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Belgique

Geert Noels sur l’inflation énergétique : « Ce n’est pas Big Pharma, mais Big Government le problème en Belgique »

L'invité de Matin Première: Geert Noels, économiste

Quelle est la marge de manœuvre des autorités politiques face aux géants de l'Energie ?

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28 mars 2022 à 07:39 - mise à jour 28 mars 2022 à 10:58Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin (RTBF info)

Les prix de l’énergie augmentent énormément… et surtout en Belgique. En février 2021, le taux d’inflation atteignait les 9,5% en Belgique contre 5,9% en zone Euro. "Et dans les pays voisins, le taux est encore plus bas", confiait ce matin l’économiste Geert Noels à Thomas Gadisseux dans "Matin Première". "Cela s’explique par le fait que l’inflation énergétique de février 2022 se chiffre à 66% par rapport à février 2021 en Belgique alors que dans la zone Euro, l’inflation se chiffre à 32%, la moitié", ajoute le CEO de la société de gestion de patrimoine "Econopolis".

Une situation qui découlerait selon lui de vingt ans de mauvaise gestion. "Les taxes, les intercommunales, le monopole de certains joueurs dans notre marché énergétique… toutes ces décisions augmentent bien plus les prix de l’énergie dans le pays que dans le reste de la zone Euro." Pour lui, ce n’est pas à l’Europe de trouver des solutions, mais au gouvernement belge de mieux gérer la crise.

"Il n’y aura de vraie relance que si le gouvernement fait un pas de côté, gère bien ses affaires et laisse un rôle plus important aux entreprises", estime-t-il. Entreprises n’ont eu d’autre choix que de s’adapter durant l’épidémie, la crise climatique et ukrainienne devant un gouvernement de plus en plus important.

Mais n'est-ce pas l’Etat qui a sauvé une partie de l’économie durant la crise sanitaire ? Ce à quoi l’économiste répond : "On parle beaucoup de Big Tech et Big Pharma, mais c’est en fait Big Government qui est un problème en Belgique. C’est le gouvernement qui, à tous les niveaux, a l’impression d’être obligé de faire de plus en plus alors qu’il doit gérer ses affaires et se replier sur ses rôles les plus importants. Et là le gouvernement rate beaucoup."

Négocier avec Engie

Le 16 mars dernier, la ministre fédérale de l’Energie, Tinne Van der Straeten actait la prolongation de deux réacteurs nucléaires dans une note au gouvernement.

Les ministres auraient-ils dû davantage négocier pour garantir un meilleur pouvoir d’achat aux ménages ? "Je pense que nous sommes dans une position de faiblesse", répond Geert Noels. "Il y a un monopole. Notre position énergétique dépend de la stratégie d’Engie. Nous avons manqué une occasion en 2005 de garder des cartes en mains pour bien négocier les intérêts des Belges et cela complique les négociations que nous devrons faire à l’avenir. Engie se spécialise de plus en plus dans les centrales à gaz et dans les énergies alternatives et n’a pas envie de prolonger les centrales nucléaires. Nous le paierons d’une façon ou d’une autre ", affirme-t-il.

Nous n'avons pas beaucoup de marge de manœuvre puisque nous n’avons pas créé de compétition dans les marchés énergétiques

Et pour cause, "On est en train de faire deux transitions énergétiques : l’une vers les énergies alternatives et l’autre vers l’abandon du nucléaire. Pour n’importe quel pays, opérer deux transitions énergétiques est très difficile puisque dans les 10 ans à venir, tout le potentiel que nous sommes en train d’investir dans les énergies alternatives sera à peine suffisant pour remplacer les excès d'émission qu’on est en train de faire à cause des centrales de gaz."

Enfin à la question de la redistribution des gains engendrés par les grands groupes à la population, l’économiste se montre très pessimiste : "Une rente nucléaire ne peut se payer que s’il y a des excès de gains. C’est le cas ici des centrales nucléaires. Mais bonne chance", déclare-t-il. "Nous n’avons pas beaucoup de marge de manœuvre puisque nous n’avons pas créé de compétition dans les marchés énergétiques. Ou le gouvernement devra intervenir et nationaliser l’énergie, ce qui est une boîte de Pandore, ou il devra négocier contre un géant qui a toutes les cartes en main…"

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