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Gêne respiratoire, difficultés d’apprentissage : qu’en est-il du masque pour les enfants ?

Gêne respiratoire, difficultés d’apprentissage : qu’en est-il du masque pour les enfants ?
08 déc. 2021 à 06:59 - mise à jour 08 déc. 2021 à 15:335 min
Par Am.C.

La mesure, annoncée à l’issue du comité de concertation de ce vendredi 3 décembre, a agité le monde scolaire pendant plusieurs jours : depuis ce lundi 6 décembre, les enfants à partir de six ans doivent porter un masque à l’école. Couplée à la ventilation des locaux et l'installation d'appareils de mesure de CO2, cette mesure vise à contrer l’épidémie de Covid-19 qui se propage dans les classes depuis quelques semaines.

Plusieurs pétitions circulent pour s’opposer à cette mesure. La plus partagée d’entre elles, titrée "NON au port du masque à partir de 6 ans !" a déjà récolté quelque 38.000 signatures. On y trouve cette citation d’une pédiatre française, tirée d’un article en ligne : "Il y a une perte de facultés respiratoires du coup les enfants somnolent, ne retiennent pas bien en classe. Certains ont la sensation d’étouffer."


►►► A lire aussi : Bruno Humbeeck après le Codeco : "Ce qui nuit très fort à la santé mentale, ce n’est pas le masque mais une communication distordue"


Gêne, démangeaisons, difficultés de concentration… pour éviter ces désagréments, la ministre de l’Education Caroline Désir a précisé que les enfants peuvent enlever leur masque pendant certains moments de pause. Et ce, comme elle l’a dit sur RTL-TVI le 3 décembre dernier, "pour reprendre [leur] souffle".

Le saturomètre, un outil fiable ?

Ce fameux masque empêche-t-il pour autant de respirer correctement ? Certaines expériences individuelles partagées sur les réseaux sociaux font état d’une baisse de l’oxygénation, photos de saturomètre à l’appui. "Un saturomètre sert à mesurer la saturation en oxygène, expliquait il y a quelques mois Charlotte Martin, infectiologue au CHU Saint-Pierre à Bruxelles, sur notre site internet. On le place sur le doigt et cela calcule le taux d’oxygène dans le sang. Ce n’est pas parfait car pour avoir un vrai taux en oxygène dans le sang, il faut faire une prise de sang artérielle et on peut alors être précis. Le saturomètre va donner une estimation."

Un outil pas parfait… et parfois mal utilisé comme le note France Info dans un article sur la fiabilité des saturomètres. "Si la pince est mal mise au bout du doigt, on peut avoir un mauvais signal. Il faut aussi vérifier que l’appareil soit adapté à la taille du petit doigt de l’enfant", souligne Camille Taillé, pneumologue à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris, interrogée par nos confrères.

Concernant le port du masque lui-même, Thomas Gille, pneumologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny interrogé par France Info, souligne qu'"un masque chirurgical, ce n’est pas du cellophane qu’on plaquerait sur les voies respiratoires. Ce n’est pas capable de bloquer les molécules d’oxygène, qui sont minuscules, bien plus petites qu’un virus. Thomas Gille cite l’exemple des porteurs de lunettes :"Si on a de la buée sur les lunettes, c’est bien qu’il y a de l’air qui passe à travers le masque et sur les côtés."

Des études à lire attentivement

Et la littérature scientifique, qu’en pense-t-elle ? Comme nous l’expliquions ce lundi, les études sur les inconvénients du masque porté par les enfants souffrent des mêmes biais que celles sur les avantages produits : elles manquent souvent de recul et de point de comparaison objectif. Une étude française menée auprès de 2954 personnes relève malgré tout qu'"un peu plus du quart des enfants ont ressenti une gêne respiratoire attribuée au masque".

Par ailleurs, peut-on lire en guise de conclusion de cette étude française, "les effets secondaires relevés par les parents étaient fréquents, même s’ils étaient souvent bénins. Il est à noter que les effets secondaires ont été considérablement réduits lorsque les parents ont adhéré à la mesure de port du masque. Par conséquent, les parents doivent être motivés en renouvelant constamment les explications à leurs enfants et la justification de cette stratégie".

