RTBFPasser au contenu
Rechercher

Jam

Ghost Woman : Rendez-vous avec l’homme fantôme

Evan Uschenko, l'homme qui se cache derrière Ghost Woman.

Projet initié par le Canadien Evan Uschenko, Ghost Woman souffle sur les braises du rock psychédélique pour attiser un feu de joie qui ravira les fans de Kurt Vile, Allah-Las et autres Black Angels. Super cool et détendu, le musicien revient sur les étapes qui conduisent à son premier album : Michael Rault, King Gizzard and the Lizard Wizard, incendie, ruptures sentimentales, braquage et musiques de drogués se bousculent au cœur de ce disque de l’été.

Evan Uschenko est peut-être le mec le plus cool du Canada, mais pas forcément le plus chanceux (nous y reviendront). À l’heure de se connecter avec JAM. pour une interview en visio, l’artiste n’est d’ailleurs pas épargné par la guigne. Confronté à une connexion Wi-Fi capricieuse, l’artiste se voit dans l’obligation de couper sa caméra et de rester debout, au même endroit, pour ne pas perdre le fil de la discussion. Coincé dans sa cuisine, l’homme qui se planque sous le nom de Ghost Woman nous retrace le fil de sa vie mouvementée : "J’ai grandi à Three Hills, une petite ville perdue dans la province d'Alberta. C’est un endroit où il ne se passe rien. Ou preque. La musique ? Je la dois à mes parents. Ma mère était mélomane. Elle achetait des disques et emmenait régulièrement la famille dans des festivals de musiques folk, blues et country. Mon père, lui, jouait de la guitare à ses heures perdues. C'était un passe-temps : il n'a jamais envisagé de faire carrière là-dedans. Quand j’avais onze ans, il m’a appris les accords de "The House of the Rising Sun", un morceau signé The Animals. Surtout, mon père était un fan absolu de John Prine, une figure incontournable de la scène country-folk américaine. À chaque fois que j'entends une de ses chansons à la radio, je pense directement à mon père."

Loading...

Vassal de King Gizzard

Avant de se lancer en solo, Evan Uschenko rejoint la petite troupe du chanteur et guitariste canadien Michael Rault. "J’ai beaucoup appris à ses côtés", explique-t-il. "C'est l’une des rencontres les plus importantes de ma vie. Pour la première fois, je pouvais m'identifier à un type qui venait de la même région que moi et qui jouait de la musique extrêmement cool. Il avait le style et jouait des concerts partout : dans des bars, des jardins, des clubs, des festivals. J’étais très admiratif de son parcours." Guitariste dans le groupe de Michael Rault, Evan Uschenko découvre la vie en tournée. "Aux USA, nous avons notamment partagé plusieurs dates avec King Gizzard & The Lizzard Wizzard", raconte-t-il. "À l'époque, ils n'étaient pas aussi connus qu'aujourd'hui. Mais j’ai tout de suite capté que ces gars allaient tirer leur épingle du jeu. À première vue, on pourrait penser qu’ils sont un peu branleurs et nonchalants. En réalité, ce sont des acharnés, de véritables bêtes de travail. C’est à force de les côtoyer que j’ai compris qu’il fallait faire preuve d’abnégation dans le boulot. Cela dit, je ne bosse toujours pas aussi dur que les King Gizzard. Je suis un peu plus peinard."

Loading...

Aucun sens

En 2016, Evan Uschenko prend son indépendance. Après plusieurs tournées aux côtés de Michael Rault, il s’invente une vie parallèle sous le nom de Ghost Woman"Je me voyais mal me présenter sous ma véritable identité. J'ai donc opté pour Ghost Woman. Ce nom de scène n’a aucun sens. J’ai juste voulu trouver un blase pour organiser ce projet comme un groupe. Je trouve ça plus excitant et passionnant qu'être le nombril du monde. Je me sens plus à l’aise dans l’ombre qu’en pleine lumière." Portée sur les matières psychédéliques, la musique signée sous l’enseigne Ghost Woman dilate les souvenirs du passé (Love13th Floor Elevators) et entrouvre les portes de la perception aux côtés d’artistes comme Jacco Gardner, Ty Segall ou de formations comme Allah-Las ou The Brian Jonestown Massacre.

Loading...

