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François Jacqmin, Traité de la Poussière

François Jacqmin, Traité de la Poussière

Un recueil posthume et inachevé d’un poète belge paraît dans une maison d’édition française. Le cadran ligné publie Traité de la poussière de François Jacqmin. Manuel des agonisants et Traité de la poussière sont les deux derniers titres de l’auteur édités respectivement en 2016 et 2017. Ils ont été écrits à l’approche de la mort par un écrivain conscient de sa disparition prochaine. Ils diffèrent quelque peu.

 

Gérald Purnelle note dans la postface du Manuel des agonisants publié au Tétras Lyre que le manuel est un " ouvrage pratique " destiné " aux êtres humains qui feront cette expérience " de l’agonie. Un recueil fraternel adressé aux frères humains qui après nous vivez .... comme l’écrivait François Villon dans la Ballade des pendus. L’approche est existentielle dans le Manuel des agonisants.

 

Le Traité de la poussière, plus spéculatif, aborde la question de l’Être. Il convoque la pensée et la philosophie. François Jacqmin considérait qu’on n’arrive à rien de bon avec la pensée et qu’il est préférable de concentrer le regard sur la nature et de goûter à l’aveuglement suscité par une tempête de neige. Or la pensée revient comme un boomerang charriant la question de l’Être, une question parfaite sans réponse qu’il faudrait dissoudre, mais qui sans cesse taraude le poète.

 

Pour toute sa splendeur

azurée

l’été imite

 

l’être,

d’où l’ombre profonde des choses

éclairées.

 

Sabrina Parent écrit dans la postface de l’ouvrage : " Le traité témoigne d’une expérience de la pensée qui a raté, dont il ne reste pour traces que cendres et poussière ". Le lecteur attentif entend la voix pudique d’un être vaincu par l’Être.

 

Sans hymne, sans chemin, nous voilà les témoins d’un désastre dont nous ne savons rien.

 

Le Traité de la poussière laissé inachevé compte deux cents sizains ou strophes de six vers (libres, chez François Jacqmin). Sans doute, François Jacqmin, sensible à la botanique, n’aurait pas élagué les textes, car leur concision confine à leur essence, mais le poète peu enclin à la ramification du rhizome aurait considéré les pousses les plus vigoureusement aptes à attiser la meurtrissure de la pensée.

 

François Jacqmin au micro de Pascal Goffaux en 1990.

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