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Entrez sans frapper

François Truffaut, une vie en toutes lettres

François Truffaut, le réalisateur français au Festival du film de San Sebastian

Gallimard publie ‘Correspondance avec des écrivains, 1948 à 1984’ de François Truffaut. C’est Bernard Bastide, chercheur en histoire du cinéma, qui a soigneusement sélectionné les échanges du cinéaste. Il est l’invité d’une conférence ce mardi 03 mai à Liège. Dick Tomasovic qui animera la rencontre, nous livre sa lecture du recueil pour 'Entrez sans Frapper'.

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L'homme qui aimait les mots

A la Cinémathèque française, ce sont des centaines de caisses qui sont soigneusement conservées. Des milliers de mots. L’écriture prodigue et constante d’un homme qui aimait les mots. L’audace d’un jeune homme qui n’hésitera pas à écrire dès seize ans à ceux qu’il admire. Cela commence avec Jean Cocteau qu’il supplie d’assister à la projection d’ouverture de son cinéclub. Il introduit :

" Ici, pas de flatteries, pas de bla-bla-bla d’usage, pas non plus de ces formules clichées qui n’ont pour résultat que de dissimuler la véritable personnalité de celui qui les emploie. "

C’est son style : direct, fougueux mais toujours extrêmement poli et respectueux. Il ose écrire à des écrivains qu’il admire, puis sa notoriété grandissante, ce seront parfois des romanciers qui prendront l’initiative. Une correspondance avec Jean Genet, Louise de Villemorin, Marguerite Duras, Ray Bradbury, Graham Greene, Jean-Paul Sartre, Simenon et tant d’autres. Des échanges épistolaires qui se construisent dans la durée. Dick Tomasovic nous l’explique.

François Truffaut devant la bibliothèque de son bureau.

"C’est toute une vie. La correspondance commence en 1948, il a seize ans à ce moment-là, et se termine en 1984, l’année de sa mort, il a 52 ans. On suit cette vie, on voit un ami fidèle, extrêmement poli, qui tisse ses liens petit à petit. Il glisse une petite blague, puis une deuxième, il passe au tutoiement avec les années. Ce qui ressort de cette correspondance, au-delà du portrait touchant d’une vie, c’est l’importance qu’il donnait à la notion d’auteur. On voit aussi tous les films qui sont en train de se faire, mais aussi ceux qui ne se font pas comme les projets qu’il imagine avec Henri Miller ou avec Milan Kundera."

Du stylo à la caméra

C’est le stylo en main qu’il est devenu le cinéaste essentiel dont on se souvient. Dès l’adolescence, fréquente les cinéclubs parisiens, dont celui dAndré BazinCelui qui est considéré comme le père spirituel de la nouvelle vague encore à naître va prendre le jeune François sous son aile et lui faire rencontrer toute une série de personnalités : Chabrol, Rivette, Demy, Rohmer, Godard… Cofondateur de la revue ‘Les Cahiers du cinéma’ en 1951, Bazin va offrir à François de rédiger ses critiques dès 1952. Sa signature fait trembler plus d’un cinéaste.

Plus tard Truffaut il va rencontrer Roberto Rossellini dont il va devenir l’assistant réalisateurPuis en 1957, il crée sa maison de production, Les films du Carrosse, en hommage au ‘Carrosse d’or’ de Jean Renoir qu’il adore. Sans formation professionnelle, il va se lancer dans la réalisation de courts-métrages, de son premier long, 'Les mistons'. Puis il fait ‘Les quatre cent coups’.  Jean-Pierre Léaud qui incarne Antoine Doisnel, le double de Truffaut durant son enfance. Le film remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, sa carrière de réalisateur est lancée.

Sa bibliothèque idéale

L’un de ses films illustre l’importance que François Truffaut accorde aux auteurs. Son adaptation du roman de Ray Bradbury, 'Fahrenheit 451', sera son seul film en anglais, alors qu’il ne parle pas la langue. Quatre cent cinquante et un degrés Fahrenheit, c’est la température de combustion du papier. Le scénario est une dystopie : une société où les livres sont interdits, et même détruits. Par les pompiers. Les hommes du feu ne l’éteignent plus mais le déclenchent, traquant les bibliothèques secrètement conservées. L’occasion pour François Truffaut de nous présenter sa bibliothèque idéale.

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Dans le livre ‘Correspondance avec des écrivains 1948-1984’, on retrouve des discussions autour de la concrétisation de ce film, et on peut y lire un télégramme de l’auteur Ray Bradbury sur l’adaptation par François Truffaut :

Cher François, mon roman regarde votre film et s’y voit en retour STOP votre film regarde mon livre et s’y voit en retour STOP cette gémellité est si rare dans le monde du cinéma STOP je vous suis profondément reconnaissant STOP bonne chance pour les jours à venir. Ray Bradbury "

François Truffaut, un homme de lettres, par ses lectures, par la rédaction de critiques et de scenarii, par sa correspondance.

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