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Geneviève Damas : "Dans la lecture d'un livre, le but est de faire une expérience sensible d'autrui"

Geneviève Damas : "Dans la lecture d'un livre, le but est de faire une expérience sensible d’autrui"
02 nov. 2017 à 15:32 - mise à jour 02 nov. 2017 à 15:48Temps de lecture2 min
Par Margot Dubuisson

L’auteur belge Geneviève Damas sera l'un des 6 écrivains présents lors de la Nuit des Ecrivains, un événement La Première/Passa Porta qui aura lieu le 6 novembre prochain. Elle était l'invitée d'Emmanuel Kherad dans La Librairie francophone en juin dernier, pour la sortie de son dernier roman, Patricia. 

"Si tu passes la rivière", premier roman de l’auteur, lui avait valu les prix Rossel et des Cinq continents. Aujourd’hui, elle publie chez Gallimard un roman à 3 voix sur le drame des migrants. "Patricia" raconte l'histoire d'un homme de Centrafrique qui arrive au Canada, rencontre une touriste française blanche et dissimule sa famille restée au pays, dont sa fille Vanessa, âgée de 12 ans.

Est-ce que ce livre raconte une histoire ordinaire? "Le fait de devoir dissimuler le fait qu’on est migrant ou réfugié, c’est malheureusement ordinaire", répond Geneviève Damas. "Ces gens sont dans une situation de survie, tout ne peut pas être dit, il faut pouvoir s’échapper. Ce serait terrible de dire que c’est une situation ordinaire, mais l’on sait que l’été passé, il y avait 4.000 personnes en mer Méditerranée tous les jours. Cela rend les situations pas quotidiennes, on va dire…"

Quand le héros du livre, Jean, arrive à la frontière du Canada, au moment du "filtrage", il se rend compte que cela va être compliquée pour lui. Il prend la mesure des fils, de la situation, de la paperasserie administrative, il voit que rien n’évolue et au final, il va être reconduit à la frontière. La seule solution sera alors de s’évaporer dans la nature.

"Nous sommes les héritiers d’une dette morale envers le Congo"

Pour Geneviève Damas, en Belgique, on fustige trop la migration économique. "Quand on dit aujourd’hui que leur problématique n’est pas la nôtre, c'est oublier le fait qu’à l’époque, on a allègrement pillé le Congo. L’uranium qui a servi a fabriquer les bombes de Hiroshima et Nagasaki venait du Congo et la Belgique s’est redressée grâce à la revente de cet uranium. C’est trop simple de dire: vous êtes là-bas, on est ici. Nous sommes les héritiers d’une dette morale envers ces pays et nous sommes liés historiquement, politiquement et économiquement à eux. Il est temps d’envisager cela de manière un peu plus large."

Dans son livre, Geneviève Damas démontre, à travers le personnage de Vanessa, le destin forcé de ces migrants qui subissent plus qu’ils ne profitent des pays occidentaux. Car pour l'auteur, "personne ne quitte son pays d’origine de son plein gré. Ceux qui le font de manière volontaire ont souvent une idée erronée de ce que va être le pays d’accueil. Ils sont partis vers l’Eldorado et se retrouvent coincés dans une vie dans laquelle ils ne peuvent se développer. Ils finissent par se dire qu’ils ont raté leur vie car la plus grande des forces reste d’être avec les gens qu’on aime."

"Les pensées et points de vue s'ouvrent quand on fait l'expérience d'une vie d'un autre"

Le livre de Geneviève Damas est au final presque documentaire. "Je trouvais important qu’il y ait une véracité car selon moi, quand on lit un livre, le but est de faire une expérience sensible d’autrui. Quand on fait l’expérience d’une vie d’un autre, les pensées peuvent s’ouvrir, les points de vue peuvent changer. Dans ce livre, j’avais envie que le lecteur puisse être au plus proche de l’individu pour qu’il ait une empathie pour lui et qu’il adopte un autre regard. Dire que les migrants sont là pour nous voler nos allocations, c’est être complètement dans le faux. La proportion de migrants qui sont dans cette situation est minime."

 

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