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Garden party en plein confinement : Boris Johnson s’excuse, il pensait être à une réunion de travail

Des excuses inhabituelles pour Boris Johnson
12 janv. 2022 à 12:31 - mise à jour 12 janv. 2022 à 15:125 min
Par Jean-François Herbecq avec agences

Boris Johnson sous pression au Parlement de Westminster. Il se livre à l’exercice inhabituel pour lui des excuses. Il doit essuyer des demandes de démission de la part de l’opposition.

Le Premier ministre britannique a présenté mercredi ses "excuses"  à la population britannique "du fond du coeur". "Je comprends la colère qui les anime à mon encontre et à l'encontre du gouvernement que je conduis lorsqu'ils imaginent qu'à Downing Street, les règles ne sont pas respectées par ceux qui font les règles", a-t-il dit, visiblement embarrassé mais il a affirmé qu’il était "techniquement" dans les règles. Boris Johnson reconnaît avoir fait une apparition à un rassemblement dans les jardins de Downing Street le 20 mai 2020 en plein confinement, affirmant qu’il croyait "implicitement" qu’il s’agissait d’une réunion de travail. Une ligne de défense immédiatement coulée par un tweet de son ancien conseiller en chef Dominic Cummings qui affirme que l’invitation à boire un pot au jardin était clairement un événement social et non du boulot.

 
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Avec le recul, ajoute Boris Johnson, il aurait dû renvoyer tout le monde à l’intérieur et trouver un autre moyen de remercier le personnel.

La fête de trop en plein confinement

C’est la révélation d’une "garden party" en plein confinement qui a plongé Boris Johnson dans l’embarras. Un pot dans les jardins du 10 Downing Street avec de 30 à 40 de personnes en mai dernier alors que les Britanniques étaient soumis à de sévères restrictions sociales liées au Covid. "Apportez vos bouteilles", précisait l’invitation lancée par le secrétaire particulier de Boris Johnson, Martin Reynolds, à une centaine de personnes, dont le Premier ministre et sa future épouse Carrie.

 

Duplex dans notre 13h:

Des manifestants devant Westminster

Une fête de plus après les révélations de la fin de l’an dernier. Les enquêteurs se penchent déjà sur celles qui auraient été organisées en mai, novembre et décembre 2020 dans les cercles du pouvoir : vin et fromage au soleil, pot de départ ou quiz virtuel…

Devant les députés ce mercredi, le Premier ministre britannique a minimisé la durée de la "party" et expliqué qu’il pensait que l’événement respectait les règles sanitaires alors en vigueur, assumant la "responsabilité" des "erreurs" qui ont été commises. Sous les huées de ses opposants au Parlement, il se retranche derrière les conclusions à venir de l’enquête.

Demandes de démission, le parti conservateur peut trancher

Toute l’opposition, les travaillistes, le SNP écossais et les libéraux démocrates, ne se satisfait pas de ces excuses.

Le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, a réclamé la démission de Boris Johnson, un "homme qui ne connaît pas la honte" : "Sa défense qui consiste à dire qu’il ne savait pas qu’il était à une fête est tellement ridicule que c’est en fait insultant pour le public britannique", a déclaré Keir Starmer lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement.

"Aura-t-il maintenant la décence de démissionner ?", a-t-il ajouté, accusant le dirigeant conservateur de "mentir comme un arracheur de dents".

Un autre travailliste, Toby Perkins, rappelle qu’il y aura toujours des premiers ministres "avec lesquels nous ne sommes pas d’accord", mais ajoute qu’il n’y en a jamais eu un qui "a dégradé sa fonction comme celui-ci" en notant au passage que Boris Johnson a été limogé de deux emplois précédents pour avoir menti.

Le leader des libéraux démocrates, Ed Davey, qualifie la "tentative d’excuse" du Premier ministre de "honteuse".

Un député du parti de l’Alliance nord irlandaise Stephen Farry juge que ces excuses ne suffisent pas et qu’elles arrivent "trop tard".

Le chef du parti nationaliste écossais SNP aux Communes Ian Blackford demande aussi la démission du Premier ministre : "Le Premier ministre se tient devant nous accusé d’avoir trahi la confiance de la nation, de traiter le public avec mépris, d’avoir enfreint les lois édictées par son propre gouvernement".

Le Premier ministre britannique est également contesté dans son propre camp conservateur. Mais les élus Tories iront-ils aussi loin que la démission ?

Selon Rachel McClean, "la loi s’applique à tout le monde, y compris le Premier ministre et il y a des conséquences à la violer". Mais la députée conservatrice ne va pas jusqu’à demander la démission du Premier ministre s’il était prouvé qu’il a enfreint la loi.

Un autre, Christopher Chope, estime que les excuses de Boris Johnson étaient "véritbalement sincères"...

Deux ans après sa victoire électorale historique, Boris Johnson a vu sa popularité, longtemps inoxydable, chuter ces derniers mois.  

Pour renverser Boris Johnson, un vote de défiance au sein de son parti suffirait. Ce sera aux élus conservateurs de décider s’ils se satisfont de ces excuses ou pas. Fait rare, après les questions au Parlement, le Premier ministre a pris la direction du "tearoom" des députés, sans doute pour chercher du soutien dans ses propres rangs...

Verbatim : les excuses in extenso de Boris Johnson

"Monsieur le Président, je tiens à m’excuser. Je sais que des millions de personnes partout dans le pays ont fait des sacrifices extraordinaires au cours des 18 derniers mois. Je connais l’angoisse qu’ils ont vécue – incapables de pleurer leurs proches, incapables de vivre leur vie comme ils le souhaitent ou de faire les choses qu’ils aiment. Et je sais la rage qu’ils ressentent contre moi et contre le gouvernement que je dirige, quand ils pensent qu’à Downing Street même, les règles ne sont pas correctement suivies par les personnes qui édictent les règles."

Boris Johnson face aux Communes

"Et bien que je ne puisse pas anticiper les conclusions de l’enquête en cours, j’en ai suffisamment appris pour savoir qu’il y avait des choses que nous n’avons tout simplement pas comprises et que je dois en assumer la responsabilité. Le numéro 10 est un grand département avec le jardin comme extension du bureau – qui a été constamment utilisé en raison du rôle de l’air frais dans l’arrêt du virus. Et quand je suis entré dans ce jardin juste après six heures le 20 mai 2020, pour remercier des groupes de personnel avant de retourner dans mon bureau 25 minutes plus tard pour continuer à travailler, j’ai cru implicitement qu’il s’agissait d’un événement de travail."

"Mais, Monsieur le Président, avec le recul, j’aurais dû renvoyer tout le monde à l’intérieur, j’aurais dû trouver un autre moyen de les remercier et j’aurais dû reconnaître que même si l’on pouvait dire techniquement qu’il s’inscrit dans les directives, il y aurait des millions et des millions de personnes qui ne le verraient tout simplement pas ainsi. Des personnes qui ont terriblement souffert – des personnes à qui il était interdit de rencontrer des êtres chers, à l’intérieur ou à l’extérieur. Et à eux et à cette maison, je présente mes plus sincères excuses. Et tout ce que je demande, c’est que Sue Gray soit autorisée à terminer son enquête sur ce jour-là et plusieurs autres afin que tous les faits puissent être établis."

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