disparition et l’accession au trône de son fils Charles III, c’est une pléiade de symboles qu’elle emportera avec elle au fil du temps. De nombreux changements vont s’opérer dans les porte-monnaie, les uniformes, les documents, les formules officielles et même l’hymne national.

Pièces de monnaie et tradition

La seule pièce cognée jusqu’à présent à l’effigie de l’alors Prince Charles, pour ses 70 ans.
La seule pièce cognée jusqu’à présent à l’effigie de l’alors Prince Charles, pour ses 70 ans. © Getty

Il était une fois une Reine qui possédait tous les cygnes, les dauphins, les marsouins, les baleines de son royaume. Elizabeth II aura traversé le 20e et le 21e siècle du fait de son long règne. Les sujets de Sa Majesté ont eu l’habitude de vivre chaque jour en sa compagnie. A chaque espèce sonnante et trébuchante de l’escarcelle, c’est son visage empli de son légendaire flegme qu’ils admiraient respectueusement au moment d’une transaction.

Ce ne sont pas moins de 29 milliards de pièces de monnaies qui ont été frappées du chef de feu la Reine Elisabeth II, et qui ne seront point retirés immédiatement de la circulation. La plus récente monnaie à son effigie date de 2015, alors qu’elle était âgée de 88 printemps. Notons que pour la célébration du 70e anniversaire du jadis Prince Charles, la Monnaie royale avait émis une pièce en son honneur. Celle-ci pourrait inspirer les futures pièces de monnaie à l’image de Charles III.

Si le suspense reste de mise quant au nouveau modèle, il est une tradition à laquelle on ne déroge pas en Angleterre. A savoir qu’à chaque changement de monarque, la direction du profil est alternée. Elizabeth II regardant vers la droite, son fils aîné sera montré dans l’autre sens sur les nouvelles pièces du Royaume et dans certains états du Commonwealth. C’est une fois approuvés par le gouvernement britannique que de nouveaux modèles seront confectionnés à la Monnaie royale de Llantrisant, dans le sud du Pays de Galles.

Les billets

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Depuis 1960, la reine est apparue sur tous les billets de la Banque d’Angleterre. Aujourd’hui, 4,5 milliards de billets d’une valeur totale de 80 milliards de livres sterling sont en circulation. Comme pour les pièces, le visage de Charles remplacera progressivement celui de Lilibeth. Ce sera également le cas sur les devises de pays comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Caraïbes orientales, ainsi que toutes les autres îles et les territoires sous l’autorité de la Couronne britannique.

Time is money

Outre-Manche, les premières pièces seront frappées et les nouveaux billets imprimés dans les prochaines semaines. La Banque d’Angleterre a annoncé que " les billets de banque actuels à l’effigie de Sa Majesté la reine continueront d’avoir cours légal ", et a précisé qu’une " nouvelle annonce concernant les billets sera faite une fois la période deuil observée ", soit dans dix jours. Quoi qu’il en soit cette transition prendra du temps. Preuve en est qu’après l’accession au trône d’Elizabeth II en 1952, cela avait pris deux années. En 1936 durant le règne d’Edouard VIII, une nouvelle monnaie avait été frappée mais n’avait pu être mise en circulation car il avait abdiqué après 326 jours. Autant dire que le règne de Charles devra être suffisamment long pour qu’il se retrouve dans le porte-monnaie de ses sujets.

Les timbres changent mais restent uniques au monde

La série de timbres édités par la poste britannique en l’honneur des 90 ans de la reine Elizabeth.
La série de timbres édités par la poste britannique en l’honneur des 90 ans de la reine Elizabeth. © Royal Mail

L’affranchissement du courrier connaîtra aussi un bouleversement car les timbres changeront de tête. Si ceux qui sont ornés du visage de la reine peuvent toujours être utilisés, le Royal mail cessera de les produire pour en créer de nouveaux. Cela dit, six timbres à l’estampille de Charles avaient également été émis pour célébrer son 70e anniversaire.

Précisons que les timbres britanniques sont les seuls au monde qui ne mentionnent pas le nom du pays. C’est en 1840 que la poste anglaise révolutionne le système postal en créant le premier timbre de l’histoire, à savoir le " penny black " arborant le profil de la reine Victoria. Etant donné qu’ils sont les seuls existants, on comprend mieux pourquoi personne n’a songé à indiquer le pays d’origine. Depuis lors, le Royal mail n’a jamais cessé de perpétuer cette tradition.