Feel Good Hit of the Summer

Conçu au cœur du confinement sous champignons hallucinogènes et finalement publié au printemps 2021, le EP "Lost Echo’s" laisse entrevoir les premières mélodies hallucinantes servies par Evan Uschenko sous la cape de Ghost Woman. "Je refuse de faire l'apologie des drogues", annonce le Canadien. "Mais en ce qui me concerne, j’adore les musiques de drogués. Dans ma collection de disques, j’ai d’ailleurs beaucoup d’albums composés par des consommateurs d'héroïne. Je ne vais pas tous les citer : les personnes concernées se reconnaîtront. En tout cas, il doit bien exister un lien entre la production musicale et la consommation de psychotropes. C’est un fait : certains artistes ont orchestré de véritables voyages musicaux, des trucs dingues, auxquels une personne sobre et lucide n'aurait jamais songé." Psychédéliques et bien planantes, les chansons de Ghost Woman ne sombrent pourtant jamais dans les clichés. "Mes morceaux parlent souvent de ruptures sentimentales. Au-delà de la relation amoureuse entre deux personnes, on peut aussi y trouver des métaphores à l'addiction. Certaines personnes sont en effet accrocs à leur travail, d'autres à la picole, d'autres encore à différents types de drogues. J’aime les chansons qui offrent différents niveaux de lecture."

Loading...

Burning Down the House

Ensoleillées et ultra décontractées, les chansons de Ghost Woman offrent de véritables instants de bonheur, des mélodies idéales pour apaiser les vilaines peines de cœur. "C’est un sujet avec lequel je me sens à l’aise", confie Uschenko. "Je décris facilement des états de détresse émotionnelle. D’ailleurs, quand je suis triste ou déprimé, je me réfugie dans mon studio d'enregistrement pour jouer de la guitare. Je n'ai jamais trouvé meilleure façon de me consoler. La musique m'aide à purger les mauvaises vibrations." C’est que, de ce côté-là, le garçon en connaît un rayon. Du genre malchanceux, Evan Uschenko empile régulièrement les coups du sort. L’année dernière, un cambriolage lui a d’ailleurs coûté sa guitare de prédilection. "Si les voleurs espèrent en tirer un bon prix, ils se mettent le doigt dans l'œil ! La seule valeur de cet instrument était sentimentale…" Avant de perdre sa guitare préférée, le musicien aura également surmonté les affres d’un terrible incendie. "Un incendie a ravagé la maison dans laquelle on répétait avec le groupe", retrace-t-il. "Après une soirée de répétition pour préparer un concert, nous avons quitté les lieux. Quand nous sommes revenus le lendemain pour embarquer notre matériel, la bâtisse était en train de brûler. Les pompiers et la police se tenaient déjà sur place. Nous voulions récupérer notre matos mais, pour des raisons de sécurité, les forces de l'ordre nous l’ont formellement interdit. C'était un sentiment indescriptible... Nous étions là, rassemblés avec le groupe, en train de regarder nos instruments partir en fumée. Heureusement, nous sommes restés soudés et confiants."

Loading...

Avis de recherche

Après ces innombrables péripéties, les dix titres du premier "Ghost Woman" sont aujourd’hui rassemblés sous une pochette intrigante. Regard alangui, épaules dénudées, une femme s’expose aux rayons d’un arc-en-ciel venus des montagnes avoisinantes. "Il s’agit d’un collage", indique le chanteur et guitariste. "Je ne connais pas l'identité de cette fille. Si quelqu'un la connaît, il faut absolument me contacter ! Je serais heureux de la rencontrer. Moi, je l’ai dégoté en farfouillant sur internet. En la voyant, j'ai tout de suite eu le coup de cœur. C’est une œuvre du collagiste britannique Charlie Elms. Je lui ai acheté la version originale en vue de l’apposer sur la pochette du disque. L’image, en elle-même, n’enferme aucune signification. En fait, tout ce que j’entreprends avec Ghost Woman, c’est intuitif. J'imagine que d'un point de vue stratégique, mes choix ne sont pas dingues. Mais ça n’a aucune importante. Pour moi, ce qui compte, c’est d’éprouver du plaisir dans la création et de me dire que ce que je fais est cool." Très très cool, même.

Sur le même sujet

Skullcrusher, délicate promesse de l’indie folk, annonce son premier album

Jam

DIIV : "J’en suis venu à me demander ce que cela signifiait d’être un musicien"

Jam

Articles recommandés pour vous