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Belgique

Georges-Louis Bouchez sur le voile : "Si on autorise les convictions, on doit toutes les autoriser et cela va être invivable"

07 juin 2021 à 08:034 min
Par M. A.

Les relations entre le gouvernement fédéral et le Mouvement réformateur sont-elles en train de se détériorer ? Pour Georges-Louis Bouchez la réponse est "non". Le président du MR précise que l’on peut avoir des divergences de vues sans que cela ne touche les relations humaines. Si son parti considère que la neutralité de l’Etat est fondamentale et qu’elle doit aussi se traduire dans une fonction de commissaire du gouvernement, "on va défendre ce point-là". Et de rappeler que le MR s’est engagé avec 6 autres partis sur un accord de gouvernement. Et : "tant qu’on reste dans l’accord de gouvernement, il n’y a pas de souci. Mais si d’autres questions apparaissent, est-ce que pour autant, on n’a pas plus d’identité propre, de projets propres ? Oui, on en a. Je ne suis pas devenu le parti socialiste et ça ne risque pas d’arriver".


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La situation s’est tendu la semaine dernière autour de la nomination de Ihsane Haouach comme commissaire du gouvernement auprès de l’Institut de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ihsane Haouach porte le voile. Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld) a affirmé devant les députés que cette nomination n’était pas remise en cause par aucun des partenaires du gouvernement. Mais deux heures plus tard, le ministre David Clarinval (MR) a remis en cause la parole d’Alexander De Croo, expliquant dans un tweet qu’il s’y était opposé en kern, le conseil des ministres restreint. Le ministre fédéral de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) a quant à lui affirmé que le tweet avait été dicté par Georges-Louis Bouchez à son ministre.

"Considérer que David Clarinval n’a pas suffisamment de personnalité ou une capacité à pouvoir rédiger ses tweets lui-même, c’est quand même un petit peu particulier", répond le président du MR qui observe que pour l’instant son parti est le seul à marquer son désaccord. Il précise aussi qu’avec Défi, ils sont les seuls, côté francophone, à défendre la neutralité de l’Etat. Une proposition de loi a été déposée "pour que les choses changent";

La question du voile s’est imposée dans les débats suite à une affaire concernant la STIB à Bruxelles (condamnée par le tribunal du Travail de Bruxelles pour discrimination à l’égard d’une femme musulmane voilée).

"Le rôle de l’Etat est de garantir les libertés de chacun et justement si vous voulez garantir les libertés de chacun, vous devez être neutre", explique Georges-Louis Bouchez comparant ce rôle à celui d’un arbitre de football qui doit être neutre. Le président du MR rappelle aussi qu’il n’a jamais parlé d’un signe convictionnel en particulier. "J’ai toujours évoqué la question des signes convictionnels philosophiques, religieux et politiques ostentatoires", précise-t-il. Et de poser cette question : "Est-ce que les mêmes personnes qui aujourd’hui prônent le port de certains signes convictionnels ne seront pas les premières à contester le fait, par exemple, que des gens d’extrême droite, alors je ne mets pas ces convictions sur le même pied, qu’on soit bien d’accord là-dessus, mais ce sont des convictions… Et donc si on autorise les convictions, on doit toutes les autorisés et cela va être invivable. Cela apporte atteinte au vivre ensemble".


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La question de l’emploi

Pour Georges-Louis Bouchez la question n’est pas compliquée et la solution avait été trouvée avec l’arrêté royal de 1937, le statut Camu, qui régit le statut des agents statutaires de l’Etat qui dit que "l’apparence des agents doit être neutre". Quant à l’accès à l’emploi, le président du MR explique qu’"on n’empêche pas les gens de travailler. Si vous voulez travailler pour l’Etat, on vous demande simplement d’être neutre et donc de retirer votre signe convictionnel le temps de votre fonction". Il rappelle aussi qu’en tant que parti libéral, le MR se bat pour la liberté de porter son signe convictionnel dans l’espace public, chez les employeurs privés qui l’acceptent. Mais "pour permettre cette diversité d’expression de convictions, il faut que l’Etat, lui soit neutre". Le MR, précise son président, va présenter prochainement un projet de lutte contre les discriminations au logement et à l’emploi avec des mesures concrètes. Le projet va particulièrement se focaliser sur la formation.

Le texte sera remis dans les différentes assemblées, mais apparemment au MR Wallon on n’est pas forcément prêt à importer ces débats. A propos du projet discrimination, "il n’ y a pas de grenouillage dans mon parti, explique Georges-Louis Bouchez. Qui précise que son parti est le seul à être totalement unifié. "On dit la même chose en Wallonie et à Bruxelles sur la question de la neutralité". Le texte a d’abord été déposé à Bruxelles, au fédéral et il sera déposé dans les différents parlements "selon l’évolution des différentes situations". Le président du MR se dit assez surpris que le parti Ecolo ne milite pas pour le port de signes convictionnels à la TEC, puisqu’il milite pour le port de signes convictionnels à la STIB.

Financement des cultes

Si l’on suit le raisonnement du président du MR, le financement des cultes ne remet-il pas aussi en cause la neutralité totale de l’Etat ? Pour Georges-Louis Bouchez, ce n’est pas le cas, parce que les cultes reconnus sont financés de façon proportionnelle. "Tous les cultes (reconnus) sont financés. Si l’Etat Belge finançait exclusivement le culte catholique, il porterait atteinte à la neutralité". Pour le président du MR il y a donc une neutralité parce qu’il y a partage.

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