Une autre étude, allemande celle-là et menée en 2020, note que 12% des enfants ont une respiration accélérée. Les personnes qui ont répondu ont rentré des données pour un total de 25.930 enfants. Mais, observent les auteurs et c’est loin d’être un détail, l’enquête n’a pas été diffusée partout de la même façon (38,5% des répondants ont indiqué avoir un diplôme universitaire) et les questionnaires ont surtout circulé dans des groupes sur les réseaux sociaux qui "critiquent les mesures contre le Covid mises en place par le gouvernement".

  Total 0-6 ans 7-12 ans 13-18 ans
Sensation de faiblesse 3820
(14.7%)
300
(7.5%)
2020
(14.0%)
1500
(20.0%)
Douleur dans l’abdomen 3492
(13.5%)
397
(9.9%)
2292
(15.9%)
803
(10.7%)
Respiration accélérée 3170
(12.2%)
417
(10.4%)
1796
(12.5%)
957
(12.7%)

A l’organisation Mondiale de la Santé, on reconnaît que le port du masque est "inconfortable" et qu’il "réduit la capacité à respirer aisément". D’où cette recommandation (p. 13 d’un document publié en décembre 2020) "de ne pas porter de masque pendant la pratique d’une activité physique d’intensité soutenue". Signalons que la circulaire officielle de la ministre de l’Education précise bien que "le masque peut être ôté pendant les repas et dans le cadre des cours d’éducation physique."

"L’utilisation prolongée de masques médicaux peut être inconfortable, mais elle n’entraîne ni intoxication au CO2 ni manque d’oxygène", affirme encore l’OMS sur son site internet. L’Organisation qui conseille, "au moment de porter un masque médical, [de veiller] à ce qu’il soit correctement ajusté et qu’il soit suffisamment serré pour vous permettre de respirer normalement".


►►► À lire aussi : L’OMS appelle à mieux protéger les enfants, actuellement les plus touchés, partout, par le Covid


Difficultés d’apprentissage ?

Autre affirmation portée par la pétition évoquée au début de cet article : "Le port du masque a des conséquences cognitives, sur les capacités d’apprentissage [des enfants], d’écoute, d’attention." Selon l’étude allemande citée plus haut, 38% des enfants interrogés ont indiqué avoir des troubles d’apprentissage. Ce chiffre monte à 48% chez les 13-18 ans. Mais ces troubles sont-ils liés uniquement au port du masque ? Les auteurs de l’article scientifique émettent des réserves sur ce point.

L’étude française évoquée au point précédent rapporte, elle, que 45,2% des répondants ont signalé des changements non précisés dans l’humeur de leurs enfants.

Interrogé à ce sujet le 3 décembre dernier, Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons, faisait cette observation : "Parfois, au niveau de l’apprentissage de la langue, les enfants ne sont pas aidés car ils ne voient pas les mouvements des lèvres. Il faut alors compenser autrement. Dans les pays asiatiques, ils le font depuis des années."

Le psychopédagogue se voulait cependant optimiste. "On sait que le masque n’a pas de répercussions sur la santé mentale des enfants. Même d’un point de vue émotionnel, les enfants 'compensent' très jeunes dans leur développement. Quand ils ne voient plus la bouche, ils regardent les yeux, des marqueurs émotionnels de la même intensité."

C’est en tout cas le résultat d’une étude américaine menée il y a tout juste un an auprès de 81 enfants. "Les auteurs ont constaté que les enfants étaient en mesure de déduire les émotions du sujet (lesquelles ont été limitées à des émotions négatives, comme la tristesse, la peur et la colère), et ce, même lorsqu’une partie du visage était recouverte, ce qui laisse entendre que le port du masque n’a pas de répercussions importantes sur les interactions sociales d’un enfant", résume un document officiel des services de Santé publique de l’Ontario, une province du Canada.

Le débat scientifique concernant l’utilité du port du masque par les enfants n’est pas clos pour autant. Et il s’inscrit dans une lutte plus large contre le virus qui passe notamment par une aération efficace des locaux et l’installation de détecteurs de CO2.


►►► À lire aussi : Le masque à l’école diminue-t-il réellement la transmission ? Que disent les études sur le sujet ?


 

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