François Fornieri emprisonné, quels sont les autres PDG à avoir été incarcérés en Belgique ?

François Fornieri emprisonné, quels sont les autres PDG avoir été incarcérés en Belgique?

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22 janv. 2021 à 11:31 - mise à jour 22 janv. 2021 à 11:31Temps de lecture5 min
Par A.T.

Le patron du groupe pharmaceutique Mithra et administrateur de diverses sociétés François Fornieri a été placé sous mandat d’arrêt et emprisonné ce jeudi en fin d’après-midi à la suite d’une longue audition. Un PDG emprisonné, ce n’est pas courant en Belgique… Remontons dans le temps pour voir qui sont les autres grands patrons à avoir passé du temps derrière les barreaux en Belgique.

1994 : Didier Pineau-Valencienne, PDG de Schneider

L’affaire Schneider démarre en 1992. À cette époque, la SPEP, le holding qui contrôle Schneider, groupe industriel français actif dans le secteur de l’électricité, veut consolider son actionnariat. Pour ce faire, elle compte contrôler 100% de ses filiales belges Cofibel et Cofimines. Schneider veut lancer une offre publique d’achat sur ses filiales belges, mais les petits actionnaires s’estiment grugés. Ils estiment que le prix proposé par Schneider n’est pas assez élevé. Les petits actionnaires portent alors plainte au pénal.

En 1993, le juge Van Espen est saisi du dossier. Au fil de l’enquête et des nombreuses perquisitions qui sont menées, il tombe sur une série de mécanismes financiers suspects au sein du groupe et de ses filiales. Un an plus tard, Didier Pineau-Valencienne, PDG du groupe Schneider, est inculpé et écroué à la prison de Forest alors qu’il venait répondre à un interrogatoire. Il passera douze jours derrière les barreaux.

L’affaire créera des tensions diplomatiques entre la France et la Belgique : Didier Pineau-Valencienne sera libéré contre une caution de 372.000 euros.

En 2006, l’homme d’affaires français est jugé coupable de faux et usage de faux ainsi que d’escroquerie dans le cadre de la gestion de sociétés belges, mais il échappera finalement à une condamnation en raison de la lenteur de la justice.

1997 : Damien Wigny PDG de KB-Lux

L’affaire KB-Lux débute en 1996 lorsque le parquet de Bruxelles saisit le juge d’instruction Jean-Claude Leys d’un dossier de fraudes concernant la banque luxembourgeoise. Son patron Damien Wigny subit alors une détention préventive en novembre 1997 notamment pour avoir aidé la milliardaire Rita Verstraeten à éviter l’impôt sur l’héritage du magnat du tabac Roger Gosset. Des centaines de clients avaient bénéficié d’un système d’évasion fiscale piloté par la banque avaient subi d’importants redressements fiscaux.

L’instruction se clôture fin 1999. Il y a alors 37 inculpés. Le règlement de la procédure s’allonge : en octobre 2005, la défense des inculpés dépose plainte pour déloyauté contre le juge Leys, devenu entretemps avocat général à Mons. La Cour de cassation blanchit le magistrat en juin 2007.


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En décembre 2009, le tribunal correctionnel de Bruxelles estime cependant que les poursuites contre Damien Wigny sont irrecevables, car les preuves (les microfiches) auraient été recueillies de façon illégale. Toutefois, le parquet ne croit pas à cette version et interjette appel. En octobre 2010, la banque a été dispensée des poursuites, des irrégularités ayant été constatées.

2009 : Vincent Doumier et Luc Vansteenkiste : Compagnie du Bois Sauvage

Le 10 septembre 2009, le juge d’instruction Michel Claise inculpe Vincent Doumier, le patron de Bois Sauvage, pour délit d’initié, faux et usage de faux. L’homme d’affaires passera une semaine derrière les barreaux.

Dix jours plus tard, le juge Claise décide aussi d’incarcérer Luc Vansteenkiste, ancien patron de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) et administrateur chez Fortis et chez Bois Sauvage. Le juge suspecte Luc Vansteenkiste d’être l’informateur qui a permis à Bois Sauvage de vendre 2,6 millions d’actions avant le démantèlement du bancassureur.


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À l’issue du conseil d’administration annonçant le démantèlement de Fortis, Luc Vansteenkiste, officiant sous la double casquette d’administrateur chez Fortis et chez Bois Sauvage, aurait téléphoné à Vincent Doumier, l’administrateur-délégué du holding pour lui faire un point de la situation. Alors que le démantèlement de Fortis n’a été rendu public qu’après clôture de la Bourse, la Compagnie du Bois Sauvage a vendu 2,6 millions d’actions dans le courant de l’après-midi.

Trois sociétés et cinq personnes physiques avaient été renvoyées en juin 2012 en correctionnelle. Un an plus tard, le tribunal correctionnel de Bruxelles homologue les arrangements à l’amiable conclus entre le parquet et les différents suspects dans le dossier Bois Sauvage. La transaction entre les inculpés et le Parquet (versement de 8,55 millions d’euros par Bois Sauvage et de 250.000 euros par les autres parties) met donc fin à toutes les poursuites, pénales ou administratives. Le procès n’aura donc pas lieu.

2010 : Jo Lernout et Pol Hauspie

Lernout & Hauspie, alias “L&H”, sont deux entrepreneurs flamands qui ont fondé une entreprise spécialisée dans la technologie vocale. À coups d’acquisitions, ils se retrouvent rapidement érigés au rang de vedettes nationales, véritables porte-drapeaux de la technologie flamande florissante.

En 1995, L&H fait son entrée sur le marché boursier américain du Nasdaq. Cinq ans plus tard, le “Wall Street Journal” révèle un scandale : l’entreprise gonfle artificiellement son chiffre d’affaires. Pour L&H, dont la capitalisation boursière est montée jusqu’à 10 milliards de dollars, c’est le début de la fin.

En septembre 2000, l’autorité boursière américaine (SEC) entame officiellement une enquête. Fin 2000, une enquête pénale est ouverte en Belgique. Début janvier 2001, la demande de concordat judiciaire est acceptée. Dix mois plus tard, après avoir tenté plusieurs plans de redressement, la faillite est prononcée.

Les premières inculpations tombent en 2002. Elles visent, outre les deux fondateurs, le réviseur KPMG et l’avocat d’affaires Louis Verbeke. La banque Dexia est inculpée en 2003 en raison des crédits qu’elle a apportés à la société et à ses deux fondateurs.

En 2010, la Cour d’appel de Gand condamne huit personnes, dont Lernout & Hauspie, à cinq ans de prison, dont deux avec sursis pour faux, usage de faux et manipulation de cours. En revanche, elle acquitte KPMG et Dexia en raison d’un défaut de preuves.


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Les défenseurs des anciens actionnaires, parmi lesquels la société Deminor, ne cachent pas leur déception. Six ans après ce jugement, Deminor – qui représente quelque 11.000 plaignants – réclame aux personnes condamnées au pénal des dommages et intérêts et espère obtenir une réparation au civil de la part de KPMG. Le verdict tombe en 2017 : le réviseur d’entreprises KPMG ne doit payer aucun dédommagement aux victimes.

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