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Plus de 60% des 115.000 mythiques boîtes postales rouges portent actuellement la marque royale " EIIR " pour Elizabeth II, et pour Regina qui signifie reine en latin. A l’avenir, on apposera le monogramme " CIIIR " pour Charles III et pour Rex qui signifie roi. Cela prendra un certain temps pour en trouver, d’autant plus que certaines boîtes postales portent encore les initiales de Georges VI (le père d’Elizabeth II).

L’hymne national

God save the King (Que Dieu protège le Roi)

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Alors que depuis 1952, les citoyens du Royaume-Uni s’étaient habitués à entonner le " God Save The Queen ". Depuis l’accession au trône du nouveau roi, ils devront changer de refrain en reprenant les paroles originelles du " God Save The King ". Il en sera de même pour la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada pour qui il s’agit du deuxième hymne national ou royal. Après 70 années, la version masculinisée a été officiellement chantée jeudi dernier lors de l’avènement de Charles III à la cathédrale Saint-Paul de Londres. De plus, c’est également la première fois que la proclamation officielle d’un roi britannique a été diffusée à la télévision. Seul le couronnement d’Elizabeth II avait été retransmis auparavant.

Mystérieuse source

L’origine de l’hymne national est l’objet de nombreux débats qui opposent les meilleurs ennemis historiques, la France et l’Angleterre. Si l’encyclopédie Britannica évoque des origines obscures quant à la paternité de ce symbole de la culture britannique, les Français ont une explication pour le moins singulière. En 1686, les médecins de Louis XIV lui diagnostiquent un abcès à son postérieur (une fistule anale). Pour fêter la réussite de l’opération très risquée pour l’époque, un cantique lui a été dédié, " Que Dieu protège notre Roi, longue vie à notre Roi ". Toujours selon certaines sources françaises, le compositeur Haendel aurait tellement apprécié le chant qu’il l’aurait adapté pour Georges 1er. Ce dernier l’aurait adopté pour les cérémonies officielles. On imagine mal que les Britanniques partagent cette théorie du royal postérieur du Roi Soleil.

Passeports et le privilège de la Reine

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Ce précieux sésame, que nous recherchons toujours dans l’urgence à quelques heures de prendre l’avion, subira aussi des modifications. Le libellé inscrit dans la couverture intérieure des passeports britanniques, délivrés au nom de la couronne, devra être lui aussi mis à jour, tout comme le texte similaire qui apparaît à l’intérieur des passeports australiens, canadiens et néo-zélandais. On peut y lire des références à " Her Majesty " qui est le féminin de " His Majesty ".

" Her Britannic Majesty’s Secretary of State requests and requires in the name of Her Majesty all those whom it may concern to allow the bearer to pass freely without let or hindrance and to afford the bearer such assistance and protection as may be necessary. "

Notons qu’Elizabeth II n’avait pas besoin de passeport pour traverser les frontières. Etant donné qu’il est délivré au nom de Sa Majesté, il ne lui était donc pas utile d’avoir un passeport contrairement aux autres membres de la famille royale. Pour cette même raison, elle avait le privilège de rouler sans permis de conduire. Lorsqu’on pense qu’il n’existe pas de carte d’identité au Royaume-Uni, la Reine circulait sans papier d’identité.

Uniformes

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Les uniformes des forces de l’ordre vont aussi devoir être retouchés. Les policiers et les militaires seront d’une certaine manière relookés car les initiales " EIIR " pour " Elizabeth II Regina " sont apposées sur leurs insignes. Les casques des bobbies porteront à l’avenir les initiales de " Charles III Rex ".

Masculinisation en série

D’innombrables monuments et traditions seront aussi modifiés. Le nom d’un théâtre de Londres, " Her Majesty’s Theatre ", où le spectacle The Phantom of the Opera est joué depuis 1986, sera masculinisé.

La célèbre Garde de la reine devient celle du roi. Dans la même logique, les nouvelles recrues de l’armée ne recevront plus " le shilling de la reine " mais bien celui du roi. Lors de la promulgation d’une loi, la Reine devait écrire en vieux français : " la Reine le veut ". A l’avenir, il sera écrit " le Roi le veut ".

Garantie de qualité pour quantité de produits de consommation courante, le cachet de fournisseur officiel de la reine sera aussi modifié.

L’histoire nous dira si la célèbre chanson " God Save The Queen " du groupe punk rock Sex Pistols subira aussi des modifications, or not.

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