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"Futur proche" de Jan Martens à la Cour d’Honneur du Palais des Papes : danser la résilience

FUTUR PROCHE
22 juil. 2022 à 11:00 - mise à jour 22 juil. 2022 à 15:00Temps de lecture3 min
Par Tania Markovic avec le soutien de WBI

Pour la deuxième année consécutive, le chorégraphe flamand Jan Martens est de retour au Festival "In" d’Avignon avec sa nouvelle création intitulée "Futur proche". Après "Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones" qui abordait la notion de révolte et de résistance en évoquant des mouvements aussi divers que les Gilets Jaunes, les manifestations chiliennes de 2019 ou encore Black Lives Matter, Jan Martens continue d’explorer notre monde contemporain à travers une question brûlante d’actualité : que faire face à l’urgence climatique ? Une problématique qui résonne chaque jour de plus en plus à l’heure où d’immenses incendies font rage en Europe et où la ville d’Avignon s’est retrouvée sous une pluie de cendres à la veille de la création dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

Pour la première fois, Jan Martens travaille avec un corps de ballet déjà constitué, avec ce que cela comporte de contraintes et de hiérarchie entre ses membres. "L’Opera Ballet Vlaanderen est actuellement en transition", explique le chorégraphe. Il poursuit :

J’ai décidé de ne pas travailler avec cette hiérarchie inhérente au ballet. Dans mon travail, il est important qu’il y ait une sorte de démocratie sur scène, que chaque performeur ait sa part. J’ai pu constater très vite que les danseurs étaient justement prêts à abandonner cette hiérarchie. Je venais avec des préjugés sur ce que peut être le corps de ballet d’une grande institution classique comme l’est l’Opera Ballet Vlaanderen et j’ai été agréablement surpris de constater la diversité des danseurs et leur ouverture d’esprit. Leur désir de créer quelque chose de différent de ce dont ils ont l’habitude était incroyablement beau.

Sur l’immense plateau de la Cour d’Honneur, deux enfants d’une douzaine d’années se mêlent aux danseurs de l’Opera Ballet Vlaanderen. Jan Martens aime créer des rencontres entre des personnalités singulières dans ses créations, il souhaiterait que cela devienne la norme et ne soit même plus questionné. En attendant, la présence d’enfants sur le plateau n’a rien d’anecdotique. Comment questionner le futur s’il n’est pas sur scène ?

Dans "Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones", le corps de ballet était très hétérogène. Les dix-sept interprètes, âgés de 18 à 70 ans, venaient de tous les horizons et avaient donc des bagages artistiques et des pratiques très diverses. Jan Martens avait décidé d’unifier le groupe en utilisant notamment un code couleur commun pour les costumes. Son but ? Trouver une harmonie dans un ensemble au départ hétéroclite afin de montrer qu’un corps de ballet peut être différent de ceux qu’on a l’habitude de voir sur les grandes scènes. Dans "Futur proche", c’est le contraire qui s’opère. Jan Martens nous a expliqué ce parti pris :

Avec "Futur proche" j’ai cherché à m’éloigner de l’esthétique traditionnelle avec ses costumes similaires les uns aux autres et proches du corps. Mon souhait était de mettre en avant des individus et de m’éloigner de la richesse d’une institution comme l’OBV. Quand on pense aux grandes compagnies, on a une vision d’opulence, on imagine le faste des décors, des costumes… Ici je voulais quelque chose de très modeste. D’ailleurs les costumes viennent des stocks de l’OBV. L’esthétique n’est pas nette, le décor a l’air vieux, les couleurs sont dépareillées. C’était important de trouver une esthétique de crise car nous sommes en crise.

FUTUR PROCHE
FUTUR PROCHE Christophe RAYNAUD DE LAGE

Si Jan Martens met en scène la crise écologique sur le plateau, c’est toujours avec beaucoup de finesse. Pas besoin de scander des slogans pour glisser quelques messages bien sentis. Quand des prédictions formulées en 1900 sur notre époque actuelle s’affichent sur le mur de la Cour, on s’aperçoit que le choix des citations regorge d’humour. Jan Martens aime les biais détournés, le "petit pas de côté", au sens propre comme au figuré. Il n’impose pas de vision unique au public. Chaque tableau est sujet à interprétation. L’onirisme ou la métaphore ne sont jamais loin. Les danseurs sont accompagnés tout du long par la claveciniste Goska Isphording qui joue un répertoire contemporain. Le clavecin, instrument tombé en désuétude au XIXe siècle, supplanté progressivement par le piano et qui aura lutté pour sa survie, symbolise une invitation à nous réinventer. Si "Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones" questionnait l’immobilité comme moyen de résistance, "Futur proche" montre la difficulté de se mettre en mouvement. Les danseurs sont comme empêchés dans leurs gestes. L’idée du mouvement classique peut être contrariée par un autre danseur dans un langage différent. Et pourtant, la pulsion de vie est là, la résilience se dessine en arrière-plan.

Retrouvez Jan Martens au micro de Tania Markovic

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Informations pratiques

"Futur Proche", le nouveau spectacle de Jan Martens est à l’affiche du festival d’Avignon jusqu’à ce dimanche 24 juillet. Le spectacle arrive en Belgique. Il sera présenté en septembre prochain au Singel à Anvers

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