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Funérailles : il y a beaucoup à inventer comme rituels et comme symboles

Funérailles : il y a beaucoup à inventer comme rituels et comme symboles
17 nov. 2021 à 11:145 min
Par RTBF La Première

Aujourd’hui, les tendances en matière de funérailles ont beaucoup changé, tant dans l’esprit des familles que des futurs défunts, qui souhaitent souvent en prévoir les modalités. Près d’un tiers des obsèques donne lieu à une cérémonie civile. Une décision qui laisse souvent les familles face à un vide symbolique qui peut être déroutant. Choix du lieu et du maître de cérémonie, faire-part, discours, musique d’enterrement, objets symboliques, gestes rituels… le livre 'Un enterrement comme je veux !' (Ed Eyrolles) de Sarah Dumont propose des pistes de réflexion, des solutions concrètes pour l’organisation de l’enterrement d’un proche ou pour pouvoir anticiper le sien.


Où organiser un enterrement laïc ? Avec qui ? Comment écrire un discours d’enterrement ? Quels rituels inventer ? Comment faire de ce moment crucial un temps unique ?

On fait le point avec l’auteure d''Un enterrement comme je veux !' (Ed Eyrolles), la journaliste française Sarah Dumont, qui a également créé le site HappyEnd.Life, et avec le président de la Fédération wallonne des entrepreneurs de pompes funèbres, Jean Geeurickx.


 

Si Sarah Dumont a choisi d’écrire ce livre, c’est parce qu’elle s’est rendu compte que, comme la mort fait très peur, c’est un moment qu’on n’anticipe pas, auquel on ne pense jamais de son vivant. Malheureusement, quand on est confronté au décès d’un proche, on a peu de temps pour l’organiser, on est abasourdi, on est dans la peine, et on n’est pas forcément libre de ce qu’on choisit puisqu’on n’a aucune information.

Pour moi, c’est trop dommage de rater l’enterrement de son proche, car ça aide énormément dans son cheminement de deuil. Donc c’est important de bien connaître toutes les possibilités.

De nouvelles pratiques

Le visage des pompes funèbres a énormément évolué, notamment parce que les demandes des familles ou les demandes anticipées des défunts ont beaucoup évolué aussi, explique le président de la Fédération wallonne des entrepreneurs de pompes funèbres, Jean Geeurickx.

"On fait participer de plus en plus les familles aux funérailles. Avant, elles subissaient, ici, elles sont actives, elles sont preneuses, elles participent à l’événement, et cela fait partie du deuil. […] C’est comme un mariage, on ne peut pas rater le décès non plus. C’est pour cela que ce métier est très sensible car la moindre erreur marque les familles."

Avec le Covid, le secteur a dû réagir rapidement, puisqu’on ne pouvait pas dépasser les 20 ou 30 personnes. Mais toute mauvaise chose aboutit sur du bon, observe Jean Geeurickx. Tout ce qui a été mis en place en urgence pendant le Covid continue maintenant. Par exemple, dans les crématoriums et les funérariums, les familles peuvent suivre les funérailles à distance.

Les cérémonies d’adieux sont devenues plus courtes, mais plus intenses au niveau de la parole. Dans les cérémonies civiles, les agents des pompes funèbres peuvent maintenant officier. Ils sont formés pour personnaliser l’hommage rendu au défunt.
 

Informer, proposer

Les gens préparent de plus en plus leur propre mort, notamment avec les assurances décès en ce qui concerne l’aspect financier, mais aussi avec de la musique, des poèmes. Mais lorsqu’on est pris de court, c’est aux pompes funèbres à faire des propositions et à guider la famille dans ses demandes, car "chaque personne a ses funérailles". Et les possibilités de personnalisation sont multiples !

Jean Geeurickx n’aurait par exemple jamais imaginé entendre au crématorium la chanson Allumez le feu. "Et finalement, on l’entend souvent. Et pourquoi pas ?"

Aux Arbres du Souvenir à Soleilmont, dans la forêt, des rites différents sont proposés pour rendre hommage aux défunts. "Le crématorium de Charleroi est un vrai parc. C’est joli. Les gens marchent, se recueillent, ils ne sont pas dans la tristesse, parce que c’est beau, c’est apaisant. Et c’est ce que les gens cherchent, c’est l’apaisement."

Ils cherchent aussi de l’information. Car peu savent par exemple qu’en Belgique, on peut reprendre les cendres chez soi, on peut même les disperser ou les inhumer chez soi, si on est propriétaire. Par contre, il faut des autorisations pour les disperser ailleurs.
 

La recherche de sens

Parmi les changements majeurs, Sarah Dumont relève en particulier ce souhait des familles de célébrer la vie de celui qui part et de ne pas être que dans les larmes. Sans hésiter parfois à s’affranchir des codes, pour refléter ce qu’était sa vie. Certains vont ainsi danser la samba à l’enterrement, amener un orchestre, redécorer le funérarium avec des éléments de la chambre d’un enfant décédé, etc…

"Les proches ont de plus en plus besoin d’être dans la recherche de sens dans ce moment-là. Ils ont besoin de reprendre le pouvoir, de redevenir acteurs lors de cet événement ultime."

En matière de funérailles civiles, il y a beaucoup à inventer comme rituels et comme symboles. Pourquoi se limiter à déposer une rose sur le cercueil ? Quand on s’intéresse vraiment au défunt, le geste d’hommage peut prendre des milliers de formes : un domino, une fraise tagada, un origami,…

C’est en partant d’une page blanche, en interrogeant la famille sur les goûts et la vie du défunt, que les professionnels des pompes funèbres peuvent aider les proches à faire émerger des souhaits qu’ils ne soupçonnaient peut-être pas au départ. Car les familles ont souvent peur de ce que l’on va penser.

"Je pense que le rôle des professionnels du funéraire, c’est de les aider à se faire confiance et à s’écouter. C’est vraiment comme ça qu’ils se sentiront en accord avec le défunt, qu’ils ne seront pas en dette et qu’ils se diront : ah oui, c’était vraiment lui ! Et ça, ça fait du bien à tout le monde."
 


>> A écouter aussi, sur Auvio, le reportage 'Croque-Madame' de Transversales, diffusé le 30 octobre dernier. C’est le nom de l’entreprise de pompes funèbres de Cléo Duponcheel. Elle aborde la mort autrement, et prône des funérailles plus durables et plus vertes.


 

Anticiper ses obsèques

Sarah Dumont propose des ateliers pour anticiper ses obsèques. Mais le fait de se projeter dans ses propres funérailles reste encore très difficile, assez tabou. "Il y a une forme de superstition. Est-ce qu’il va m’arriver quelque chose si je fais cette démarche ? C’est comme à l’époque, quand on prenait sa carte de donneur d’organes."

On le fait pour ceux qui restent. Elle entend trop souvent des familles qui culpabilisent parce qu’elles ne savent pas ce que le défunt aurait voulu. Beaucoup de conflits éclatent au sein des familles quand l’information n’a pas été donnée.

"Moi j’estime que, quand on est vivant, on a aussi un rôle, c’est d’être acteur, un minimum en tout cas, de sa mort et de formuler ses choix essentiels : est-ce que je veux une crémation, une inhumation ? Est-ce que je veux donner mon corps à la science ? Est-ce que je donne mes organes, et lesquels ? Est-ce que je veux une cérémonie civile ou religieuse ? Cela permet de mettre les choses au clair pour ceux qui restent."
 

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Funérailles, quelles sont les tendances actuelles ?

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