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France : le site controversé France-Soir n’est plus considéré comme un site d’information en ligne

© Belga

02 déc. 2022 à 16:29Temps de lecture3 min
Par Marine Lambrecht

Le site "France-Soir" n’est plus reconnu comme un site d’information en ligne. La décision est tombée ce mercredi 30 novembre. La commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), un organisme composé de représentants du gouvernement français et de la presse, a tranché.

Selon le site Mind Media, la commission aurait estimé que le site présente un "défaut d’intérêt général". Épinglé à de nombreuses reprises pour avoir diffusé des thèses complotistes, le site perd ainsi une série d’avantages fiscaux. Une potentielle menace pour sa survie.

France-Soir était à l’origine un journal papier généraliste. Créé par des journalistes issus de la Résistance en 1944, le quotidien a connu un âge d’or dans les années cinquante et soixante. À cette époque, il est vendu à plus d’un million d’exemplaires par jour.

Comme le pointe "Le monde", le site n’a plus grand chose à voir avec le journal papier. En dix ans, France-Soir est passé du statut de quotidien généraliste "grand public" à site controversé.

"Historiquement, France-Soir est un grand journal avec un très grand tirage. Un jour, le propriétaire a décidé d’arrêter la diffusion papier et ça a été la catastrophe totale", explique Frédéric Antoine, professeur émérite de socio-économie des médias à l’UCLouvain. "Le nouveau propriétaire l’a racheté pour en faire un site d’opinion d’extrême droite."

Pratiquement oublié dans les années 2010, il connait un second souffle avec la crise sanitaire en se positionnant contre les restrictions, relayant à de nombreuses reprises des propos complotistes. Le site a par exemple critiqué à plusieurs reprises le confinement, et relayé la parole de scientifiques "rassuristes".

Plus récemment, le site s’est aussi démarqué par sa couverture de la guerre en Ukraine, relayant des points de vues "alternatifs", par rapport au "discours occidental".

Vers la fin de France-Soir ?

La commission a-t-elle décidé de ne plus reconnaitre France-Soir comme service de presse en ligne (SPEL) pour ce positionnement ? "Le motif du refus de renouvellement de son certificat de reconnaissance SPEL ne peut être communiqué avant la notification de cette décision au demandeur", a fait savoir la commission. Selon Mind Media, la commission aurait estimé que le site présente "un défaut d’intérêt général".

Pourtant, France-Soir est loin d’être le seul site à relayer des propos complotistes. "Pourquoi ce site-là et pas un autre ? Ça je ne sais pas", s’interroge Frédéric Antoine.

Difficile également de savoir si cette décision est une première, ou non. Dans son rapport de 2020, la CPPAP dit avoir radié 78 sites sur 528 dossiers. Elle précise cependant la raison de cette radiation : ceux-ci n’ont pas fait la procédure de renouvellement.

Pour le site français, cette décision n’est pas juste symbolique. Elle va couper l’entreprise d’une série d’aides : abattement sur les cotisations sociales et les frais professionnels des journalistes, taux de TVA réduit sur les ventes de contenus d’informations et certaines exonérations de taxe professionnelles.

Un coup dur pour le site qui dépend principalement des dons de ses lecteurs pour tourner. France-Soir dispose d’un mois pour faire appel de la décision de la CPPAP.

Et en Belgique ?

Chez nous, un scénario similaire est-il possible ? En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’aide à la presse ne fonctionne pas comme en France. De plus, il faut distinguer les "aides indirectes", comme des avantages fiscaux, et les "aides directes", qui sont des soutiens financiers des pouvoirs publics octroyés directement aux médias. Selon Frédéric Antoine, en Belgique, les aides indirectes sont bien moins conséquentes qu’en France.

Par le passé, certains médias ont déjà perdu leurs subsides, et donc leurs aides directes. "Dans les années soixante par exemple, la diffusion de plusieurs journaux comme le Peuple ou la Wallonie est passée en dessous des critères d’octroi des subsides. Mais depuis, les conditions ont changé", explique l’expert. "Il faut répondre à une série de critères, et notamment respecter la déontologie journalistique". Plus récemment, deux médias bien connus du public ont perdu (et puis récupéré pour un des deux) leurs aides directes.

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