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Germain Louvet, le danseur étoile prend la plume pour questionner "Des choses qui se dansent"

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Germain Louvet pour "Des choses qui se dansent"

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L’Opéra de Paris a fêté en 2019 ses 350 ans. Une institution. Comment un jeune homme du vingt et unième siècle peut-il s’adapter à ces codes multicentenaires ? Quelle est la part de liberté dans l’interprétation des rôles des ballets ? Comment s’épanouir dans ses relations au sein de la troupe ? A vingt-neuf ans, Germain Louvet, danseur étoile depuis 2016, nous offre de découvrir ses réflexions sur ce monde en huis clos. Son roman autobiographiqueDes choses qui se dansent’ est publié aux Editions Fayard. Ce 7 juin, il était l’invité d’Elodie de Sélys pour Le Mug.

Devenir danseur étoile, c’est avant tout un parcours de sacrifices. Entre le moment où il commence à danser spontanément à quatre ans, ‘par instinct’, et sa nomination à la fin d’une représentation du Lac des cygnes en 2016, il y a eu… du travail. Le talent ne suffit pas. Les critères de sélections sont exigeants : physique, esthétique, technique, psychologique, comportemental, voire social. Il se considère comme chanceux d’avoir pu cocher les cases à chaque fois. "Le monde de la danse classique n’est pas si différent de chaque petit monde qui existe, de chaque discipline, entreprise, école d’excellence."

La compétition, la pire, c’est avec soi-même.

Germain Louvet dans 'Coppelia' à l’Opéra Garnier en 2011
Germain Louvet dans 'Coppelia' à l’Opéra Garnier en 2011 2011 Gamma-Rapho

Lorsque l’on pense à l’ascension vers le statut de danseur étoile, on imagine que la bagarre fait rage entre les potentiels candidats. Les jalousies, les coups bas. Tout pour atteindre le firmament. Germain Louvet en parle tout à fait différemment.

Germain Louvet pour le défilé de Jean-Paul Gauthier en 2022

"Quand on parle de la danse classique, et plus encore de l’Opéra de Paris, on pense beaucoup à la compétition. J’ai pu me rendre compte que cette compétition n’est pas néfaste, au contraire elle crée des amitiés, des liens très forts. Nous restons une troupe, nous sommes un collectif. On nous propose des spectacles ensemble sur scène, et cela génère énormément de liens, de rapports, de relations. La compétition, la pire, c’est avec soi-même. Ce n’est pas comme un sport de rapidité, ou d’une équipe contre une autre. On ne doit pas faire un temps, ou sauter le plus haut, ou faire le plus de pirouettes. On est là pour donner le meilleur de soi-même : émouvoir, danser, bouger. Questionner, donner au public la possibilité de s’identifier, de se rappeler des souvenirs. Lui donner une saveur".

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L'interprétation des certains chefs-d'œuvre pose question

Le ballet classique, l’art du mouvement, fait partie du Sixième Art qui regroupe les Arts de la scène.

Exécutés sans paroles, les messages sont exprimés par des positions et mouvements récurrents qui traduisent les sentiments. Les scénarios sont souvent stéréotypés. Sexistes, racistes, parfois colonialistes. S’il est fier de son appartenance à cette culture, Germain Louvet s’interroge néanmoins sur le fait de participer à la perpétuation de ces chefs-d’œuvre.

"Je me suis mis à danser les premiers rôles, c’est devenu mon travail quotidien. On se pose évidemment la question : qu’est-ce que je raconte, qu’est-ce que je dis à travers ces grands ballets ? […] Qu’est-ce que je perpétue. Le ballet classique c’est une discipline qui est pétrie de traditions qui ont façonné une esthétique très précise, qui vont amener beaucoup d’émotion et d‘images au spectateur. Il y a aussi des esthétiques que je n’ai pas envie de continuer à promouvoir".

Un mode strict. De la discipline. Des chorégraphies codées. Quelle est la place laissée au danseur dans la création d’un spectacle ?

" Comme interprète, il y a une petite marge de liberté à saisir. C’est cette marge-là qui a fait que Rudolf Noureev est devenu une légende, ou Mikhail Baryshnikov, Nicolas Le Riche. On pense que la liberté, on va la trouver dans la danse contemporaine, que la danse classique est tellement exigeante, codée, que l’on ne peut pas éprouver de liberté. C’est totalement faux. Au contraire, on a beaucoup à mettre de soi dans ces ballets classiques. A travers une heure trente de ballet, on peut mettre beaucoup de soi : de la séduction comme on a envie de la montrer, on peut parler d’amour comme on a envie d’en parler, parler du deuil, du regret, de la transcendance de l’amour après la mort, etc. J’ai pris la décision d’arrêter de vouloir ressembler à des modèles que j’ai pu avoir étant plus jeune. "

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