Guerre en Ukraine

Fuites sur les gazoducs Nord Stream : "C’est assez difficile de blâmer Moscou sans avoir plus d’informations pour le moment"

Le focus sur la sécurité internationale

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29 sept. 2022 à 11:28Temps de lecture5 min
Par Miguel Allo sur base d''une interview de François Heureux

Les images de ces vastes zones de remous en mer Baltique, témoins de fuites dans les gazoducs Nord Stream 1 et 2 qui relient la Russie à l’Allemagne étaient dans toute la presse ce mercredi. L’Europe dénonce des actes délibérés et met en garde contre les attaques ciblant ces infrastructures énergétiques.

Fuites Nord Stream: de vastes bouillonnements en mer Baltique filmés par l'armée danoise

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La première série d’autres attaques ?

Acte délibéré, c’est aussi la crainte de l’analyste militaire français Pierre Servent qui estime que ces sabotages sonnent comme un avertissement des Russes avant de nouvelles attaques : "Du côté de Moscou, l’intérêt est d’envoyer un message en disant : " Il y a d’autres gazoducs dans la région, dont un qui part de la Norvège notamment ". […] Je pense que le message est de dire : "L’hiver est en train d’arriver et nous avons la capacité de vous étrangler complètement ". Je pense que dans la riposte de Poutine, qui était terriblement humilié par les séquences de ces dernières semaines […] je pense qu’il a dû passer une sacrée raclée à ses conseillers militaires en leur demandant de fournir des idées, et je pense que dans ces idées, il va y avoir des menaces d’attentat sur les câbles Internet transatlantiques. Et l’histoire de la Baltique, je l’interprète comme étant le prélude à d’autres opérations de cette nature venant de Moscou."

C’est assez difficile de blâmer Moscou sans avoir plus d’informations pour le moment.

Pour sa part, Michael Éric Lambert, analyste à l’l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’est pas totalement d’accord avec l’analyse de Pierre Servent : "À la fois d’accord et pas d’accord, dans la mesure où ça peut effectivement être un message envoyé, mais on voit mal l’intérêt pour Moscou d’avoir attaqué Nord Stream", explique-t-il. En rappelant que le gazoduc n’était pas utilisé actuellement. Il ajoute que "ça aurait été beaucoup plus pertinent d’attaquer directement les infrastructures norvégiennes."

Pour ce spécialiste, les semaines à venir apporteront peut-être des réponses s’il y a par exemple une attaque sur les infrastructures, notamment en Norvège, ou encore sur les câbles sous-marins. "Mais la démarche et ce qui vient de se passer est assez confus et c’est assez difficile de blâmer Moscou sans avoir plus d’informations pour le moment."

Le gazoduc qui vient de Norvège et les câbles Internet sont-ils des cibles ?

Les deux installations que sont le gazoduc qui vient de Norvège ou les câbles Internet pourraient-elles être de prochaines cibles ?

"Les deux, catégoriquement", estime Michael Éric Lambert. Il précise que la Norvège renforce en ce moment la sécurité sur les infrastructures, "donc tout ce qui va permettre de fournir l’Europe en gaz". Et puis, "la Russie était également très intéressée par les câbles sous-marins qui transitent via le Royaume-Uni." Ces deux éléments laissent à penser à l’analyste de l’OSCE qu’il faut "effectivement s’attendre à plus d’actions, notamment dans le domaine maritime."

Les Russes ont-ils les moyens de s’attaquer aux infrastructures ?

La question n’est pas vraiment de comment le faire, mais de quand ils pourraient le faire ?

Les Russes ont les moyens de s’attaquer aux infrastructures citées plus haut explique Michael Éric Lambert qui rappelle qu’ils ont été interpellés à plusieurs reprises à proximité de ces infrastructures et en Irlande également. "La question n’est pas vraiment de comment le faire, mais de quand ils pourraient le faire ?"

Quel but ?

Tout tend à penser que ça vient de Moscou, mais pourquoi ?

Les fuites de Nord Stream 1 et 2 surviennent alors que le prix du gaz était en train de baisser sur les marchés. A présent, il est reparti à la hausse. Peut-on imaginer qu’il s’agit du but poursuivi ? "Pas vraiment", répond l’analyste de l’OSCE qui rappelle que tout est très confus et qu’il est difficile de voir un intérêt pour la Russie d’attaquer Nord Stream en ce moment alors que le gazoduc n’est pas utilisé. "Donc, c’est la raison pour laquelle j’évite de me prononcer, vous l’aurez bien compris, sur ce qui vient de se passer, dans la mesure où tout tend à penser que ça vient de Moscou, mais pourquoi ? Mis à part les conséquences environnementales sur les pays nordiques, c’est assez difficile de comprendre la démarche de Moscou là-dessus."

Le conflit a l’air de se concentrer davantage sur l’Ukraine.

Peut-on s’attendre à une stratégie d’étouffement financier des populations et des économies européennes par Moscou, qui chercherait à tout prix à faire partir le prix du gaz à la hausse ?

L’utilisation de l’arme du gaz est un thème qui revient régulièrement, mais "on l’a bien constaté aujourd’hui, vous avez eu l’inflation, vous avez eu des prix qui augmentent, mais l’Europe est en train de se tourner vers d’autres fournisseurs. On a naturellement pensé à l’Algérie, vous avez également la Norvège, et vous avez le gaz liquéfié. Donc, est-ce que c’est une tentative de Moscou d’influencer les Européens ? Je pense que ce serait une mauvaise tentative, dans la mesure où il n’y aurait pas de résultat.", ajoute Pour Michael Éric Lambert.

Ce spécialiste préfère se tourner davantage vers la question des référendums et vers tout ce qui se passe en Ukraine. "Mais l’arme du gaz, vous l’aurez compris, c’est comme les sanctions européennes vis-à-vis de la Russie, ce n’est plus vraiment la priorité dans l’état actuel. Le conflit a l’air de se concentrer davantage sur l’Ukraine et non pas de prendre une dimension plus internationale, voire européenne."

La menace nucléaire

L’autre menace est celle brandie dans chaque discours de Vladimir Poutine : le nucléaire. Est-elle réelle ? Le président russe l’a encore évoquée en début de semaine, si l’intégrité territoriale de la Russie était menacée. Une mise en garde adressée aux forces ukrainiennes alors que quatre territoires occupés d’Ukraine organisent des pseudo-référendums d’annexion.

Elle est une mise en garde vis-à-vis des puissances européennes qui pourraient intervenir, estime Michael Éric Lambert. "L’idée derrière, c’est vraiment d’éviter d’avoir une puissance occidentale qui s’ingérerait en Ukraine et c’est, vous l’aurez bien compris, d’avoir des référendums en Ukraine – des référendums bidon, soyons honnêtes – qui permettraient justement d’agrandir le territoire russe. Et à partir du moment où les Ukrainiens viendraient pour reprendre leur territoire, ça légitimerait l’utilisation de l’arme nucléaire."

Ce spécialiste ajoute : "dès lors, si jamais l’Ukraine gagne la guerre et commence à reprendre les territoires qui sont récemment occupés, puisqu’on ne parle même pas de la Crimée, vous auriez une possible attaque nucléaire, ce qui mettrait naturellement un terme à la guerre puisque personne ne voudrait rentrer dans un conflit nucléaire. C’est donc une menace qui pourrait être mise à exécution après le rattachement des nouveaux territoires ukrainiens à la Fédération de Russie, qui sera prononcé dans quelques jours."

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