Fusion entre TF1 et M6 : quelles conséquences pour le marché des médias en Belgique ?

25 mai 2021 à 06:50Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

TF1 et M6 ont annoncé leurs fiançailles la semaine dernière. Bouygues, maison mère de TF1, va acheter 30% de M6, filiale de l’allemand Bertelsmann, pour 641 millions d’euros.

Autrement dit, le mariage entre Koh Lanta et Top Chef est dans l’air. Et si les autorités de concurrence autorisent ce rapprochement, cela devrait donner naissance à un véritable géant télévisuel outre-Quiévrain.

Les deux groupes possèdent dix chaînes hertziennes à eux deux, ils totaliseraient 30% de l’audience en France et représenteraient les trois quarts du marché publicitaire.

C’est donc un grand mouvement de concentration en perspective, une tendance lourde ces dernières années en Europe, selon Philippe Bailly, qui est expert en économie des médias chez NPA Conseil.

La France va se rapprocher de ce qui existait déjà ailleurs

"En fait, ce qu’on est en train de faire aujourd’hui en France, c’est finalement de se rapprocher de ce qui existe déjà en Italie ou en Grande-Bretagne, par exemple, depuis des décennies, où il y a un grand groupe public, la RAI ou la BBC, et où il y a un grand opérateur privé, ITV ou Mediaset. Donc, finalement, la France va se rapprocher de ce qui existait déjà ailleurs", explique-t-il.

Est-ce quand même un mariage de raison ? Une manière pour les vieux médias audiovisuels de se protéger de la concurrence des nouveaux médias, comme Amazon ou encore Netflix ?

En partie, parce qu’avec ses 200 millions d’abonnés pour Netflix, 100 millions pour Amazon, pour ne parler que de ces deux-là, la puissance de feu des plateformes est colossale.

"Une petite opération" à l’échelle planétaire

Les médias dits classiques tentent d’unir leurs forces, de mutualiser leurs moyens de production, de partager l’achat de droits d’auteur, de mettre en place des synergies, mais même si le mariage entre TF1 et M6 est présenté comme une méga fusion, pour Philippe Bailly, pas de quoi faire de l’ombre aux plateformes payantes et à leur positionnement planétaire.

"Ce qui apparaît comme une méga fusion, comme on a pu le lire en France, à l’échelle planétaire — et le numérique aujourd’hui, c’est l’échelle planétaire — est une petite opération. Apparemment, pour ce qu’on lit des États-Unis, Amazon est prêt à mettre pas loin de 10 milliards de dollars pour racheter MGM et Warner, et 30 milliards sur Discovery. On n’est pas dans les mêmes ordres de grandeur."

Cette fusion entre les deux télés françaises pourrait avoir des répercussions en Belgique. Car Bertelsmann, qui est aussi l’actionnaire de M6, dans sa politique de recentrage sur son marché domestique, a décidé de vendre aussi ses filiales néerlandaises et belges.

En clair, RTL Belgique est à vendre. Selon le journal L’Écho, jusqu’à présent, les quatre candidats au rachat de RTL Belgique sont tous belges.

Conséquences en Belgique ?

Mais la logique industrielle pourrait faire qu’à la lumière de son rapprochement avec M6, TF1 soit aussi intéressé par RTL Belgique, comme l’explique Frédéric Antoine, expert des médias et professeur émérite à l’UCLouvain : "Ce serait cohérent parce qu’il y a des liens historiques en termes de contenu de programmes entre M6 et RTL Belgique, que ce soit pour des programmes de RTL Belgique en télévision ou que ce soit au niveau de la radio. Maintenant que TF1 possède M6, s’il s’intéressait à RTL Belgique, la circulation de programmes au sein de M6 et de RTL Belgique pourrait continuer."

Quant à savoir quelles seraient les implications pour la RTBF si TF1 rachetait RTL Belgique, ça pourrait éventuellement remettre en cause les partenariats existants entre TF1 et la RTBF. La RTBF coproduit ou achète des programmes de TF1, dont la série à succès HPI. Mais globalement, cette tendance à un repli des télés privées sur leur marché domestique pose question aux opérateurs publics.

Selon Frédéric Antoine, "la question qui se pose aux opérateurs publics est de savoir si leur but est de concurrencer sur le même terrain les opérateurs privés ou de développer ce qui fait leur spécificité. Si les opérateurs privés ont constitué des barrières par rapport aux plateformes, c’est parce qu’une bonne partie de ce qu’ils proposent comme opérateurs de télévision est équivalente à ce qu’il y a sur les plateformes".

Ces grandes manœuvres de télévisions privées qui se regroupent et se replient sur leur territoire pour tenter de contrer l’offensive des plateformes vont donc obliger tout le landerneau médiatique à se reconfigurer. Une belle invitation, donc, pour les opérateurs publics à plus que jamais cultiver leur différence.

Sur le même sujet

Le géant des médias Bertelsmann-RTL renonce à céder M6

Actu médias

Articles recommandés pour vous